JOURNALISME: ATTENTION A CE QUE VOUS MANGEZ

Il existe une parole commune à la table de la salle à manger et à la table du studio du journaliste: intoxication. Dans l’un et l’autre cas, la conséquence est une maladie, et des fois la mort. L’on ne peut pas être sourd aux cris des journalistes burundais, surtout ceux qui se sont exilés au Rwanda ou plus au nord, quand ils réclament l’exercice libre de leur métier. Ceux qui sont hôtes de Kagame se seront vite rendus compte que le pays qu’ils idéalisaient dans leurs éditoriaux à partir de Bujumbura, n’est pas l’eldorado dont ils rêvaient. Son ranking mondial de RSF (Repeorters Sans Frontières) est plus bas que celui du Burundi. Que ces journalistes se hasardent une fois à écrire un papier critique sur la situation rwandaise, on les repêchera dans le lac Rweru. Au Burundi les journalistes avaient plus de liberté qu’en Europe, mais ils en ont abusé.  Ils n’ont pas servi les nouvelles, mais de l’intoxication. Mettre de l’ordre dans le journalisme, comme est en train de procéder le CNC , n’est pas enfreindre la liberté de communication; comme la réglémentation de la filière alimentaire n’est pas un déni de liberté de manger. L’Etat ne peut pas permettre à une institution de servir aux gens une nourriture qui les tue. Ceux qui habitent aux USA ou en Europe savent bien comment les aliments sont ipercontrolés; un nouveau produit doit passer par des dizaines de laboratoires et de commissions avant d’atterrir  sur le marché. Au Burundi, la lutte contre les boissons prohibées comme le kanyanga n’est pas une entorse à la liberté de boire, car cette boisson tue.

Le journalisme informatif peut gêner, mais il est salutaire comme un bon médicament, et il construit la démocratie. Pourvu qu’il se fasse à 360°, embrassant tous et toutes les situations, au lieu de se focaliser sur une personne ou un parti. Par contre quand le journalisme constitue une lance à tirer contre ses adversaires, il devient militant et non informatif. C’est la mauvaise voie qu’a empruntée le journalisme burundais dit « indépendant » à partir de 2013: il s’est inféodé  au Kibiri, confondant « journalisme indépendant » et  « journalisme au service de l’opposition ». Or, ce sont deux choses totalement différentes. Comme journalisme voix de l’opposition, il a servi à la population tous les mensognes dont sont capables les politiciens pour arriver à conquérir le pouvoir. C’est de l’intoxication journalistique. Le peuple en est tombé malade, des individus sont morts, des dizaines de milliers sont allés en exil. Un journalisme qui provoque des résultats pareils ne devrait pas être fier de s’appeler « journalisme », c’est un laboratoire qui distille non du kanyanga, mais du poison littéraire. Nous espérons qu’avec les réglages et équilibrages nécessaires, nous auront de nouveau le plurarisme de l’information. Un dernier clin d’oeil, le journaliste doit aimer son pays, parce que c’est sa mère. Plutôt il faut agir comme un fils adulte, qui défend sa chère maman. Ailleurs dans le monde ils agissent ainsi.

IMIGAMBWE IHANGANYE NA LETA IGWAYE INTINYI

maggy-barankitseIntinyi ni ingwara y’ubumuga ifata abakobwa bamwe bamwe, ituma batãkîra umugabo. Baca bagira ubwoba. Nico gituma bibagora kwubaka, mbere kenshi n’iyo bubatse barasambura.

Imigambwe ihanganye na Leta mu Burundi, nayo nyene irwaye intinyi, nico gituma vyayiburiye, kanatsinda ngo uwo binaniye kuryama, agira ngo ikirago kiranyerera. Mu 2010, babonye mu matora ataco bakihanovye, baca baragumuka, bata ikivi, batangura kurema ikinyoma ngo « amatora yibwe ». Kuva ico gihe bahevye inzira y’amatora, ari yo ishikana mu ntwaro rusangi, baciye baca muri nyabahururu, mu binywabi no mu matovu. Nico gituma no mu 2015, vyabananiye kugaruka mu nzira nziza y’amatora, ahubwo bigenjeje nk’abanyeshamba nyene, bagerageza gusenya abariko barubaka intwaro rusangi.

Nkuko bigenda no mu bindi bihugu, hatora benshi, ariko mu mperuka hagatorwa umwe. Ngo abakunzi ntibarangirira mu mubindi. Abatatowe nabo, aho kugira umujinya, baca bikebuka bakaraba icatumye batsindwa, bagatangura kwitegurira amatora akurikira. Iwacu, imigambwe ihanganye na Leta yishizemwo ko ariyo itegerezwa gutsinda, kandi ata bantu ifise. Ako kanyarigabo niko gatuma inganda zihona, kuko bene iyo migambwe, ntibakunda intwaro rusangi, bashaka gusa gutegeka ku gikenye cabo.

Babonye badashobora kwishimikiza abanyagihugu b’i Burundi, baciye bita mu maboko y’abakoloni. Nibo bababuranira, nibo babarwanira. Ntituzi n’igituma batarabamanyurira ku butegetsi abakoloni bafise mu bihugu bamukamwo.  Yamara mwarabonye inyabu iburanira imbeba ? Niyaba iburanira umuswi, si uko iwukunda; ni uko ata mutamiro urimwo; iba ishaka gushikira nyina, yo yotuma ivyimvya itama, ikabombora n’ibondo. Abakoloni rero barwanira ba Rufyikiri basotera Uburundi, nabo bakaja ngaho bakanika amenyo ngo barafise incuti z’i Buraya. Bariko baradandanza Umuvyeyi yabibarutse. Umusi yatabaguwe n’ivyo bisizimwe vy’ibisera, bazoja muvyo kurira atawe baganyira. Mbe mwomenyera bamwe bakubita umurindi ngo bagiye kubohoza Libiya bageze he ? Nta n’uwukibavuga. Ntibakavugwe bakoze ishano.

BAGAZA EST MORT. LE MOINS MAUVAIS DU TRIO.

BagazaL’ancien président du Burundi Jean Baptiste Bagaza s’est éteint aujourd’hui 4 mai 2016 dans un hopital belge. C’est manquer de pudeur que de critiquer un mort; mais étant un homme public, Bagaza ne peut pas échapper au jugement de l’histoire.  Le bilan de sa vie comme président de la République  de 1976 à 1987 se résume en trois paroles: travail, hégémonie, persécution.

Bagaza était obsédé par le travail et les réalisations concrètes. C’était un fil conducteur de sa politique. Le premier acte de son règne, ce fut la suppression d’ubugererwa, le contrat de servage, pour que chacun ait sa terre à cultiver.  Il contraignait les employés de l’Etat à donner le maximum d’eux-mêmes. Lui aussi ne se reposait pas,et les résultats se voient. Il a tracé les grands artères routiers  macadamisés, qui ont rendu la mobilité très facile. On lui doit aussi les barrages de Rwegura , et celui de Mugere dans Bujumbura rural. C’est cela l’héritage positif qu’il a légué au pays. A cela il faut ajouter que pendant les 10 ans de pouvoir, une seule personne a été tuée, et elle était parait-il folle.  Il répétait souvent « vyose bizova mu maboko yacu » (par notre labeur nous pouvons tout), et s’inspirait abondamment de Pyongyang. Nous nous souvenons aussi des grandes chorégraphies de jeunes filles (de Ntega et de Mwumba) qui égayaient les fêtes nationales.  Bagaza voulait opérer des réformes, sans consulter la population, et leur impact fut négatif: par exemple, il avait  supprimé les fêtes, dont celle de la dot, pour que les gens ne dépensent pas trop. Il avait fait tailler les bananiers, à la grande fureur des paysans, pour dégager la terre à cultiver. Même la fermeture des églises avait pour motivation la perte de temps de ceux qui les fréquentent.

Bagaza n’était pas un ange. Voyons comment il a construit l’hégémonie des hima de Bururi. Il a fait son coup d’état seulement 4 ans après le génocide contre les hutu opéré par son cousin Michel Micombero. Il prolongea ce génocide en fermant aux enfants hutu l’accès à l’école. Il appliqua le fameux système « i » et  « u » ( inventé par un personnage du début du 20è siècle que nous décrirons dans un prochain article) qui permettait de distinguer les tutsi des hutu à l’école primaire, de sorte que seuls les tutsi pouvaient obtenir les certificats pour entrer à l’école secondaire. Ce fut un génocide intellectuel. En parallèle, Bagaza faisait construire les meilleures écoles à Bururi pour contenir tous les lauréats tutsi du territoire. Les écoles secondaires de tout le pays étaient peuplées par des tutsi en très grande majorité, et le gros d’entre eux venaient de Bururi. Quand ces jeunes finissaient leur parcours scolaire, l’administration les distribuait sur tout le territoire national. Tout  ce qui est poste de travail se retrouva occupé par les tutsi de Bururi, du planton à la secrétaire,  en passant par les chefs de zone et les admistrateurs communaux. Ils grouillaient partout comme des sauterelles. En un mot, tout le patrimoine national rentrait dans les poches des hima de Bururi, à travers les salaires. Bagaza créait aussi de l’emploi pour caser les siens, par exemple les Sociétés Régionales de Développement. Il a distribué plus de  la moitié de la ville de Bujumbura aux hima, à travers les sociétés de constructions comme l’Ecosat, SIP.  C’est pour cela que les quartiers qui en sont issus sont monoethniques tutsi (exemple: tout Kinanira, Kabondo, Mutanga Sud, Jabe).  Les 10 ans de Bagaza connurent l’apogée de l’influence des hima bururiens sur le Burundi. Cette classe dirigeante monocolore exerçait une oppression écrasante sur le pays. Tout le monde épiait tout le monde, et une parole qui s’échappait conduisait l’infortuné en prison. Les espions (abasekeri) se faufilaient comme des ombres en rasant les murs des maisons, pour écouter les dialogues des habitants. Les rares hutu n’avaient pas le droit de se retrouver en groupe de plus de deux personnes, sinon on les ramassait comme des conspirateurs!

Bagaza a contribué à la naissance des gros problèmes de la région des Grands Lacs. En effet, il a aidé Museveni à conquérir le pouvoir en Uganda. Il lui a donné un million de dollars (une somme colossale pour l’époque) pour s’acheter les armes. Des tonnes d’autres armes  partaient du Burundi, transitaient au Rwanda de Habyarimana vers l’Uganda, camoufflées sous des sacs de thé. Museveni conquit l’Uganda en 1986, et en 1990 ses troupes envahirent le Rwanda. Le reste de l’histoire est sous nos yeux.

Le dernier méfait qui est passé inaperçu, ce fut la mise à sac de la CADEBU, caisse d’épargne du Burundi, où les paysans épargnaient par force, mais d’où ils n’ont tiré aucun sou; cette classe dirigeante a tout vidé pour se construire les maisons, ou pour commencer de nouvelles banques dont certaines existent encore maintenant.

Enfin, Bagaza a entrepris une grande persécution du christianisme, en renvoyant d’abord les missionnaires, puis en fermant les églises et les Séminaires. Ce fut une erreur qui a précipité sa chute et son oubli. Heureusement que le généreux président Ndadaye l’a fait retourner de l’exil, où, parait-il il a connu de grands déboires.

Cela étant dit, Bagaza est le moins mauvais du trio de Rutovu, car les deux autres, Micombero et Buyoya, ne sont champions que d’un seul sport, celui de coupeurs de têtes. Qu’il repose en paix.

 

 

DECLARATION DU GENOCIDE DES HUTU DE 1972: ACTE LIBERATOIRE POUR HUTU ET TUTSI

La déclaration officielle du génocide contre les Hutu en 1972 est un acte de justice envers le peuple burundais, parce qu’il s’agit de mettre un cachet sur un événèment réel, qui traumatise toutes les composantes de notre société. D’un côté, les hutu qui ont été massivement et traitreusement abattus, avec le déniement des deuils et commémorations, de l’autre, des générations de tutsi qui se sentent accusés d’avoir commis un génocide contre les hutus. L’acte juridique de reconnaissance de ce génocide indiquera aussi les responsables, qui sont un groupe de conspirateurs, et non toute l’ethnie tutsi. Ce sera un acte libératoire pour les hutu et pour les tutsi. D’ailleurs, ensemble aux hutu, un certain nombre de tutsi du nord du Burundi ont été massacrés par la furie du capitaine Micombero. L’exemple que nous connaissons est Amédée Kabugugu, psychologue, de Busiga (Ngozi). Ses frères et ses cousins, bien que tutsi s’exilèrent ensuite pendant des années au Rwanda (d’après un informateur).

QUI DECLARERA CE GENOCIDE ?

Beaucoup pensent que les cris des activistes hutu vers les Nations Unies auront une suite. Nous en doutons, parce que l’ONU est dirigée par ces mêmes grands pays qui ont favorisé le génocide et en ont tiré des avantages aux côtés des exécutants, membres du clan Tutsi-HIMA. Sachez que les blancs sont têtus, ils ne changent pratiquement jamais d’idées. Pour l’instant, ils roulent à plein régime pour les tutsi, donc il est plus que probable qu’ils ne reconnaitront pas le génocide fait contre les Hutu, tandis qu’ils sont prêts à signer les yeux fermés pour un génocide imaginaire contre les tutsi.

C’EST LE PARLEMENT  et LE GOUVERNEMENT DU BURUNDIqui doivent déclarer officiellement ce génocide, parce qu’ils en ont l’autorité. Même l’Arménie l’a déclaré, en attendant que d’autres pays petit à petit l’acceptent. Il faut partir de la base et non du toit. D’ailleurs, si un pays ne semble pas intéressé par un problème, pourquoi les Nations Unies viendraient-elles le résoudre à sa place ? Le Burundi vient de démontrer à la face du monde qu’il n’est plus parmi ces pays qui se laissent bercer   comme des enfants, et attendent toujours que Maman Europe fasse tout pour eux. Même dans ce cas de génocide, le première déclaration doit être faite par les concernés.

LES PLANIFICATEURS DU GENOCIDE CONTRE LES HUTU

Une liste de noms revient en permanence sur les lèvres des survivants et des divers témoins qualifiés.

  1. Capitaine Michel MICOMBERO,  président de la République
  2. Arthémon SIMBANANIYE, ministre de l’Intérieur
  3. Philippe MINANI,  Procureur Général de la République
  4. Albert SHIBURA, Ministre de la Justice et officier
  5. Marc NDAYIZIGA, ministre
  6. André YANDA,  Ministre de l’Information et Secretaire exécutif du Parti Uprona
  7. Capitaine Désiré MAKUZA
  8. Colonel Jérome SINDUHIJE, commandant du camp Commando de Gitega et Ambassadeur
  9. Mechior BWAKIRA,  Directeur Général du Ministère Affaire Sociales
  10. Charles NDIKUMAGENGE, commandant
  11. André MUHUZENGE, commissaire
  12. Gaspard KAZOHERA, gouverneur de Bururi
  13. Lieutenant NDINGANIRE
  14. Venant NTWENGA
  15. Thomas NDABEMEYE, lieutenant Colonel et Chef d’Etat Major Général
  16. Venant GASHIRAHAMWE,  commandant
  17. Gabriel MPOZAGARA
  18. Simon SIMBANANIYE
  19. François GISAMARE
  20. Bernard BIZINDAVYI
  21. Longin KANUMA
  22. Samuel NDUWINGOMA
  23. Jean Baptiste Bagaza, Lieutenant Colonel
  24. Joseph BIZOZA, major (le boucher de Ngozi)
  25. Pierre BUYOYA, major
  26. Gabriel NDIKUMANA, lieutenant-colonel
  27. Sylvère NZOHABONAYO,major
  28. Joseph RWURI,  officier
  29. Alexis NIMUBONA, officier
  30. Gervais GAHUNGIZA, officier
  31. Damas NIYUNGEKO, officier
  32. NTUNGUMBURANYE Jerome, Ministre
  33. Libère NDABAKWAJE,  ministre de l’économie
  34. Lazare NTAWURISHIRA, directeur de l’ENS
  35. Bernard RUBEYA, officier
  36. Joseph RYUMEKO, officier
  37. Emmanuel NKUNDWA, officier
  38. Tharcisse RUHWIKIRA.
Sûrement il y en a d’autres… Mais pour les exécutants, comme écrira Pierre Buyoya en 1989 (après Ntega-Marangara), en 1972 les tutsi se sont livrés à une  » hystérie collective ». Tuer les hutu pour eux était très facile, parce que ce fut un acte d’indicible trahison. Personne ne s’y attendait, et personne n’aurait pu imaginer qu’un groupe fût capable d’une barbarie pareille envers une ethnie entière. Toutefois, nous répétons, cette horreur ne doit pas éclabousser les générations ultérieures qui n’y ont pas participé, raison

pour laquelle les planificateurs au moins doivent en porter la responsabilité.

 

NUIT DEBOUT. LA FRANCE BRULE, LES JOURNALISTES SE TAISENT

anuitdebout
Manifestation Nuitdebout

Depuis le 31 mars, la France est secouée par une méga-manifestation, pour protester contre un projet de loi sur le travail. Elle n’est pas toujours pacifique. Les manifestatnts occupent des places, discutent, puis quand ils sont fatigués ils rentrent chez eux.

Cette manifestation n’a pourtant pas eu d’impact sur la vie sociale ou politique, à cause du boycott qu’en ont fait les médias, de droite ou de gauche. Pratiquement personne n’en parle, et les manifestants s’agitent dans le vide. France24, RFI, TV5Monde n’en soufflent mot, pour éviter que les africains découvrent que les français eux aussi ont des problèmes. Dans plusieurs localités de province, il y a eu des échaufourées  des manifestants avec la police, on a dénombré des blessés, certains ont été arrêtés; mais la nouvelle consistait en une ligne à peine sur les journaux ou à la radio.

Ces événèments fussent arrivés dans un pays africain, on aurait entendu un martèlement continu, 24h/24, avec des envoyés spéciaux, et la contribution des journalistes locaux achetés comme ceux de la RPA pour s’acharner contre le gouvernement en place incapable de gouverner… etc… etc…  Mais les français aiment leur pays, ils préservent son image. Les journalistes burundais, qui ont pris à la lettre le droit à la liberté d’expression se rendent compte que son exercice  se fait avec précaution. C’est comme un couteau: qui le tourne contre sa mère est fou.

BURUNDI: LE VATICAN RECONNAIT L’INGERENCE ETRANGERE DANS LA CRISE

VaticanDans un article paru dans la Croix  ce 01 mai 2016, le Vatican reconnait que la crise burundaise perdure à cause de l’ingérence des pays européens, et nommément  la France et la Belgique, ainsi que les pays africains (on suppose qu’il sous-entend le Rwanda…) qui donnent des armes.  Le Vatican affirme également, comme le dit le gouvernement depuis toujours, que le conflit n’est pas ethnique, n’en déplaise à ceux qui ont tenté de vendre un génocide virtuel contre les tutsi. Le Vatican encourage l’Eglise à servir de médiatrice, malgré les difficultés de compréhension mutuelle avec l’Etat, et d’être au service des nécessiteux à travers la Caritas.

 

TEXTE ORIGINAL

Burundi, le Vatican juge ambiguës les réactions internationales

Sébastien Maillard (à Rome), le 01/05/2016 à 18h11

La diplomatie vaticane s’inquiète des conflits d’intérêts des pays africains et européens au Burundi, qui empêchent tout dialogue honnête pour sortir le pays du chaos.

Le pape François dénonce sans cesse les trafics d’armes qui alimentent les guerres à travers le monde. Aux yeux du Saint-Siège, le Burundi en donne, depuis un an, une terrible illustration. Qui arme le président burundais, Pierre Nkurunziza ? Qui finance la rébellion ? Ce sont les questions que soulève la diplomatie vaticane, « très très préoccupée » devant une « répression silencieuse » exercée par le pouvoir.

Une situation dans laquelle le Saint-Siège ne détecte pour l’heure « aucun signal décisif » pour sortir du cycle de violences. Un dialogue interburundais devrait démarrer le 21 mai à Arusha (Tanzanie). Mais, pour la diplomatie vaticane, tant que les intérêts économiques et géopolitiques des pays de la région des Grands Lacs et des anciennes puissances coloniales – France et Belgique – ne seront pas davantage démêlés, aucun dialogue honnête ne pourra faire bouger les lignes. Il règne trop « d’ambivalences, d’ambiguïtés », regrette-t-on au Saint-Siège, sans se montrer plus explicite.

Ces conflits d’intérêts apparaissent au Vatican comme la clé du problème, qui ne saurait être réduit à un conflit ethnique entre Hutus et Tutsis comme cherche à le faire croire le pouvoir. Ce qu’attendent aujourd’hui le Saint-Siège comme l’Église au Burundi, c’est que Paris, Bruxelles et Washington contraignent par des sanctions le président Nkurunziza à accepter le dialogue.

Des menaces directes pèsent sur l’Église

Sur place, le nonce (ambassadeur du Saint-Siège) à Bujumbura, Mgr Wojciech Zaluski, multiplie les contacts pour chercher, en vain, à faire émerger ce dialogue. Le président de la conférence épiscopale burundaise, Mgr Gervais Banshimiyubusa, reçu vendredi 29 avril à Rome, se dit aussi prêt à parler avec tous alors que le pouvoir accuse l’Église catholique dans le pays à faire l’apologie des rebelles. Le Saint-Siège apprécie au contraire qu’elle soit restée suffisamment distante de la politique, hormis l’exception de quelques prêtres.

> Lire aussi Les évêques du Burundi inquiets pour l’avenir du pays

Cette prise de distance n’empêche pas que des menaces directes pèsent sur l’Église, autre vive préoccupation à Rome. Des évêques de passage au Vatican ont peur pour leur propre vie. L’actuel « ministre des affaires étrangères » du pape, Mgr Paul Gallagher, le comprend.

Lui-même fut nonce au Burundi de 2004 à 2009, où il avait été nommé après l’assassinat de son prédécesseur. Cette récente expérience dans ce pays, où il a gardé un réseau de contacts, lui permet de suivre de près la détérioration de la situation, dont l’informe aussi, entre autres, la diplomatie belge.

Le pape François s’emploie à ne pas laisser dans l’oubli ce conflit

De là à envisager de s’y rendre, ce n’est pas pour l’heure à l’agenda. Le dialogue apparaît trop bloqué pour qu’un tel déplacement n’ait d’autre sens que médiatique. La communauté de Sant’Egidio ne parvient pas davantage à faire évoluer la situation, observe-t-on aussi depuis le Vatican, proche de cette organisation catholique investie dans la médiation de conflits.

Dans l’immédiat, Rome encourage l’Église sur place et toutes les structures catholiques, comme Caritas, à secourir la population de ce pays de 10 millions d’habitants, en majorité chrétiens, parmi les plus pauvres du monde. Le pape François, qui a reçu au Vatican les évêques locaux il y a juste deux ans, s’emploie à ne pas laisser dans l’oubli ce conflit.

À Pâques, comme à Noël dernier, le Burundi est ressorti comme l’un des pays cités dans ses messages « urbi et orbi ».

Sébastien Maillard (à Rome)

 

COMMEMORATION DU GENOCIDE HUTU DE 1972 A ROME

agénocideburuCe samedi 30 avril 2016, des burundais de la diaspora se sont retrouvés dans différentes villes occidentales pour célébrer le 44ème anniversaire du génocide Hutu commis par le pouvoir de Micombero: Ottawa, Bruxelles, Paris, Genève, Rome,…; ceux du Burundi s’étant rencontrés le vendredi 29 avril 2016.

Dans la ville éternelle, comme à l’accoutumée, la commémoration a initié par une célébration religieuse au cours de la quelle hommes, femmes et enfants tenaient en main une bougie allumée pour implorer le Seigneur Tout Puissant, prier pour toutes les personnes tuées au cours du génocide de 1972 et ce, du 29 avril, pour toutes les familles des victimes, les rescapés, les réfugiés,…

Après ce moment fort significatif de prière et de longue méditation, ce fut l’occasion propice pour réfléchir ensemble au tour du thème « Mémoire d’un mal extrême: le génocide Hutu de 1972 entre silence et urgence de la justice ». Les burundais doivent se dire la vérité pour éradiquer le mal causé par ce génocide, reconnaitre la responsabilité individuelle des actes posés. Vu l’ampleur des massacres du 29 avril à mai 1972, les instances habilités doivent reconnaitre officiellement et légalement ce génocide. Et comme les paroles du Saint Père François rappellent au monde entier les génocides oubliés dont celui de 1972 au Burundi.

agenocideburDe différents témoignages ont enrichi le débat afin que les générations actuelles et à venir puissent savoir la vérité qui a été toujours occultée. Entre 200.000 et 300.000 personnes ont été jetées dans des fosses communes sans que leurs familles puissent les enterrer dignement. Chacun des participants jusqu’au petit enfant, a été donc invité, séance tenante, à se laver les mains avec de l’eau (gukaraba) en signe du dernier hommage d’accompagnement des disparus. Le prochain rendez-vous a été fixé pour samedi 29 avril 2017 pour commémorer le 45ème anniversaire du génocide de 1972.