DES GESTES ET DES PAROLES DENSES: LA FIN D’UNE EPOQUE ?

FaustaNkurunzizaCe 16 et 17 mai, nous n’avons pas entendu de longs discours, mais nous avons vu des gestes lourds de signification. Le Président de la République, que ses détracteurs accusent d’être souvent caché, était là, dans la simplicité d’une personne qui va consoler une famille en deuil. Mais l’Etat burundais était présent lui aussi avec le Faustadéploiement du cérémonial militaire et civil pour accompagner   l’ex président Bagaza avec tous les honneurs de son rang. Le président de la République a loué son prédecesseur pour les grandes oeuvres qu’il a accomplies, tandis que la veuve s’est chargée de demander pardon pour les erreurs qu’ a commises son mari, puiqu’il était comme tous un fils d’homme.

La veuve du président défunt s’est mise à genoux, pour demander ce pardon. C’est un geste qui laisse bouche bée, mais qui semble clore une époque, pour en commencer une autre. En effet, tous, intellectuels ou non sont convaincus que la réconcilation entre burundais passe inévitablement par la reconnaissance explicite des fautes du passé, suivie d’un pardon mutuel et d’un engagement définitif à ne plus faire ça. Les burundais peuvent régler leurs problèmes sans recourir aux tueries.

Mais dans le Burundi des mystères, chaque chose doit être testée avec le temps; il ne faut pas trop vite s’emballer dans un sentimentalisme trompeur. Le geste de Madame Fausta Bagaza est à placer aussi dans le tissu des relations antagonistes qu’ entretiennent ceux qui ont été précédemment au pouvoir. Le colonel Bagaza non seulement a fait le coup d’Etat contre Micombero, mais il est aussi accusé par la famille de l’avoir assassiné par empoisonnement  pendant son exil à Modagiscio. Il mourut le 16 juillet 1983 à l’âge de 43 ans. Un témoin oculaire rapporte ainsi les paroles de la mère de Micombero en 1987 à la mère de Bagaza quand il fut renversé par Buyoya: « Umwana wanje yagarutse mw’isandugu, ese uwawe nawe yogaruka mu rindi » (mon fils m’est retourné dans un cercueil, puisse le tien te revenir aussi dans le cercueil ». Bagaza était haï aussi par Buyoya, son tombeur,  qui n’a jamais pardonné à Museveni d’avoir accueilli lui et sa famille. L’invitation du Président Ndadaye à Bagaza pour rentrer au bercail n’a pas été bien digéré par Buyoya, évidemment. En 2002, Buyoya met en résidence surveillée Bagaza, en l’accusant d’avoir tenté de l’assassiner; il banit aussi son parti Parena des activités politiques. Il sera réadmis en 2003, sous la présidence de Domitien. Dans cette guégerre entre familles, Bagaza et les siens ont trouvé le réconfort auprès des présidents hutu, Ndadaye et Nkurunziza. Et il a essayé de montrer sa gratitude. Le politicien et écrivain Jean Marie Sindayigaya rapporte dans son article de 2002 (« Qui est le major Buyoya ? ») que dans la nuit du 21 octobre 1993, Bagaza a téléphoné aux militaires putchistes leur demandant de ne pas tuer  Ndadaye; Buyoya n’a rien fait.  Il est à noter aussi que Bagaza, depuis son retour d’exil, même au temps où il présidait son parti le PARENA, s’est toujours comporté avec  sagesse. En 2010, son parti le Parena n’a pas fait partie de la coalition contestataire des élections Ikibiri pour combattre le gouvernement.

En conclusion, nous sommes émus par des gestes isolés comme ceux de madame Bagaza et de Isidore Hakizimana. C’est un petit pan de mur qui s’écroule. Mais dans l’entre temps, les ténors virulents de l’ancien régime tels Kagame, Buyoya, Sinduhije,  Maggy, redoublent d’efforts pour  nous faire retomber dans le puis. Raison pour laquelle les belles émotions ne doivent pas émousser notre vigilance. Une grande conviction pourtant: la paix est possible.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *