AU CNARED, TOUS CONTRE TOUS (aribnews)

Alexis Sinduhije évite de justesse l’affrontement au sein du CNARED

Selon plusieurs participants, ayant requis l’anonymat, l’ambiance n’était pas si rose que cela, comme a voulu le faire croire le service de communication du CNARED. La question de la participation de certains membres du CNARED aux consultations d’Arusha a bien occupé une bonne partie des discussions au sein du Directoire et à certain moment l’ambiance était au bord de l’inquisition.

Pour l’aile de l’Uprona dirigée par Charles Nditije, ce dernier, présent à Bruxelles, a de nouveau désavoué Evariste Ngayimpenda et Tatien Sibomana, successivement Vice-président et Porte-parole, pour s’être rendus à Arusha. Mais selon les dernières informations sur place à Bujumbura, l’Uprona de l’opposition traverse depuis une grave crise interne. Nombreux cadres du parti estiment que la position de Nditije sur cette question est « individuelle ». Le maintien de ce parti au sein du CNARED n’est donc pas assuré pour l’avenir.

Présent à Bruxelles, le président du Sahwanya-Frodebu, Léonce Ngandakumana, aurait fait un grand écart pour expliquer la présence de son Vice-président à Arusha. Ne pouvant pas désavouer Frédéric Bamvunginyumvira, qui a bien réaffirmé être parti à Arusha représenter son parti, Léonce Ngandakumana aurait expliqué que son parti avait envoyé un émissaire à Arusha pour dire au Facilitateur qu’il ne pouvait pas répondre à son invitation. Une explication alambiquée, à y perdre son latin et qui n’a apparemment convaincu personne.

Restaient sur le banc des accusés deux partis, qui n’ont pas été entendu à ce sujet. L’UPD-Zigamibanga n’avait pas envoyé de représentant assister à la réunion du Directoire, tandis que représentant du CNDD-Nyangoma avait quitté la réunion avant que le sujet brulant ne soit abordé.

La sentence allait donc tomber, exclusion pure et simple de ces deux partis, n’eut été l’intervention d’Alexis Sinduhije. Selon des participants, le président du MSD a usé de son autorité, n’hésitant pas à taper du poing sur la table, pour calmer les ardeurs de l’axe Minani-Busokoza-Nduwimana et remettre les pendules à l’heure.

Selon nos sources, devant les accusations de « trahison » lancées contre l’UPD-Zigamibanga et le CNDD-Nyangoma, Alexis Sinduhije a interpellé certains membres du Directoire quant à leur propre « trahison », rappelant leur participation, depuis janvier 2016, à des rencontres secrètes à Helsinki en Finlande avec des émissaires du pouvoir de Bujumbura, à l’insu de Léonard Nyangoma alors qu’il était le président du CNARED. Des rencontres secrètes qui depuis se poursuivraient régulièrement.

Après ces propos, certains participants commençaient à s’interroger ouvertement sur qui a trahi qui ? Entre ceux qui ont des rencontres en cachette à Helsinki avec le pouvoir de Nkurunziza, et ceux qui répondent aux pourparlers d’Arusha aux yeux du monde entier, la question méritait effectivement d’être posée.

Alexis Sinduhije est ainsi parvenu à faire taire, momentanément, les discordances au sein du CNARED, évitant un déchirement la veille de son important rendez-vous avec le Facilitateur. Le Directoire a alors voulu charger le président de rencontrer les fortes têtes des partis Sahwanya-Frodebu, UPD-Zigamibanga et le CNDD-Nyangoma. Mais face aux hésitations de Jean Minani, c’est finalement un compromis à la burundaise qui fut trouvé : leur envoyer des émissaires (Abashingantahe) pour aplanir ce différend au sein de la plateforme.

On notera, pour la petite histoire, qu’à l’occasion de cette réunion le CNARED a admis un nouveau parti membre, il s’agit du pari Kaze-FDD d’un certain Jean-Bosco Ndayikengurukiye, ou plutôt du Général Jean-Bosco Ndayikengurukiye, si cher à Jean Minani. C’est sûrement pour les troupes qu’il pourra aligner … comme en 2000 ! L’Histoire burundaise peut parfois ressembler à un éternel recommencement.

Arusha ou Helsinki ? Le CNARED va devoir se prononcer

L’information majeure qu’on retiendra de cette rencontre du CNARED à Bruxelles, c’est l’évocation au sein du Directoire des rencontres d’Helsinki avec le pouvoir de Bujumbura. Le sujet n’est donc plus réservé à quelques membres et, tôt ou tard, la coalition de l’opposition et le pouvoir de Nkurunziza vont devoir communiquer à ce sujet.

Le Facilitateur pourrait aborder la question avec les représentants du CNARED afin de s’assurer de leur réelle volonté à participer aux pourparlers sous la Médiation de l’EAC. En effet, malgré le discours maintes fois répété sur la volonté d’aller aux pourparlers d’Arusha, on note que certains membres de la coalition de l’opposition font tout pour les éviter : exigence d’être invité en un seul bloc et récusation du nouveau Secrétaire général de l’EAC, le Burundais Liberat Mfumukeko.

Concernant le refus d’inviter le CNARED en tant qu’une seule entité, des spécialistes dans les négociations notent que pour aller plus vite, la Médiation a opté pour un dialogue sans préconditions ni exclusives, et surtout « avec les véritables protagonistes de la crise », comme l’ont d’ailleurs demandé l’Union Africaine, l’Union Européenne et les Etats-Unis, parlant de « Key players ».

Or le CNARED regorge d’une ribambelle de petits partis « à finalité familiale et but alimentaire », comme on en connait au Burundi, et autres « personnalités » qui ne représentent en réalité qu’eux-mêmes. Des partis sans réelle assise au Burundi, qui étaient en léthargie depuis plusieurs années et ont besoin de ressusciter avec les négociations d’Arusha. C’est pourquoi le Facilitateur va cibler directement les personnalités et partis politiques de premier plan et rien n’indique un quelconque changement dans sa stratégie.

Plusieurs observateurs s’interrogent aussi sur les raisons derrière les attaques virulentes de l’opposition contre le tout nouveau Secrétaire général de l’EAC, Ambassadeur Liberat Mfumukeko. En effet, la Médiation dans la crise burundaise est assurée par l’EAC, sous la direction du président de l’initiative régionale, l’Ougandais Yoweri Museveni. Le Secrétariat de l’EAC, son organe exécutif, est au service de la Médiation et du Facilitateur, pour toutes les questions liées à sa mission, au niveau technique et logistique. Alors parler d’une influence de l’Ambassadeur Liberat Mpfumukeko sur l’ancien président Benjamin Mkapa, qui a chapeauté les Accord d’Arusha de 2000, est considéré par la Médiation comme de la pure spéculation.

Quant aux accusations concernant sa nomination par le Burundi comme « Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire », certains diplomates se demandent comment des Burundais de l’opposition qui ont occupé des postes aussi important, jusqu’au sommet de l’Etat, peuvent à ce point ignorer le b.a.-ba de la Diplomatie. En effet cette nomination consiste tout simplement à conférer à la personnalité, nommée à la tête d’une organisation internationale, un rang protocolaire à la hauteur de sa fonction. Et c’est son pays d’origine qui doit lui conférer ce Titre. Ainsi le Secrétaire général de l’EAC a effectivemenent été nommé par son pays d’origine, en l’occurrence ici le Burundi, Ambassadeur mais « sans attache », juste pour le Titre.

Des observateurs avisés notent surtout que l’actuel Secrétaire général de l’EAC, Ambassadeur Liberat Mfumukeko, essuient les mêmes accusations tout comme son prédécesseur, Ambassadeur Richard Sezibera, mais en son temps de la part du pouvoir de Bujumbura. Pour rappel, le Gouvernement burundais accusait Ambassadeur Richard Sezibera d’être membre du parti FPR au pouvoir au Rwanda et soumis aux ordres du président Paul Kagame. De même aujourd’hui l’opposition CNARED accuse Ambassadeur Liberat Mfumukeko d’être membre du parti CNDD-FDD au pouvoir au Burundi et soumis aux ordres du président Pierre Nkurunziza. C’est la même rengaine, selon des commendataires.

D’aucuns se demandent alors si ces accusations, proférées tout le temps contre le Secrétariat de l’EAC, ne viseraient en réalité l’organisme régional lui-même. Y’aurait-il une entente entre le pouvoir burundais et certains opposants pour rejeter la Médiation sous-régionale ? Certains se demandent ainsi si les récusations successives des Secrétaires généraux de l’EAC ne seraient pas coordonnées par le pouvoir du CNDD-FDD et certains opposants du CNARED pour torpiller Arusha, et privilégier leurs rencontres secrètes. Peut-être à …Helsinki ?

L’heure de vérité a sonné

Depuis deux jours, le service de communication du CNARED annonce une offensive diplomatique tous azimuts, photos à l’appui. On apprend ainsi qu’une haute délégation de la plateforme a été reçue mercredi à Bruxelles par l’Envoyé spécial des États Unis dans la région des Grands Lacs, et que mardi la veille la délégation du CNARED composée de 14 personnes était reçue dans les immeubles de l’Union Européenne à Bruxelles. Waouh !

Mais l’opération médiatique, qui se voulait démontrer l’importance de la plateforme auprès de la Communauté internationale, a plutôt suscité des interrogations bien embarrassantes autour de ses simples consultations, que les communicants du CNARED ont tenté de présenter comme des victoires diplomatiques.

En effet, au vu du nombre de délégués que le CNARED y a mobilisé, il y a lieu de se demander s’il faut-être une quinzaine pour expliquer une position, si elle est commune ? La plateforme n’a-t-elle pas de dirigeants pour la représenter valablement et présenter ses revendications ? Ou est-ce tout simplement un manque de confiance de ses membres en leur leadership ? Pour beaucoup, c’est la preuve, une de plus, de l’ego surdimensionné qui anime la plupart des leaders burundais, qui veulent à tout prix être sur la photo officielle.

Voir d’anciens Chefs de l’Etat, d’anciens Vice-présidents de la République, d’anciens présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, d’anciens Parlementaires ou Ministres, etc. mobilisés pour aller rencontrer deux ou trois fonctionnaires européens, loin d’avoir le rang qu’on veut bien faire croire, suscite, à certains égards, plus de la pitié qu’autre chose.

Mais puisque le CNARED s’est décidé à communiquer, le public burundais attend impatiemment d’avoir enfin des éclaircissements sur les négociations en cours à Helsinki, avec des photos à l’appui si possible, si ce n’est pas trop demander.

On espère que la Conférence publique que le CNARED va animer ce dimanche 12 juin à Bruxelles, sous le thème de « Dialogue inclusif et sortie de crise », donnera l’occasion à ses leaders de lever toute équivoque sur les zones d’ombres entourant les négociations d’Helsinki, et de répondre à toutes les interrogations, légitimes, liées à leur volonté réelle d’aller aux pourparlers d’Arusha, ainsi qu’aux relations de la plateforme avec certains mouvements rebelles armés, etc.

L’heure de vérité aurait-elle enfin sonné ? Rien n’est moins sûr, mais on ne sait jamais, l’avenir peut nous surprendre. [MG]

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