VERGOGNOSO TRAFFICO DI RIFUGIATI BURUNDESI IN RWANDA

a4Secondo fonti attendibili, i rifugiati burundesi in Rwanda sono diventati una merce per il governo ruandese. E’ di notorietà pubblica che i giovani burundesi rifugiati nei campi, in particolare quello di Mahama, sono stati reclutati per formare una ribellione armata, destinata ad abbattere il governo del Burundi. La denuncia è venuta dagli esperti delle Nazioni Unite, che hanno portato avanti una indagine molto approfondita e hanno consegnato recentemente un rapporto al Consiglio di Sicurezza dell’ONU.

Ma non è tutto. Si è scoperto che il numero dei rifugiati consegnato all’Alto Commissariato delle Nazioni Unite per i Rifugiati (ACNUR) comprende solo in piccola parte i burundesi, cioè solo 27.659  dei 81.243. Gli altri sono rwandesi, raccolti dolosamente nei campi profughi, per gonfiare il numero. In questo modo, l’ACNUR versa i soldi e il cibo per falsi profughi, che sono dirottati nel sostentamento delle caserme militari e delle famiglie di alti ufficiali.

I rwandesi  (circa 53.000) che ufficialmente risultano essere profughi burundesi sono programmati per essere mandati nei paesi di accoglienza (Stati Uniti, Australia, etc.) per il ricollocamento, mentre i veri burundesi rimarranno a marcire nei campi profughi. E’ già accaduto con i Banyamulenge, che si erano rifugiati in Rwanda, durante le guerre degli anni 1996-2000. Al loro posto partirono in America dei veri rwandesi che si facevano chiamare banyamulenge, mentre questi sono rimasti ammucchiati miseramente in Rwanda.

Molti dei burundesi rifugiati in Rwanda non sono fuggiti per un pericolo imminente, ma rispondevano ad una doppia propaganda: quella del regime rwandese che  li invitava a partire e prometteva loro monte e meraviglia, e quella dell’opposizione radicale burundese che li incitava a scappare per salvarsi di un ipotetico genocidio. All’arrivo in Rwanda, li  aspettavano al confine dei bus gran turismo, climatizzati, che li conducevano nei campi profughi. Una pubblicità  ingannevole che nascondeva il lato mercantile dell’operazione. Il governo del Burundi in collaborazione con l’ACNUR dovrebbe adoperarsi per fare rientrare questi cittadini burundesi tenuti in ostaggio in Rwanda, sfruttati per generare soldi e cibo per il regime di Kagame.

 

LA FRANCE AUX ABOIS: RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER !

indip2 010aParispoliceIl y a près d’une année, François Hollande faisait sa tournée africaine, et à chaque étape il n’avait qu’un refrain dans la bouche: Le aParismanifBurundi, et Pierre Nkurunziza qui ne voulait pas écouter son peuple. Maintenant c’est la France qui brûle, et le gouvernement français qui ne veut pas s’asseoir avec son peuple pour discuter. Le premier ministre Valls a déjà déclaré qu’il va s’accrocher au pouvoir, qu’il n’est pas question de démissionner. Depuis le 31 mars, le pays est sans répit, des centaines de milliers restent debout comme des « i » dans la rue. Beaucoup de débordements et d’escarmouches avec la police ont été enregistrés ces derniers jours, des voitures de police incendiées…  La police a procédé à diverses arrestations et inculpations. Et pourtant Hollande ne plie pas. Son gouvernement est devenu dictatorial. Depuis deux semaines, les syndicats se sont joints au mouvement. Le secteur pétrolier a été frappé de plein fouet, les français ont des difficultés à trouver dix litres d’essence; aujourd’hui ce sont les travailleurs des centrales nucléaires qui ont croisé les bras, et les réacteurs fonctionnent au ralenti; il y a risque que le pays se retrouve dans l’obscurité… Hollande est en difficultés, et pour revigorer son image, il payé une fantomatique fondation newyorkaise inconnue jusqu’ici, qui l’a élu « président mondial de l’année »!  Si un de ces courtisans burundais pouvait lui expliquer notre proverbe, peut-être  deviendrait-il un peu sage : uwutaraburogwa, agira ngo nobunya (tant que ça arrive aux autres, c’est de leur faute) [traduction courtoise].

CNARED: DES LOUPS ET DES BREBIS EGAREES VERS ARUSHA

Le Cnared est composé d’éléments disparates et centrifuges (il se désagrège à vue d’oeil), qu’on peut regrouper en deux catégories: les loups et les brebis égarées. Les loups sont Alexis Sinduhije, Pierre Buyoya, Marguerite Barankitse, Pacifique Nininahazwe et ses appendices,  parce qu’ils ont entrepris une action de guerre pour évincer le Président Nkurunziza du pouvoir, et partant écarter de nouveau l’ethnie hutu de la chose publique, comme ils l’avaient fait par le passé. Le deuxième groupe, les brebis égarées, est composé surtout de frondeurs (hutu et tutsi) qui espéraient régner après Nkurunziza, et qui ont été frustrés. On y retrouve aussi quelques partis traditionnels de l’opposition comme l’UPD. Le célèbre adage qui dit que l’ennemi de ton ennemi est ton ami, les a poussés dans les bras des loups, mais ils ne se sont pas rendu compte que certaines espèces ne savent pas ce que c’est l’amitié. Le Loup mange les brebis, peu importent les conflits qu’elles avaient avec leur maitre. Cela s’est vérifié durant les premières semaines de l’insurrection à Bujumbura. Les insurgés ont assassiné Chauvineau Mugwengezo de l’UPD à Ngagara, après avoir bouclé le quartier, pour utiliser sa mort comme enseigne publicitaire pour leur mouvement; tout était calculé pour que RFI en parle tout de suite, son journaliste étant sur la scène du crime. C’est aussi le cas du pauvre Mbonimpa Pierre Claver, avec lequel les loups sont en train de jouer un jeu cruel, comme ce chat  qui lance et reprend la souris qu’il a capturée. Dans le plan de déstabilisation d’un état souverain par les Occidentaux, un défenseur ou une association  de défense des droits de l’homme fait partie des ingrédients essentiels pour confectionner la potion mortelle. C’est ainsi que le Commissaire Ra’ad Al Hussein est toujours aux crénaux pour dénoncer un Burundi qu’il ne connait même pas. Mbonimpa a été choisi à son insu (mais il était consentant), il a été broyé et mélangé aux autres substances; ainsi, pour mieux servir, les loups lui ont mangé son gendre (qui était hutu), pour qu’il ne mette pas le nez dans leurs affaires; ensuite, ils ont dévoré son fils, pour alimenter le feu des condamnations de l’Occident contre le Burundi… Mbonimpa le tutsi de Ngozi a déjà oublié qu’il danse avec les fils des génocidaires de 1972, qui n’ont pas épargné les tutsi instruits de Ngozi. Nous espérons qu’un jour il se réveillera et qu’il comprendra dans quelles eaux il est en train de nager. Bien qu’il n’ait plus rien à sauver.

Et maintenant, cet attirail voulait aller à Arusha.

Si le Cnared y était allé, il aurait porté dans la salle les loups et les brebis. Mais Sinduhije, étant frappé par la censure américaine, comme seigneur de la guerre, ne pouvait pas y entrer, sans violer la résolution 2248 des Nations Unies. L’invitation des partis a donc évité cet inconvénient. Les brebis à Arusha, les loups dans la brousse.

Toutefois, on se demande ce qui peut changer, si les brebis rentrent au bercail, et les loups continuent à dégoupiller leurs  grenades et  à tendre des embuscades. Ou il faudra les combattre jusqu’à les vaincre, et c’est possible, ou alors il faudra un jour parler aussi avec les loups. C’est-à-dire, leur lancer un os à grignoter, pour calmer leurs hululements. Nous ferons une proposition dans le futur.

Analyse de Roland Rugero sur le système éducatif – Qu’en dire ?

aRugero« L’une des causes principales des crises politiques successives que traverse le Burundi depuis, c’est l’exclusion à une certaine période de l’histoire de certaines catégories sociales dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières de professions libérales (médecins, avocats, entrepreneurs, architectes, etc).
Ainsi, les Hutu chanceux ont été principalement dirigés pendant des années vers les facultés pédagogiques, l’agronomie, les sciences dures, le sport, etc. La plupart n’ont pas pu continuer l’université de peur de mourir comme leurs parents de 1972 et avant, les autres par manque de moyens/soutiens. D’autres, faute de pistons au ministère de l’Education, n’ont jamais su qu’il y avait des bourses, ou alors se sont vus subtilisés leurs bourses. Les histoires de boursiers partis étudier à l’étranger sous les noms de brillants élèves incapables de quitter la colline natale par manque de moyens sont courantes.
Conséquences de tout cela: sur une certaine catégorie d’âge, il est très difficile de trouver des Hutu qui ont réussi leur vie professionnelle en dehors des fonctions gouvernementales sans être des anciens séminaristes, ou avoir été aidés par les Eglises (Catholique surtout, mais aussi les protestantes) …

Cela a évidemment des répercussions sur la gestion du pays, la floraison des complexes d’infériorité, l’incapacité de comprendre que la vie existe en dehors des postes étatiques et des décrets, etc.
Nous le voyons si bien depuis 2005.

Dieu merci: la situation a positivement évolué depuis la fin des années 1990 en termes d’inclusion dans toutes les branches de l’enseignement des différentes couches sociales du peuple burundais.
Puis est apparue la politique de « popularisation de l’éducation » chère au Cndd-Fdd, calquée sur le modèle de la « racine-base » qui fonde le parti à l’aigle (les populaires « inama-nshingiro »). Outre la dimension « marketing politique » qu’elle offre, elle a permis de permettre à des dizaines de milliers de jeunes Burundais d’avoir accès à l’enseignement de base. Je n’oublierai jamais ces couples, à Gitega, Kirundo et Bubanza qui me racontaient en 2011 comment leurs enfants ne parcouraient plus 10, 20 km par jour pour se rendre en classe « comme de notre temps ». Désormais, chaque commune burundaise a 1, 2, 3 écoles secondaires.

La politique de popularisation de l’éducation s’est étendue à l’enseignement supérieur. On avait Bujumbura, Ngozi, Gitega, Kayanza, Bururi. Il faudra désormais ajouter Muyinga, Kirundo, Bubanza, Makamba, … L’idée étant d’avoir dans chaque province une université.

Bon, l’objectif est louable, comme disent les Burundais.
Sauf que, autant pour ces établissements supérieurs que pour ces universités provinciales, la QUESTION qui se pose reste la même: « L’enseignement popularisé pour quel prix? »

Car l’éthique de la démocratie, autant que celle du développement (dans la conception occidentale des deux mots) repose sur la notion d’élite.
Il ne peut y avoir de démocratie solide et viable à long terme sans des systèmes éducatifs solides, produisant de l’ingénierie sociale (Feu Bagaza en est l’exemple à-point) et la faisant s’accoupler avec les progrès techniques.
Il ne peut y avoir de démocratie solide et viable à long terme sans élite intellectuelle au sein des partis politiques, de la société civile, des groupes de pression spontanées, des entreprises, etc. Sinon, reste uniquement la voie vers la violence, et la loi du plus fort (financièrement et/ou musculairement). Trump nous le rappelle.

Mon professeur de sociologie, de Cornell University, m’a dit en 2014: « Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi vous êtes toujours en conflit au ‪#‎Burundi‬: juste quelques pas à l’Université nationale et on saisit tout. »
Folles herbes à volonté, toilettes abandonnées d’où l’eau-coule-sans-fin, guéguerres de représentativité politique (!), grèves, grevons, grevez, maigres moyens pour la recherche, etc. Pourtant, les lieux restent le pourvoyeur principal des institutions publiques en termes de ressources humaines.

Si le Cndd-Fdd en particulier et l’ensemble de la classe politique en général, veulent nous éviter des conflits ultérieurs, il faut que l’enseignement au Burundi soit une priorité ABSOLUE. Car la première richesse de notre pays (et son plus grand problème), c’est sa population: 78% a moins de 35 ans.
Il faut introduire la notion d’élitisme (en prenant soin d’en fixer le baromètre aux seuls mérites scolaires), aussi rébarbatif que cela soit.
Il faut un intérêt urgent, spécial et massif pour l’Université du Burundi. Il faut un fonds spécial pour aider les meilleures écoles du secondaire dans le pays, mais aussi des dispositions spéciales pour soutenir les meilleures universités privées. Il faut faire voyager le maximum de jeunes burundais vers des bourses d’étude en Inde, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Brésil, pas seulement au Maghreb-Chine-Belgique-France. Créer des compétitions grassement récompensées entre étudiants, élèves, écoliers.
Le Burundi a besoin d’urgence d’une élite intellectuelle dans tous les secteurs de la vie nationale.

Sinon, en 2025, ce sera du déjà-vu. Les jeunes burundais issus de l’université burundaise populaire sans modem, écran tactile, incapables de présenter un travail sur PowerPoint, baragouinant un anglais approximatif, ne pourront jamais rivaliser avec les jeunes rwandais formés par Carnegie Mellon Rwanda, les Tanzaniens de Université de Dar es Salaam, les Kényans de Université de Nairobi, les Ugandais de Makerere University Official Page
Wapi.
Pourtant, tout ce beau monde finira à Buja, Gitega et Ngozi pour nous piquer les meilleurs postes, la libre circulation des biens et des compétences dans l’EAC aidant.
Et les jeunes burundais issus de l’université burundaise populaire seront frustrés, obligés de s’entre-étrangler pour quelques postes politiques payés quelques centaines de $ et quelques honneurs trop passagers.
Et nous aurons évidemment des élections contestées, et il y aura de nouveau des coups de feu nourris, des morts, Entebbe, puis Arusha …

MESSAGE: puisque le Burundi a déjà vécu ce que coûte les exclusions à une éducation formelle de qualité (élitiste), que tout Burundais évite de le faire vivre aux autres. »

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COMMENTAIRE

  1. Dans la première partie, l’auteur parle avec grande lucidité de la politique d’exclusion, qui a laissé des miliers d’intellectuels potentiels sur les collines (les Hutu). Il aurait dû d’abord signaler la tabula rasa de 1972, qui a effacé le bassin des compétences acquises; beaucoup en effet retournaient des universités occidentales. Alors Micombero et Bagaza ont recouru, pour combler les vides, aux rwandais et aux zairois. Pendant les 30 ans d’exclusion, donc de formation sélectionnée (en fonction de l’ethnie), combien d’intellectuels en sont-ils issus ? Quand nous disons intellectuels, nous parlons de gens qui publient des livres, qui font des inventions, qui améliorent par leur savoir le pays… j’en vois peu! Les « intellectuels burundais » lisent  la bouteille et écrivent avec la brochette, et le tour est joué.  L’école n’est pas conçue comme un étang où  prend le savoir, mais un moule où l’on passe pour changer de condition sociale (Gukira, kuba umuzungu). C’est pour cela qu’à ce jour,  beaucoup de facultés sont encore barricadées par une mafia ethnique et régionale, et les hutu qui y entrent sont éjectés dehors… par exemple le droit.
  2. Cette remarque nous amène au deuxième point: le système CNDD-FDD est-il pire que le précédent ? Je crois que non. Au contraire. L’accès à l’éducation est un droit universel, et il est illusoire de planter une démocratie dans un peuple qui ne sait ni lire ni écrire. Il a donc fallu faire un choix. Avant de penser aux postes à occuper dans le futur, il faut donner à chacun ce qui lui est dû; le minimum c’est le savoir, si petit soit-il. Nous aimerions tranquilliser l’auteur; certains pays d’Europe ont le même système que le Burundi. Il y a 20 ans, nous avons vu des staistiques d’un pays industriel européen, où la moitié de la population (30 millions) n’avaient fini que la 5° primaire, et nous avons rencontré beaucoup de  citoyens qui ne savaient ni lire ni écrire. Il ne faut donc pas blâmer le système CNDD-FDD, pour avoir fait construire beaucoup d’écoles primaires. Sans elles comment pourrait-on dénicher les futurs ingénieurs qui se cachent dans la bananeraie ?
  3. Un correctif  est pourtant obligatoire. Dans chaque pays, il faudrait une Haute Ecole, pour les meilleurs, à laquelle l’Etat consacrerait un grand budget. L’Inde après son indépendance a créé la HST (High School of Technology), d’où sont issus les ingénieurs, les informaticiens, qui sont en train de propulser le pays aux premiers rangs de la scène mondiale. Le Burundi doit se doter d’une telle école, pour les plus doués. L’autre question à résoudre est la langue. Beaucoup vont à l’école, mais ils ne comprennent rien. C’est un calvaire. Et une grande perte d’argent et de temps. Ce qui explique les niveaux très bas de notre enseignement. Si on enseignait les français en kirundi, si on leur faisait passer le concours en kirundi… vous verriez une belle foire aux cancres.

Maggy à Rome pour vendre son génocide imaginaire

amaggyA 60 ans, Maggy Barankitse a découvert en elle un talent qu’elle n’aurait jamais mis en valeur, n’eussent été les malheurs que les hima ont déchainé sur le Burundi: celui de bonne entrepreneuse (dans tous les sens). Elle vend un génocide inexistant, et pourtant les millions affluent. Dernièrement, elle a reçu le prix AREVA en Arménie, pour un génocide subi non par les tutsi, mais par les Hutu; quand les arguments tarissent, parce que ce génocide des tutsi est virtuel et habite seulement dans sa tête, alors elle le projette dans le futur… « si les tutsi ne l’ont pas subi,  ils vont le subir ». C’est ainsi qu’aujourd’hui 19/05/2016, sa cour a organisé une conférence à Rome, avec le titre : « Burundi, vers un nouveau génocide! ». Et entre temps elle récolte de l’argent, beaucoup d’argent.  En cette année, ce sera la 5ème fois qu’elle  descend sur Rome. Nos informations nous apprennent qu’elle fait autant pour beaucoup de pays européens, en particulier la Belgique. Elle est devenue le magnat du génocide, pour le grand bonheur de la bande à Sinduhije (à laquelle s’est joint Buyoya dans cette affaire très lucrative).

Cela rappelle étrangement la stratégie de Narunyoga avec sa fille. Elle disait : « Si ma fille grandit, j’aurais des vaches en dot; si elle meurt, de même ». L’enfant mourut, et elle porta le cadavre dans un étang où s’abreuvaient les vaches et elle se cacha dans un buisson. Quand à midi les vaches vinrent pour boire, elle cria: « au secours, les vaches ont tué ma fille ». Les éleveurs durent la dédommager avec des têtes de bétail.

Pour Maggy donc, l’important n’est pas que le génocide soit effectif, mais qu’il rapporte. C’est d’ailleurs pour cette raison que les stratèges du noyau des extrémistes tutsi ont monté ce mensonge, en copiant Kagame. Bien avant 2015, ils  disaient dans leurs cercles qu’ils avaient besoin d’un petit génocide qui leur permettrait de dominer à jamais les hutu en leur collant le label de génocidaire (comme au Rwanda), et pour ensuite faire de ce génocide  un fonds de commerce qui les nourrirait sans se fatiguer pour des générations, comme fait Kagame.

Maggy, Sinduhije, Buyoya et les autres, n’ayant pas réussi à consommer effectivement ce génocide, ils en récoltent toutefois les fruits. Avec cet argent, ils provoqueront un bain de sang pour prouver a posteriori qu’ils disaient la vérité. La grande quantité d’armes saisies à Bujumbura pendant ces dix derniers mois ne vient pas  des cotisations des membres, qui souffrent de misère comme tout le monde, mais de l’argent des dons que Maggy, toute honte bue,  dit destiner aux réfugiés. Et elle continue à mentir, en s’émouvant jusqu’aux larmes… et les blancs naïfs tombent dans le piège.

C’est le cas dire : « la corruption des meilleurs est toujours la pire ».

« Le Burundi doit d’abord bien gérer la mémoire », Nicodème Bugwabari – Iwacu.



Massacres, exclusions, frustrations, revanche… le Burundi traîne une histoire blessée. Le Professeur Bugwabari* plonge dans les sources de notre mal. Une analyse froide qui fait réfléchir.

Pr Nicodème Bugwabari, sociologue politique ©Iwacu

M. le professeur, le Burundi est un pays blessé, comment faire face à notre passé, nos blessures ?

C’est une question compliquée mais pour émerger le pouvoir doit résoudre un problème fondamental : la gestion de la mémoire pour prendre à bras-le-corps les difficultés politiques, économiques et sociales que connaît le pays. Nous avons et vivons une mémoire non maîtrisée.

Professeur, tout d’abord, que faut-il comprendre par « mémoire » ?

J’appelle mémoire, ce rapport avec le passé qui informe et donne forme au présent. La mémoire pourrait concerner plusieurs épisodes du passé mais on peut se rapporter à deux grandes épisodes : 1972 et 1993.

Pourquoi ces deux épisodes ?

Les événements de 1972 ont ébranlé tous les Burundais dont les élites. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de ’’Ikiza’’, la catastrophe. Cette ’’Ikiza’’’ informe, dans le sens de donner forme, le présent. Elle est en étroite relation avec les événements sanglants de 1993. Nous souffrons encore et encore des séquelles de 1972. Cela fait partie de ce que l’on appelle ’’mémoires faibles’’, c’est-à-dire les mémoires qu’on ne peut pas exprimer dans l’espace public. Il y a refoulement. Lorsque, ceux qui vivent, la mort dans l’âme, cette mémoire comme des victimes, parviennent à se hisser au pouvoir, ils sont parfois tentés par un certain esprit de revanche et de négation d’autres mémoires.

Comment cette mémoire a été gérée ?

Cette mémoire de 1972 a été sous différentes Républiques, une mémoire faible jusqu’aux élections de juin 1993. Du temps de Micombero, il était impossible de parler des événements d’avril – mai 1972. Interdiction de pleurer ses morts ou de faire le deuil. Et sous Bagaza, c’était l’idéologie du développement, c’était l’ère de la ’’burundité’’, on ne pouvait pas évoquer les mots ’’Hutu’’ ou ’’Tusti’’.

Rumonge avril 1972, toutes ces personnes ligotées périssent

Taire la question ethnique arrangeait les choses ?

Les Hutus vivaient dans le ressentiment, rongés par une violence intérieure, rentrée. Et comme conséquences, lors de la catastrophe d’octobre – novembre 1993, il y a eu extermination de Tutsi à grande échelle. Quand on parle du 21 octobre 1993, la tendance est de se souvenir de l’assassinat du premier président hutu démocratiquement élu tout en oubliant cette mémoire de 1993. Cette mémoire de 1972 est fondatrice des problèmes actuels tout comme celle de 1959 au Rwanda voisin.

Les cas rwandais et burundais sont semblables ?

On ne peut pas parler de 1972 sans parler de l’anti-modèle politique rwandais avec ce coup d’Etat de Kayibanda, l’auteur du Manifeste des Bahutu de 1957, l’acte fondateur d’une sorte d’apartheid.

Cette mémoire de 1972 mal maîtrisée provoque ce qu’on appelle en sociologie politique ’’frustration relative’’ de la part des élites hutu montantes car il n’y a pas eu de ’’circulation de ces élites’’. D’après le sociologue Vilfredo Pareto, un pays ne connaît de stabilité que quand il y a ’’circulation des élites’’, quand elles peuvent accéder à des postes importants. Les Hutu ne pouvaient pas espérer être promus ministres, ce qui n’était pas le cas pour les Tutsi. Cet écart ou ce différentiel quant au degré d’aspiration crée cette ’’frustration relative’’.

Les différentes Républiques qui se sont succédé étaient sous le sceau d’une ’’tutsicratie’’, à quelques exceptions près. Avant 1972, ce n’était pas pareil. Après ces événements sanglants caractérisés par le massacre des intellectuels hutu, cette ’’tutsicratie’’ a peur du ’’péril hutu’’.

Pouvez-vous expliquer davantage les ressemblances entre les cas burundais et rwandais ?

Juvénal Havyarimana et Grégoire Kayibanda lors d'un réception ©dr

Il y a entre le Burundi et le Rwanda une sorte de ’’jeu de miroirs’’, comme le dirait le politologue René Lemarchand. Ce qui se passe au Rwanda se reflète sur le Burundi et vice versa.Il n’y a eu circulation des élites hutu qu’avec la politique dite d’unité nationale après les événements de Ntega et Marangara. Cela s’est poursuivi après les élections de juin 1993, même s’il y a eu des problèmes.

Est-ce que cela constitue la genèse des problèmes que le Burundi connaît ?

Les élites hutu au pouvoir à l’époque avaient vécu cette longue frustration. On les a entendus clamer haut et fort comme un cri de victoire : ’’Twari twaranizwe’’ (Nous étions opprimés). Il y a aussi cet ouvrage évocateur des années 1990 de Melchior Mbonimpa : Hutu, Tutsi, Twa, pour une société sans castes au Burundi où l’on parle des ’’dos courbés depuis plus de 400 ans’’, c’était l’idéologie du Palipehutu.

Les élites au pouvoir ont vécu une certaine socialisation familiale, politique, religieuse au niveau de la mémoire. Dans la famille, on leur a dit ce qui s’est passé. Il y a des jeunes Hutu qui ne sont pas allés à l’école après 1972 parce que « ceux qui y étaient ne sont jamais revenus ». Parmi les cadres sociaux de la mémoire, il y a surtout la famille, la politique et la religion.

Et qu’en est-t-il des élites actuelles du CNDD-FDD ?

Ils font partie de cette mémoire douloureuse de 1972. Parmi eux, il y en a qui ont souffert de la balkanisation de la ville de Bujumbura. Ces élites sont pour le moment au sommet de l’Etat. Le passé de ces élites est jalonné de dates pénibles comme 1972, 1993, 1995, etc. Au campus Mutanga, il y a des étudiants qui ont été tués dans la nuit du 11 au 12 juin 1995, ce problème est très fort, la plupart des rescapés ont directement gagné le maquis, un autre cadre de la mémoire, une autre forme de socialisation.

Quelles sont les conséquences du maquis sur ces gens ?

La vie quotidienne au maquis est très difficile. La mort est imminente, la violence est omniprésente : celle qu’on subit et celle que l’on inflige. Il y a une culture de la violence au maquis.

Comment on supporte la perspective d’une mort violente toujours imminente ?

On la supporte parce que quelqu’un d’infiniment plus grand que vous vous fait supporter cette violence. On s’en remet à Dieu. La guerre étant censée être juste, la violence devient légitimée, cette guerre a été lancée selon les vœux de Dieu. Même la violence qui est infligée à d’autres est faite au nom de cette guerre juste. Ce sont là de grands processus de légitimation de la guerre violente. La religion vous met un baume au cœur, adoucit la violence subie et infligée parce que c’est une violence faite au nom de Dieu. Cela résume la religion du maquis. Elle est aujourd’hui transférée dans l’espace public.

La religion du maquis est aujourd’hui transférée dans l’espace publique. Expliquez-nous professeur !

L’homme qui était religieux au maquis ne cesse pas de l’être le lendemain. C’est Dieu qui est censé lui avoir donné la victoire. Lorsque le président Nkurunziza a prononcé son premier discours lors des cérémonies d’investiture, il a fait entendre que c’était une prédiction. Ceci était dans les plans de Dieu comme ce refrain fétiche du parti présidentiel : « Warakoze Mana integuro yawe ni nziza » (Merci Seigneur pour ton bon plan). En homme de foi, ils sont convaincus de ce qu’ils disent. Tout cela est dangereux.

Comment ?

Le Burundi est un Etat dit laïc mais lorsque le pouvoir met partout la divinité, cela devient inquiétant, il y a une légitimation religieuse du politique. Ceci est plus profond qu’on ne le pense. Il ne faut pas perdre de vue que nous avons une population religieuse, non pas dans le sens de la bonté ou de la fraternité mais dans les rapports verticaux, qui peuvent mener à la violence au nom de Dieu.

Lorsqu’ils sont sortis du maquis et qu’ils ont gagné les élections en 2005, c’était par la volonté divine. Et c’est ce Dieu qui est partout dans l’espace public aujourd’hui.

Quelle est l’implication de tout ceci ?

Les implications sont énormes. Face aux grands problèmes de l’heure, la réponse habituelle est que tout va bien se passer : « Les élections de 2015 se passeront bien, Dieu n’est-il pas notre témoin ? » C’est une légitimation religieuse du futur.

Ceci provient-il de cette mémoire religieuse du maquis ?

Lorsque les anciens rebelles ont pris le pouvoir, ils affichaient une sorte d’orgueil, un orgueil d’avoir lutté contre une dictature, d’avoir ramené la démocratie étranglée le 21 octobre 1993. Ils ont la conviction d’avoir réalisé quelque chose d’extraordinaire par la violence et par la force. Avec cette légitimation religieuse, Dieu était présent.

Les élites politiques actuelles sont alors convaincues d’être partout dans la vérité, puisque Dieu est de leur côté. C’est pourquoi, elles ne veulent pas entendre les voix dissonantes, elles n’écoutent pas l’autre. Elles ne veulent rien entendre de l’opposition encore moins de la société civile. Elles prêtent peu d’attention aux médias. Des journalistes peuvent se retrouver en prison puisque ces élites sont dans la vérité et qu’il n’y a pas d’autres vérités que la leur. La place de l’autre n’existe pas. Il y a un quasi parti unique.

Cette mémoire douloureuse mène à une sorte de cécité face aux grands problèmes. On comprend mal, par exemple, la démarche actuelle de la CNTB (Commission Nationale Terres et autres Biens) qui risque de grever la paix, de mettre à mal les efforts de réconciliation. Ces élites diront que le grand nombre de la population burundaise adhère à cette politique.

Est-ce qu’il n’y a pas risque de fausser le processus de Justice de transition ?

Cette mémoire jadis faible devenue aujourd’hui une mémoire forte, celle des ténors du CNDD FDD, cherche toujours à nier d’autres mémoires qui sont devenues pour le moment des mémoires faibles. C’est l’exemple des événements d’octobre – novembre 1993 où des Tutsi ont été massacrés à grande échelle. Il y a une volonté sournoise de tuer cette mémoire qui n’est plus forte. Annoncer, par exemple, qu’en décembre 2012, il en sera fini avec les camps des déplacés s’inscrit dans cette démarche.

Quid alors de la CVR dans ces conditions ?

Si l’on tente d’effacer une mémoire ou des mémoires, il est clair que la Commission Vérité et Réconciliation n’aura pas la tâche facile parce que la politique actuelle, cette mémoire forte, essayera de contrôler et de diriger d’une main de maître tout ce processus.

Un autre problème, qui veut aujourd’hui parler de l’assassinat du président Ndadaye puisque certaines élites de l’UPRONA se sont mouillées jusqu’au cou? Et qui veut parler des événements d’octobre – novembre 1993 puisque certaines élites hutu de l’époque se sont mouillées jusqu’au cou? Il n’y a qu’à voir le rôle joué par les administrateurs communaux à cette période. Tout ceci rend mal aisé l’implantation de cette CVR et de son travail : certaines élites ne veulent pas voir en face ce qui s’est passé.

Vous dressez un tableau fort sombre…

Réaliste. L’incompétence et la mauvaise communication politique actuelle de certaines élites conjuguées à la corruption, font que le Burundi ne s’en sort pas. En sciences politiques, la parole d’un dirigeant est importante parce qu’il a le monopole de la violence physique légitime et de la parole d’autorité. Celle-ci doit avoir une forte charge symbolique positive qui n’existe pas aujourd’hui. C’est le cas de Businde et de ce ministre justifiant la vente du Falcon 50, ou encore de cet ancien président du parti présidentiel parlant des journalistes dans une allégorie maladroite : « Gahanga wishwe n’iki ? » Pas rassurant.

Un mot sur la corruption ?

La corruption gagne du terrain, des maisons d’un luxe insolent poussent comme des champignons. C’est peut-être la matérialisation du slogan ’’Twari twaranizwe’’ (Nous étions opprimés). C’est cela les conséquences de la mémoire mal maîtrisée, de la circulation des élites. Il y a un autre problème énorme d’extraction du personnel politique dans la société. Pourtant, le pays en regorge et le pouvoir actuel gagnerait en cherchant un personnel politique beaucoup plus compétent. Il pourrait alors sortir le pays de l’ornière.

Pour inverser la tendance, il faut accepter l’autre comme différent, il faut entendre ici toutes ces voix qui s’élèvent pour dire non. Il faut les accepter positivement, prendre leurs critiques pour des critiques constructives.

Quid de la question ethnique, que certains disent résolue…

Effectivement, pas mal d’analystes avaient cru voir l’avènement de la déconstruction des identités ethniques au profit des identités politiques, partisanes mais ils n’ont plus cette illusion des débuts du pouvoir du CNDD FDD. Ces identités ethniques sont à l’honneur dans certains organes, elles déterminent l’accès au travail dans plusieurs ministères où il y a des postes juteux.

Est-ce que les mécanismes de justice de transition peuvent changer cet état des choses ?

Bien sûr, si ce processus est bien conduit, ces mécanismes peuvent être une forme de remède mais si la question de l’incompétence de certaines élites politiques est résolue. Tout part de là. C’est une nouvelle circulation des élites politiques qui va régler le problème. Et ce sont des élites compétentes, clairvoyantes qui pourront bien gérer cette mémoire mal maîtrisée, source des problèmes que nous connaissons aujourd’hui. La Justice transitionnelle ne peut pas exister sans une bonne gestion de la mémoire, de toutes ces frustrations des élites hutu et d’une grande majorité de Tutsi.

DES GESTES ET DES PAROLES DENSES: LA FIN D’UNE EPOQUE ?

FaustaNkurunzizaCe 16 et 17 mai, nous n’avons pas entendu de longs discours, mais nous avons vu des gestes lourds de signification. Le Président de la République, que ses détracteurs accusent d’être souvent caché, était là, dans la simplicité d’une personne qui va consoler une famille en deuil. Mais l’Etat burundais était présent lui aussi avec le Faustadéploiement du cérémonial militaire et civil pour accompagner   l’ex président Bagaza avec tous les honneurs de son rang. Le président de la République a loué son prédecesseur pour les grandes oeuvres qu’il a accomplies, tandis que la veuve s’est chargée de demander pardon pour les erreurs qu’ a commises son mari, puiqu’il était comme tous un fils d’homme.

La veuve du président défunt s’est mise à genoux, pour demander ce pardon. C’est un geste qui laisse bouche bée, mais qui semble clore une époque, pour en commencer une autre. En effet, tous, intellectuels ou non sont convaincus que la réconcilation entre burundais passe inévitablement par la reconnaissance explicite des fautes du passé, suivie d’un pardon mutuel et d’un engagement définitif à ne plus faire ça. Les burundais peuvent régler leurs problèmes sans recourir aux tueries.

Mais dans le Burundi des mystères, chaque chose doit être testée avec le temps; il ne faut pas trop vite s’emballer dans un sentimentalisme trompeur. Le geste de Madame Fausta Bagaza est à placer aussi dans le tissu des relations antagonistes qu’ entretiennent ceux qui ont été précédemment au pouvoir. Le colonel Bagaza non seulement a fait le coup d’Etat contre Micombero, mais il est aussi accusé par la famille de l’avoir assassiné par empoisonnement  pendant son exil à Modagiscio. Il mourut le 16 juillet 1983 à l’âge de 43 ans. Un témoin oculaire rapporte ainsi les paroles de la mère de Micombero en 1987 à la mère de Bagaza quand il fut renversé par Buyoya: « Umwana wanje yagarutse mw’isandugu, ese uwawe nawe yogaruka mu rindi » (mon fils m’est retourné dans un cercueil, puisse le tien te revenir aussi dans le cercueil ». Bagaza était haï aussi par Buyoya, son tombeur,  qui n’a jamais pardonné à Museveni d’avoir accueilli lui et sa famille. L’invitation du Président Ndadaye à Bagaza pour rentrer au bercail n’a pas été bien digéré par Buyoya, évidemment. En 2002, Buyoya met en résidence surveillée Bagaza, en l’accusant d’avoir tenté de l’assassiner; il banit aussi son parti Parena des activités politiques. Il sera réadmis en 2003, sous la présidence de Domitien. Dans cette guégerre entre familles, Bagaza et les siens ont trouvé le réconfort auprès des présidents hutu, Ndadaye et Nkurunziza. Et il a essayé de montrer sa gratitude. Le politicien et écrivain Jean Marie Sindayigaya rapporte dans son article de 2002 (« Qui est le major Buyoya ? ») que dans la nuit du 21 octobre 1993, Bagaza a téléphoné aux militaires putchistes leur demandant de ne pas tuer  Ndadaye; Buyoya n’a rien fait.  Il est à noter aussi que Bagaza, depuis son retour d’exil, même au temps où il présidait son parti le PARENA, s’est toujours comporté avec  sagesse. En 2010, son parti le Parena n’a pas fait partie de la coalition contestataire des élections Ikibiri pour combattre le gouvernement.

En conclusion, nous sommes émus par des gestes isolés comme ceux de madame Bagaza et de Isidore Hakizimana. C’est un petit pan de mur qui s’écroule. Mais dans l’entre temps, les ténors virulents de l’ancien régime tels Kagame, Buyoya, Sinduhije,  Maggy, redoublent d’efforts pour  nous faire retomber dans le puis. Raison pour laquelle les belles émotions ne doivent pas émousser notre vigilance. Une grande conviction pourtant: la paix est possible.

 

FAUSTA BAGAZA: LES PAROLES JUSTES

Lors de la messe de funéraille du président Bagaza, ce 17/05/2016, dans la Cathédrale Regina Mundi de Bujumbura, la veuve Fausta a prononcé un petit discours très touchant. Elle a remercié l’Evêque pour lui avoir accordé la parole, puis le Président de la République du Burundi, Pierre Nkurunziza, pour son soutien dans ces moments difficiles. Elle a demandé à l’assistance de l’acclamer – ce que la foule a fait- , et l’a exhorté à continuer de s’occuper sans relâche de tout le monde, sans distinction. Enfin, elle a prié quiconque a souffert des comportements de son mari de lui pardonner, car il était aussi un être humain, capable de commettre des erreurs. Elle a dit qu’elle se mettait à genou, pour le compte de son mari, d’elle-même et des enfants, pour demander ce pardon.

Ce sont des paroles de ce genre qui permettent au pays de se remettre sur la bonne route, même si elles ne changent pas le passé; au moins elle préparent un futur meilleur. Elles vont dans le sens d’une autre confession antérieure, celle du ministre de Bagaza, Hakizimana Isidore, qui avait  reconnu publiquement ses erreurs, et qui avait suscité une grande admiration. En effet, errare humanum est, perseverare autem diabolicum (se tromper est humain, mais persévérer est diabolique).

BAGAZA ET LE MILLION QUI A BOULEVERSE LA REGION DES GRANDS LACS

abagazaaLa vie des peuples peut dépendre de peu de choses, comme ce seul coup de feu en Serbie qui a déclenché la première Guerre dite mondiale en 1913. Le destin des peuples de l’Afrique des Grands Lacs de ces derniers quarante ans  a été négocié pour un million de dollars, que Bagaza a prêté à un certain rebelle hima du nom de Museveni, qui lui a permis de s’emparer du pouvoir à Kampala en 1986.  Depuis lors s’est enclenchée une réaction en chaine, pire que celle d’une bombe atomique.  En effet, quatre ans plus tard, le 01/10/1990, Museveni a envoyé son armée pour renverser le président Habyarimana et installer Kagame au pouvoir. Coût de l’opération: un million de morts, dont la grande majorité sont des hutu [cf. Rwanda’s untold story].  En 1993, Kagame (et sûrement Museveni dans les coulisses) a fait tuer le président Ndadaye, pour asseoir le temps venu Pierre Buyoya. En 1996, celui-ci renverse Ntibantunganya, et tous les trois tyrans se lancent à la conquête du Zaire, pour chasser Mobutu et s’approprier des richesses de ce mini continent. Coût de la campagne: 6 millions de morts.  En 2015, Kagame (et Museveni sournoisement  derrière lui), se met à déstabiliser le Burundi, dans la tentative d’y réinstaller un régime Hima. Pour une poignée de dollars, des génocides se sont commis et des viols de masse; les peuples se sont mis à errer, lachiant leurs terres et leurs autres biens. On a fini de voir la face de celui qui a plannifié ces bouleversements (Bagaza), mais on n’a pas encore fini d’en subir les conséquences. Bagaza n’a d’ailleurs pas donné seulement de l’argent à Museveni, il lui envoyait aussi des tonnes d’armes, camoufflées dans des camions, sous des sacs de thé et de café. Les services de Habyarimana n’ont jamais contrôlé, et les chargements qui devaient un jour se retourner contre eux leur passaient devant le nez. Il parait que Buyoya a exploité la même méthode dans les années ’90, pour armer le FPR.

Bagaza a bien servi son ethnie au plus haut degré. En 1987, quand il fut renversé par Buyoya,  certains tutsi de Bujumbura (ils se reconnaitront) s’exclamèrent : « les hutu ont de la chance, c’en était fini d’eux ». Son conseil de putsch qui s’appelait « Inama Ngarukiragihugu » fut rebaptisé par les hima « Inama ngarukirabahutu ». Un ami tutsi nous avait d’ailleurs conseillé de fuir le pays, en avril 1987, car un massacre de hutu était imminent. Et en effet, la population s’était déjà rendue compte (et elle le disait ouvertement) que la  tourmente toujours grandissante de cette époque préparait un autre génocide contre les hutu. Beaucoup retiennent que les massacres de Ntega Marangara de 1988 avaient été préparés par Bagaza, exactement comme en 1972, dans un coin reculé du pays, pour ensuite épurer tout le territoire national. La même méthodologie a été utilisée sans succès cette année 2016, par les  Sindumuja de Sinduhije, en prenant Karusi comme épicentre,  en propageant des tracts confectionnés par les tutsi eux-mêmes (exactement comme en 1972), pour déclencher un petit massacre de tutsi qui conduirait à une liquidation de tous les hutu, ou à défaut, pour crier au génocide. L’évolution de la technologie leur a permis d’utiliser aussi des tracts video (Haoussa), c’est-à-dire des montages ridicules mais efficaces pour les blancs ignorants.

Le mérite de Bagaza, c’est qu’il a construit des infrastructures (pour la mobilité de son armée, disait-on à l’époque) qu’il n’a pas pu emporter dans la tombe. Pour cela, nous le remercions. Que la terre lui soit légère.

MEMORANDUM ACTES D’AGRESSION DU RWANDA CONTRE LE BURUNDI

MÉMORANDUM
ACTES D’AGRESSION
DU RWANDA CONTRE LE BURUNDI
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 2
Table des Matières
I. Introduction
II. Burundi : cyclone des guerres fratricides et l’ombre du Rwanda
III. Le « troisième mandat » comme prétexte
IV. La crise burundaise : des schémas d’analyse endogènes incomplets
V. Les formes de l’agression rwandaise
a. Agression armée
b. Campagne de médisance
VI. Les origines et les raisons de l’agression rwandaise
VII. La réponse du Burundi à l’agression rwandaise
VIII. Conclusion
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 3
I. INTRODUCTION
Dans ce Mémorandum, le Bureau chargé de la Communication à la Présidence de la
République du Burundi démontre le rôle prépondérant du Rwanda dans la préparation,
l’accompagnement et l’accomplissement des opérations de déstabilisation des
institutions burundaises en vue d’opérer un changement de régime favorable, avant
tout, aux intérêts idéologiques du FPR 1 et à d’autres intérêts géopolitiques et
géostratégiques de certaines puissances occidentales, certes inavoués mais visibles.
Comme partout ailleurs en Afrique, ce processus de déstabilisation du Burundi s’appuie
sur un contexte socio-politique marqué par :
∗ les frustrations de la jeunesse urbaine, fortement touchée par le manque
d’emploi et malléable aux manipulations politiciennes ;
∗ le mécontentement d’une partie de l’ancienne élite sociale qui digère peu la
consolidation d’un modèle de gestion de la société burundaise basée sur la
démocratie ;
∗ la mise à nue des responsabilités individuelles lors des différentes tragédies qui
ont endeuillé le Burundi à travers la CVR 2 et la CNTB 3 , instruments qui
interfèrent directement sur des intérêts vitaux de certains individus qui ont géré
la chose publique depuis les années des indépendances, en passant par
l’épuration ethnique, en 1965, 1969, le Génocide des Hutu de 1972 et la
spoliation des citoyens forcés à l’exil.
Ce Mémorandum entend démontrer comment le principe de neutralité auquel adhère
fortement le Burundi a été utilisé par le leadership militaire du Rwanda voisin pour
planifier la mise à mort du « modèle consensuel » burundais issu des Accords d’Arusha
signés en 2000 et de l’Accord de Cessez-le-feu global de 2003 qui ont défini une feuille
de route dans le partage du pouvoir entre les composantes ethniques au Burundi (Hutu,
Tutsi et Twa) dans l’administration politique et les forces de défense et de sécurité.
1 Front Patriotique Rwandais – parti au pouvoir au Rwanda, leadership tutsi
2 Commission Vérité et Réconciliation
3 Commission Nationale Terres et autres Biens
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 4
II. LE BURUNDI, CYCLONE DES GUERRES FRATRICIDES ET L’OMBRE DU
RWANDA
Sans vouloir faire oeuvre d’historien, nous pensons pourtant que pour mieux
comprendre les événements actuels, un bref aperçu sur certains événements qui ont
jonché l’histoire des deux pays voisins, le Burundi et le Rwanda, (qui partagent une
même configuration socio-culturelle et une langue presque commune) ne serait pas de
trop, car, l’actuelle agression rwandaise trouve ses racines dans les soubresauts du
passé, à partir de 1959, « l’année-charnière » où l’avenir de ces pays s’est joué4.
En effet, en novembre 1959 il se produisit ce que Jean-Paul
Harroy décrit comme « la secousse déterminante » de la
révolution paysanne Hutu et la contre-révolution Tutsi, au
Rwanda, « laquelle devait, la Belgique aidant, aboutir à la
disparition du monopole Tutsi 5 ». Cette collision meurtrière
entre Hutu et Tutsi au Rwanda fit plusieurs morts et des
dizaines de milliers de réfugiés qui s’éparpillèrent dans la région,
Hutu compris au Burundi. Plusieurs immigrés rwandais Tutsi
s’établirent donc dans certaines régions du Burundi. En mairie
de Bujumbura, certains quartiers furent littéralement envahis,
comme au quartier alors appelé OCAF6 , actuelle Ngagara, à
Mutakura, à Cibitoke, à Nyakabiga et à Musaga. Ce n’est pas
étonnant que ce soit ces mêmes quartiers, cinq (5) sur un total
de 3002 collines du Burundi, qui soient les seuls à s’être
soulevés en 2015. Encore qu’il faut souligner que ce n’était pas
tous les habitants de ces quartiers qui participaient à cette
insurrection, mais ils étaient pris en otage par des individus
armés qui barricadaient les routes et menaçaient d’éliminer
physiquement quiconque irait au travail ou enverrait son enfant
à l’école.
Avant 1962, même si le Rwanda et le Burundi étaient asservis par un même
colonisateur, la Belgique, n’empêche que rwandais et burundais se regardaient, à cette
époque, en chiens de faïence, si l’on en croit toujours Jean-Paul Harroy qui décrit les
difficultés qu’il a eu à organiser un match de football « le premier de l’histoire » entre
les deux pays, le 8 février 1959 au Stade de Ngozi. Ce match se soldat par un score
sévère de 4 à 1 en faveur de l’équipe burundaise.7
A ce climat malsain et d’instabilité politico-sécuritaire et de
difficile cohabitation entre les Hutu et les Tutsi des deux
pays s’ajoute cette guéguerre que nous rapportent les
historiens, entre le Prince Louis Rwagasore et un père
blanc défroqué, Albert Maus, de la congrégation des
4 Jean-Paul Harroy, Burundi 1955 – 1962 Souvenirs d’un combattant d’une guerre perdue, Hayez / Bruxelles,
1987, p.293
5 ibid.
6 Office des Cités Africaines
7 Jean-Paul Harroy, Burundi 1955 – 1962 Souvenirs d’un combattant d’une guerre perdue, Hayez / Bruxelles,
1987, p.301
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 5
missionnaires, soupçonné de vouloir importer le modèle
rwandais au Burundi. « l’Urundi n’est pas le Ruanda » écrira,
à cette époque, le Prince Louis Rwagasore, héros de
l’indépendance du Burundi, avant d’ajouter : « je peux
affirmer avec la force et la foi d’un homme convaincu, que le
Burundi ne tombera pas dans le même piège que celui qui a
été tendu au Rwanda8 » Maus s’opposait à l’indépendance
immédiate du Burundi. A la victoire du parti Uprona, Albert
Maus qui apprit la nouvelle étant dans les environs de
Rumonge alla se pendre au bord du lac Tanganyika. Ce lieu
touristique porte actuellement le nom de « Château Maus ».
Le Burundi ne sera pas pour autant épargné de confrontations aux allures d’épuration
ethnique comme au Rwanda. Après l’assassinat du Prince Louis Rwagasore, en 1961
et l’indépendance du Burundi en juillet 1962, le Burundi connaîtra sa première crise
ethnique six ans après celle du Rwanda, en 1965. Pratiquement toute l’année est
animée d’événements qui font couler de l’encre, de la salive et du sang. Un coup d’état
est opéré, dans le sang, le 15 janvier de cette année avec l’assassinat du Premier
Ministre Pierre Ngendandumwe, un Hutu, abattu par M. Gonzales Muyenzi, un réfugié
Tutsi rwandais qui travaillait à l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique. Le premier
ministre sortait d’une Clinique où il était allé rendre visite à sa femme qui venait
d’accoucher.
Les élections législatives du 10 mai 1965 consacrèrent la victoire
du parti Uprona, encore une fois, mais les candidats Hutu de ce
parti obtinrent plus de postes à l’Assemblée Nationale et au Sénat.
Par conséquent, tous les trois membres des bureaux des deux
chambres étaient Hutu. Cependant avec l’ombre des déchirures
inter-ethniques qui planait à la fois sur le Burundi et le Rwanda ce
fût difficile de maintenir la stabilité des institutions mises en place
par les urnes. Quelques mois plus tard une tentative de Coup
d’Etat ajouta de l’huile sur le feu et ce parlement fut dissout par le
Roi et des massacres furent perpétrés à Kamenge, un quartier
situé au nord de la capitale Bujumbura. On rapporte l’exécution de
plus d’une centaine de Hutu.
En 1966 un autre Coup d’Etat qui cette fois-ci réussit dépose le Roi et la République est
instaurée. Trois ans plus tard d’autres tueries contre les Hutu sont opérées mais
n’atteindront le point culminant avec le Génocide de 1972 lorsque plusieurs centaines
de milliers de burundais perdirent leur vie (entre 3.000 et 5.000 Tutsi contre 200.000
à 300.000 Hutu) tandis que plusieurs centaines de milliers de Hutu prirent le chemin
de l’exil et s’établirent au Rwanda (à l’époque dirigé par un pouvoir entièrement Hutu),
88 La Dépêche du Rwanda – Urundi n°431, du 18 décembre 1959
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 6
en Tanzanie et au Zaïre9. Ces citoyens burundais furent dépossédés de leurs propriétés
foncières ainsi que de tous leurs biens matériels, y compris de l’argent en banque.
A partir de 2005, après les élections et suites aux mesures
salutaires prises par le Président Nkurunziza, des centaines de
milliers de réfugiés (un demi million) prennent le chemin du retour, y
compris ceux qui avaient fui le pays quatre décennies durant, avec
toute la problématique de réintégration que cela génère. Le
Gouvernement du Burundi a pris le taureau par les cornes, aidé par
ses partenaires, en essayant de trouver des solutions appropriées
aux multiples problèmes ayant trait à la réintégration socioéconomique
des rapatriés. Les orphelins et veuves de la tragédie
génocidaire de 1972 n’ont pas été oubliés. Le Gouvernement a lancé
un vaste programme d’indemnisation et de régularisation en faveur
des ayants droit, qui ont du patienter et endurer des souffrances sans
nom quatre décennies durant.
Ce rétablissement de ces sinistrés dans leur droit n’était pas sans casse. Dès 2012
une farouche résistance contre la mise en oeuvre des décisions de la CNTB a été
observée surtout dans les quartiers Nyakabiga et Ngagara, anciens quartiers qui
avaient accueilli plusieurs réfugiés rwandais et qui deviendront, en 2015, bastions de la
résistance insurrectionnelle. Ce qui porta l’étiquette de « résistance contre le 3ème
mandat » n’était en fait qu’une suite logique de l’insubordination qui y avait déjà élu
domicile. Le reste n’était qu’un prétexte pour chasser du pouvoir le parti Cndd-Fdd et
son gouvernement dans le but de faire perdurer la spoliation et l’injustice qui
remontent au génocide de 1972.
9 L’actuelle République Démocratique du Congo
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 7
III. LE « TROISIEME MANDAT » COMME PRETEXTE
Le Burundi a organisé un processus électoral dans un climat de crise politico –
sécuritaire majeure en 2015, avec des incidences sur tous les aspects de la vie
nationale. Comme le reconnaît la CENI10, c’était dans « un contexte de fragmentation de
certaines formations politiques, de contestations politiques internes et de pesanteurs
régionales et internationales » mais qui, au finish, n’ont pas mis en échec ce processus
qui a finalement été bien mené puisque toutes les institutions ont pu être mises en
place11. Le succès de ce processus tenu dans ce contexte très particulier était en
grande partie « la soif de la population de voter pour renouveler les institutions
dirigeantes du pays », malgré l’appel de l’opposition au boycott, qui n’a pas été entendu,
ni les tirs et jets de grenades pendant la nuit, à la veille de chaque élection, aux fins de
dissuader la population à se rendre aux urnes.
Ce comportement de négation de l’accession au pouvoir par la voie des urnes a
commencé au lendemain des élections communales de 2010 sur fond de prétextes de
fraudes électorales. En ordre dispersé, l’opposition burundaise s’est présentée aux
élections et n’a pas supporté d’être vaincue par le parti au pouvoir depuis 2005, le
Cndd-Fdd12 qui s’est taillé la part du lion avec un score de 64%. Un rapport final de la
Mission d’observation électorale de l’Union Européenne13 dit ce qui suit : « Il [le CNDDFDD]
se distancie avec tous les autres partis dont le plus méritant d’entre eux, le FNL,
n’obtient que 14,15%. Viennent ensuite l’Uprona (6,25%), le Frodebu (5,43%), le MSD
(3,75%), l’UPD (2,21%), le Frodebu Nyakuri (1,36%) et le CNDD (1,26%). […] Une
explication se trouve dans la multiplication des acteurs politiques visant plus ou moins
le même électorat et donc un morcèlement des voix de l’opposition ».
Ce processus électoral a pourtant été salué par tous les observateurs nationaux et
internationaux qui ont qualifié les élections de 2010 de régulières et démocratiques
tandis que le peuple burundais a reçu les félicitations du Secrétaire général de l’ONU,
Ban Ki-Moon, en déplacement au Burundi14. Cet échec n’a donc pas été supporté par
ces « mauvais perdants qui ont réclamé un dialogue avec le parti vainqueur, le Cndd-
Fdd comme ils le font d’ailleurs aujourd’hui, entretenant sciemment le flou entre
« dialogue » et « négociation ». Devant une fin de non recevoir, quelques uns ont donc
préféré prendre le large et entamer une vaste campagne d’intimidation sur tout le
territoire national afin de saboter le restant du processus électoral. Plusieurs
permanences du Cndd-Fdd ont été incendiées dans plusieurs provinces du pays, des
grenades ont été lancées dans des lieux publics et privés faisant des morts et des
blessés. En 2010, entre les élections communales de mai, la présidentielle de juin et
les législatives de juillet on a dénombré 128 attaques à la grenade qui ont fait 11
morts et 69 blessés15.
10 Commission Electorale Nationale Indépendante
11 http://ceniburundi.bi/IMG/pdf/rapport_general_sur_le_processus_electoral_de_2015-12.pdf
12 Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces de Défense de la Démocratie, parti au pouvoir au
Burundi
13 http://www.eueom.eu/files/pressreleases/other/final-report-burundi-2010_fr.pdf
14 http://bi.chineseembassy.org/fra/sgxw/t739096.htm
15 https://www.hrw.org/fr/world-report/2011/country-chapters/259441
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 8
Après les élections ces violences se sont poursuivies dans la province de Bujumbura
communément appelée Rurale et ont fait plus d’une centaine de morts. Il a fallu que le
Président Pierre Nkurunziza se lève personnellement et se rende dans cette province. Il
y a prononcé un discours très fort et a donné, aux forces de défense et de sécurité, à
l’administration territoriale ainsi qu’à la justice un ultimatum de deux mois pour que
cette spirale de violences soit endiguée.
Ces machines à tuer ont donc été vaincues. Ceux qui n’ont pas été arrêtés ou tués ont
fui vers la RDC voisine et d’autres vers la Tanzanie et ont organisé plusieurs attaques
contre le Burundi qui ont été à chaque fois déjouées et plusieurs groupes de
malfaiteurs démantelés, entre 2011 et fin 2014.
Certainement qu’en 2010 le Burundi a frôlé un risque grave de retour en guerre, se
retrouvant de fait dans « l’engrenage qui touche les pays sortant d’une guerre. Ceux-ci
ont 50% de chances de replonger dans un conflit au cours des cinq années suivant les
hostilités » comme le dit si bien un rapport de l’OAG16,17 s’appuyant sur les thèses de
Paul Collier18. N’eût été la bonne gestion du contentieux électoral par le Gouvernement
de Pierre Nkurunziza et la maturité politique du peuple burundais dans son ensemble,
le pays allait replonger dans le chaos.
Certains politiciens de l’opposition comme un certain Alexis Sinduhije, Leader du MSD19
étaient impliqués dans les recrutements, l’armement et l’encadrement de ces bandes
armées et essayaient de « convaincre les gouvernements régionaux et internationaux
que les exactions et les actes de corruption commis par les autorités burundaises
justifiaient une rébellion armée » selon un rapport des Experts des Nations Unies sur la
Région des Grands-Lacs20, publié le 29 novembre 2011.
La veille de la publication de ce rapport, un hebdomadaire burundais, le Journal Iwacu
dans sa livraison du 28 novembre 2011, avait publié une interview exclusive de M.
Alexis Sinduhije. A la question du journaliste Antoine Kaburahe qui lui demandait s’il
pensait [aux élections] de 2015, M. Sinduhije a surpris : « 2015 ne peut pas être dans
le schéma des perspectives politiques au Burundi. […] Sauf s’il y a miracle, nous
sommes embarqués dans un processus révolutionnaire d’au moins trois ans et donc,
pas de place pour les élections ». Il promettait même que cette révolution allait se
mener « avec gravité et responsabilité » car selon Sinduhije, « préserver les vies des
civiles innocents » devrait être une nécessité21.
Moins d’une semaine plus tard, c’est France 24 qui diffusait un reportage de Pauline
Simonet sur une nouvelle rébellion au Burundi, le FRONABU22 – Tabara dont la base
arrière se trouvait au Sud Kivu de la RDC et qui viserait, curieusement, une
16 Observatoire de l’Action Gouvernementale
17 http://arib.info/oag-analyse-contextuelle-26112010.PDF
18 Collier Paul, Briser l’engrenage du conflit : guerre civile et politique de développement, Rapport de la Banque
Mondiale, New York : Oxford University Press, 2003.
19 Mouvement pour la Solidarité et le Développement
20 http://ddata.over-blog.com/3/15/38/72//CONSEIL-DE-SECURITE.pdf
21 http://iwacu-burundi.org/blogs/rolandrugero/files/2015/01/From-2011-28-11-170712.jpg
22 Front National pour la Révolution au Burundi
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 9
« Révolution » au Burundi 23 . Toutes les sources concordantes précisent que ce
mouvement étouffé dans l’ oeuf appartenait à Alexis Sinduhije, à l’instar d’un autre qu’il
lancera plus tard, en 2015, le FOREBU – Tabra.
Parallèlement, un autre groupe rebelle s’organisait dans la brousse de Milamila en
Tanzanie. Il s’agit du FRD24 – Abanyagihugu dirigé par un certain Kabirigi Pierre-Claver,
qui lança sa première attaque au mois de novembre 201125. Jusqu’au mois d’avril
2012 il était complètement défait et ses leaders, tués ou arrêtés.
Au mois de mai 2012 l’armée congolaise annonçait avoir abattu un autre important
Chef rebelle du nom de Claver Nduwayezu, surnommé Carmel ou Mukono26. Ce dernier
avait mené des incursions sanglantes dans les zones riveraines de la Rusizi au Burundi
et en RDC. Il était accusé d’être à la tête du bain de sang de septembre 2011 à
Gatumba (près de Bujumbura), lorsque 39 personnes au moins ont été savagement
tuées.
En septembre de la même année, c’était le tour d’un certain Nzabampema, un
dissident du FNL27, de déclarer la guerre contre le Gouvernement du Burundi, appelant
toute la population à la résistance28. En 2013 il a multiplié des embuscades mais son
mouvement a subi de lourdes pertes en hommes et en matériel qu’il s’est finalement
retranché loin de la frontière, dans les profondeurs de l’Est de la RDC où, selon les
informations à notre disposition, reste encore actif dans des actes de vols à main
armée.
En 2013, sur appel du Président de la République qui demandait aux leaders de
l’opposition en exil de rentrer pour préparer les élections de 2015, Alexis Sinduhije
rentre en mars 2013 et annonce publiquement la couleur de son retour : organiser
des manifestations, à l’instar du printemps arabe. Ce qui avait échoué par le
truchement d’une rébellion armée allait donc être atteint par un soulèvement populaire,
une révolution, selon cet opposant29 qui multipliait des déplacements vers Kigali.
Une année, jour pour jour, le 8 mars 2014, M. Sinduhije organisa une insurrection
populaire durant laquelle des éléments de la police furent séquestrés pendant plusieurs
heures et désarmés, par des jeunes sous l’emprise de la drogue dont des enfants. Des
activistes de la Société civile et des cadres de la CNIDH ont du intervenir pour
récupérer ces armes et les remettre aux forces de l’ordre30 . M. Sinduhije prit de
nouveau le large et reste sous mandat d’arrêt international tandis que plusieurs
dizaines de membres du MSD furent arrêtés et jugés.
Néanmoins, M. Sinduhije ne désarma point. Le 24 décembre 2014, dans son édition
du matin, la Radio RPA31 fondée par lui-même annonça que des jeunes burundais des
23 http://www.france24.com/fr/20111202-burundi-ombre-guerre-groupes-armes-rebellion-tutsi-Hutu-presidentnkurunziza-
reporter
24 Forces pour la Restauration de la Démocratie
25 http://www.rfi.fr/afrique/20111126-une-nouvelle-rebellion-burundi
26 http://www.africa1.com/spip.php?article21464
27 Front National de Libération
28 https://wazaonline.com/fr/archive/declaration-de-guerre-contre-le-burundi-info-ou-intox
29 https://www.youtube.com/watch?v=nmdlJjVMLws
3030 https://www.youtube.com/watch?v=k-sd3qzkiqU&list=UU3uSN_ifXSf8dB_HYZrS0jQ&index=76
31 Radio Publique Africaine
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 10
partis d’opposition ont passé plusieurs jours à Kampala, en Ouganda, à la rencontre de
M. Sinduhije pour y apprendre des stratégies et techniques de soulèvement populaire.
Selon la même station radio, des consultants étrangers ont formé ces jeunes et ils ont
élu M. Patrick Nkurunziza, du parti Frodebu, afin qu’il soit leur coordinateur sur terrain,
au Burundi.
Une semaine plus tard, le 31 décembre 2014, le Burundi subit une attaque armée en
provenance de l’Est de la RDC32, dans la province de Cibitoke. D’après les documents
saisis et les témoignages de ceux qui ont été capturés vifs par l’armée burundaise, le
but principal de cette attaque était d’empêcher la tenue des élections en 2015. Parmi
ces combattants on note une présence remarquable d’enfants soldats et de membres
du MSD,.
En plus de tous ces actes de violences pour perturber ou arrêter le processus
électoral de 2015, ajoutons les différentes manoeuvres dilatoires de l’opposition
burundaise qui ont démontré à suffisance que certains acteurs ne voulaient pas la
tenue de ces élections, mais préféraient, à la place, un partage du pouvoir dans un
gouvernement de transition.
C’est le cas, par exemple, de la carte d’identité biométrique. C’est un projet qui a été
initié par le Gouvernement, en 2012, mais décrié par l’opposition qui disait que ce
n’était qu’un moyen mis en place pour frauder les élections de 2015. Cependant, en
décembre 2014, à quelques mois de la tenue des élections, la même opposition est
sortie de ses gongs pour réclamer une carte d’identité biométrique, ce qui, selon ses
arguments, empêcherait le parti au pouvoir de frauder les élections. Bien évidemment,
ce n’était plus possible compte tenu des délais constitutionnels.
Ainsi donc, le soulèvement populaire d’avril 2015, la tentative de coup d’état de mai
2015 ainsi que les attaques armées ne constituent que le point de démultiplication de
cette crise politico – sécuritaire qui était rampante que d’aucuns préfèrent, à tort,
placer au lendemain du Congrès du Cndd-Fdd du 25 avril 2015, qui a désigné Pierre
Nkurunziza comme son candidat à l’élection présidentielle de la même année. En effet,
dès le lendemain, des jeunes répondant à l’appel d’une partie de la Société Civile
burundaise et des politiciens de l’opposition radicale sont descendus dans la rue pour
« manifester contre le 3ème Mandat du Président Nkurunziza », disait-on, ce qui n’était
qu’un prétexte car le refus des élections avait commencé très longtemps avant.
On annonçait « des manifestations pacifiques » mais les Burundais, surtout les
habitants de Bujumbura virent plutôt une insurrection. Des jeunes gens investirent les
rues dès la matinée du 26 avril 2015, détruisirent des infrastructures publiques et
brûlèrent des voitures de la Fonction Publique et d’autres institutions républicaines,
bloquèrent les routes au moyen de barricades et pneus brûlés, s’en prirent à la police
au moyen de pierres, de Cocktail Molotov, grenades et fusils d’assaut. Des quartiers
furent réduits à se vider de leurs habitants incapables de se rendre au travail sans
risque de se faire agresser alors que les enfants furent empêchés de se rendre aux
cours, certains placés aux premières lignes lors de cette insurrection ; des maisons
32 République Démocratique du Congo
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 11
appartenant aux policiers furent brûlées, les insurgés établirent des barrages et
rançonnèrent les habitants, etc33.
Malgré cette insurrection à Bujumbura et le climat de peur qui ont gelé l’activité
économique dans le pays, une grande majorité de la population burundaise garda le
calme. Sur les 119 communes que comptait alors le Burundi, 116 restèrent en paix.
Par contre, la contestation devint principalement une occasion d’une remise en cause
violente de l’autorité publique, processus en crescendo qui allait aboutir au coup d’État
(manqué) du 13 mai 2015.
Ainsi, d’avril à juillet 2015, sur un total de 245 personnes blessées lors de cette
insurrection, 154 sont des policiers dont 2 amputés de jambes par grenade, alors qu’il
Hutu a eu 71 civils blessés par les manifestants dont 49 par grenade. Sur les 92
personnes mortes, 52 personnes ont été tuées par ces manifestants violents (14
policiers, 1 militaire, 37 civils dont 10 par grenade).
Ces violences se sont intensifiées jusqu’à la création de milices urbaines34 qui ont tenté
d’arrêter le processus électoral en perturbant la sécurité, principalement à Bujumbura.
De juin à la mi-décembre 2015, la capitale du Burundi a vécu sous des tirs plus ou
moins nourris durant la nuit, des attaques à la grenade contre la police35 ou des
meurtres ciblés de membres des corps de défense et de sécurité. Le plus
emblématique de ces meurtres est l’assassinat du Lieutenant-Général Adolphe
Nshimirimana le 2 août 201536, au nord de Bujumbura, suivi un mois plus tard d’une
attaque contre le Chef d’État-Major de l’Armée burundaise37 (Hutu) après l’assassinat
d’un des prédécesseurs 38 à la retraite, le Colonel Jean Bikomagu (Tutsi). Ces
assassinats qui ciblaient des personnes d’ethnies différentes avaient un but : semer le
virus de la division et créer un schisme au sein de l’Armée nationale, pour que ces
divisions soient récupérées par l’opposition radicale au travers des désertions. En
attendant, la même opposition armait des jeunes 39 dans les mêmes quartiers où
avaient sévi l’insurrection de mai et juin 2015.
Heureusement, l’engagement des forces de défense et de sécurité pour sauvegarder
l’unité et la cohésion nationales ont prévalu sur ces calculs mesquins et divisionnistes.
Ainsi, la Force de Défense Nationale et la Police Nationale du Burundi, composées de
toutes les couches de la population burundaise (50 % Hutu, 50 % Tutsi, des Twa
cooptés), ont permis à la vaste majorité des Burundais de garder la sérénité dans un
contexte marqué par les peurs et les rumeurs, et de refuser l’offre d’une nouvelle
guerre civile40.
33 https://www.youtube.com/watch?v=dDFaM1jvd3I
34 http://www.reuters.com/article/us-burundi-unrest-idUSKBN0TC1OE20151123
35 http://www.iwacu-burundi.org/?s=attaque+contre+police
36 http://www.iwacu-burundi.org/un-assassinat-eclair/
37 http://www.iwacu-burundi.org/le-chef-detat-major-general-echappe-a-un-attentat/
38 http://www.iwacu-burundi.org/alerte-lancien-chef-detat-major-le-colonel-jean-bikomagu-tue/
39 http://www.ibtimes.co.uk/burundi-you-are-young-must-fight-how-rebel-touts-manipulate-young-men-towardarmed-
conflict-1514228
40 http://www.worldpolicy.org/blog/2015/12/09/civil-war-unlikely-burundi
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 12
IV. LA CRISE BURUNDAISE : DES SCHEMAS D’ANALYSE ENDOGENES
INCOMPLETS
Plusieurs analyses ont tenté de déceler les causes véritables de la crise burundaise, en
l’attribuant uniquement à des facteurs de frustrations politiques et sociales des élites
politiques et de la jeunesse burundaise. Ainsi, le Professeur André Guichaoua
(Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne) écrit 41 : « Plus profondément, la rupture
générationnelle qui s’exprime alors illustre la désillusion des jeunesses urbaines et
rurales sans travail en ville ou condamnés à la survie sur des parcelles de terre
étriquées. Confrontées à l’impuissance du nouveau régime à desserrer les contraintes
économiques et offrir des perspectives d’avenir, elles refusent le retour à un ordre
autoritaire qui ne cesse de restreindre les libertés individuelles et collectives et de
renforcer l’encadrement des populations. La dimension politique de cette révolte se
prolonge au travers d’une double exigence éthique de respect de la dignité des citoyens
et de moralisation des élites au pouvoir. Des aspirations comprises voire partagées par
tous, au-delà des ethnies et des régions d’origine, mais que ces élites ne peuvent ou
refusent d’entendre. »
Quoique juste sur des attentes de la jeunesse que le Gouvernement n’a pas pu combler
souvent par manque de moyens, le Burundi étant confronté à beaucoup de défis, cette
analyse oublie de souligner que la priorité première du gouvernement sur ces dix
premières années était d’asseoir la stabilité institutionnelle au travers d’un processus
d’autorégulation démocratique dont s’est approprié la population. Et le pas franchi sur
ces dix dernières années est une première depuis l’indépendance du pays, en 196242.
Ce processus, qui demande du temps au risque de réveiller les démons d’un passé
traumatique, est en passe d’être achevé avec le travail de la Commission Vérité et
Réconciliation.
Le Burundi ne peut pas aspirer vivre la stabilité économique et la moralisation de la vie
politique sans que les institutions chargées de ces missions soient viables et
demeurent sous une menace constante de renversement de pouvoir comme l’a prouvé
la tentative de putsch de mai 201543 ainsi que d’autres, au lendemain des élections de
2005 et celles de 2010.
C’est justement le coup d’État du 13 mai 2015 qui a fait comprendre à de nombreux
burundais et amis du Burundi que la crise de 2015 n’était en rien « adossée à la
contestation du 3ème mandat », mais rentrait dans le cadre d’un plan plus vaste de
l’agression du Rwanda contre le Burundi et de l’ingérence dans les affaires intérieurs
de la part de certaines puissances occidentales, comme la Belgique.
41 https://theconversation.com/heurs-et-malheurs-du-modele-burundais-53279
42 Voir point 10 de ce Mémorandum: “Les signes d’une stabilité renforcée à long terme”
43 http://www.worldpolicy.org/blog/2015/07/15/understanding-crisis-burundi
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 13
V. FORMES DE L’AGRESSION RWANDAISE
a. Agression armée
L’agression du Rwanda contre le Burundi s’est faite sous différentes formes, la plus
visible étant au niveau militaire. Les enquêtes dans les camps de réfugiées burundais
au Rwanda, notamment dans celui de Mahama, ont démontré que des jeunes
burundais, et même des enfants, sont souvent enrôlés de force dans des unités de
rébellion aux fins d’une infiltration au Burundi. Le rapport de l’organisation Refugees
International a documenté en détail ces opérations de recrutement44, vérifiées ensuite
par la presse (Al Jazeera45, Newsweek46, IBtimes47,48 RFI49), même si d’autres sources en
avaient déjà parlé (Washington Post50, African Defense51, France2452).
Par ailleurs, l’administration burundaise a déjà signalé à plusieurs reprises les entraves
des autorités rwandaises pour le retour des réfugiés burundais désireux de regagner
leur patrie, avec des intimidations et de longues procédures administratives qui
découragent plus d’un. En outre, il conviendra de souligner que la ministre des Affaires
Étrangères du Rwanda a affirmé ce 30 janvier 2016 devant le Conseil Paix et Sécurité
de l’Union Africaine que le Rwanda n’entendait pas extrader les personnes recherchées
par la justice burundaise pour participation dans la tentative de coup d’État du 13 mai
2015. Pourtant, dans le cadre de bon voisinage et du respect des traités régionaux en
matière de coopération judiciaire et sécuritaire, le Gouvernement du Burundi a toujours
réagi favorablement à toutes les demandes d’extradition des personnes jugées comme
menace aux intérêts vitaux du Rwanda.
Par ailleurs, ces opérations de recrutement, d’enrôlement et de formation militaire de
jeunes burundais, dont des enfants, ont d’ailleurs été dénoncées par l’Envoyé Spécial du
Président des États-Unis d’Amérique dans la région des Grands Lacs africains, M.
Thomas Perriello : « Le Rwanda est parfaitement au courant de la volonté du
gouvernement américain d’imposer des mesures dans les situations similaires à celles
du M23. Nous avons exprimé un certain nombre d’inquiétudes publiquement et en
privé à propos de la crise au Burundi. J’ai moi-même rencontré certains des anciens
enfants-soldats burundais arrêtés ici en RDC. Et nous allons continuer de garder l’oeil
sur cette situation … »53
44 http://bit.ly/1O4n3Wm
45 http://america.aljazeera.com/articles/2015/12/14/burundian-refugees-face-forced-recruitment-in-rwandancamp.
html
46 http://europe.newsweek.com/burundi-refugees-recruited-rwanda-406039?rm=eu
47 http://www.ibtimes.co.uk/burundi-children-refugee-camps-rwanda-recruited-soldiers-1533221
48 http://www.ibtimes.co.uk/burundi-you-are-young-must-fight-how-rebel-touts-manipulate-young-men-towardarmed-
conflict-1514228
49 http://www.rfi.fr/afrique/20160105-infiltrations-rebelles-burundais-rdc-dixit-services-congolais
50 https://www.washingtonpost.com/opinions/burundis-dangerous-neighbor/2015/11/18/298b1e88-8bbe-11e5-
934c-a369c80822c2_story.html
51 http://www.african-defense.com/defense-news/rwanda-accused-of-recruiting-burundi-refugees-for-new-rebelforce/
52 http://www.france24.com/fr/20151104-video-rwanda-burundi-rebelles-anti-nkurunziza-refugies-ingerence
53 http://www.rfi.fr/afrique/20160126-rwanda-burundi-rdc-pense-envoye-special-americain-tom-perriello
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 14
Les forces de défense et de sécurité du Burundi (FDN54 et PNB55 ) ont fait face à
plusieurs agressions venues du Rwanda, dont les plus visibles sont :
Un groupe d’hommes armés venu du Rwanda a tenté d’attaquer la zone Rugazi,
commune Kabarore dans la province de Kayanza, en dates du 10 et 11 juillet 2015. Le
bilan de cette tentative d’attaque, qui visait à faire dérailler le processus électoral alors
en cours, a coûté cher au groupe d’assaillants56 : 31 parmi eux ont été tués, 170
hommes se sont rendus, d’autres capturés (voir image), 78 armes saisies avec 4
groupes électrogènes, 1 mortier 60 et 2 radios Motorola. Ceux qui ont été capturés
affirment avoir été entraînés au Rwanda, avant de recevoir des armes des services de
sécurité rwandais57.
Le 12 juillet 2015, à Muyinga dans la
commune de Giteranyi, zone Ruzo,
les forces de l’ordre ont saisi 60
fusils d’assaut de type Kalachnikov
enterrés le long de la rivière Kagera
qui coule en venant du Rwanda. Un
mois plus tard, le 7 août 2015, sur la
colline Masaka de la zone Gisenyi,
dans la province Kirundo, une
trentaine de fusils d’assaut de type
Kalachnikov, 810 cartouches, 58
chargeurs et 52 bretelles ont été
saisis sur un groupe d’hommes qui
venaient attaquer le chef-lieu de
Kirundo. Parmi eux, un ancien policier
burundais a admis devant la justice que leur unité avait été recrutée et formée dans le
camp de réfugiés de Mahama, au Rwanda. Enrôlé sous les encouragements du Dr
Jean Minani, un opposant réfugié à Kigali, chacun des assaillants devait recevoir
200.000 Fbu au terme de l’attaque à Kirundo.
Toutes ces armes saisies avait une caractéristique
commune : elle n’étaient pas marquées, ce qui
n’est pas le cas de l’arsenal militaire au Burundi. De
nombreuses tenues de l’armée rwandaise ont été
saisies lors des opérations de désarmement de la
population, sur ces derniers mois, comme ici, à
Mutakura (effets militaires saisis le 23 octobre
2015, voir image).
54 Force de Défense Nationale
55 Police Nationale du Burundi
56 http://www.mdnac.bi/fr/article/l%E2%80%99attaque-d%E2%80%99un-groupe-arm%C3%A9-dans-lacommune-
kabarore
57 http://www.isanganiro.org/spip.php?article9448
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 15
Une nouvelle attaque est survenue le 21 novembre 2015 sur le
cabaret Top Hill, au chef-lieu de la province Kirundo, et visait à
assassiner notamment le gouverneur et des responsables
politiques proches du parti au pouvoir au Burundi. Les trois
assaillants en action ont été désarmés par les forces de sécurité,
avant d’avouer en audience publique qu’ils agissaient toujours
sous l’instigation du Dr Jean Minani, qui est par ailleurs un ancien
député élu à Kirundo, qui dirige actuellement la coalition
CNARED58, qui regroupe en son sein les putschistes de mai 2015,
les responsables de l’insurrection armée de 2015, les frondeurs
du Cndd-Fdd, ainsi que deux anciens présidents membres de
l’opposition radicale.
Après les échecs successifs des
différentes attaques menées avec
des groupes venus directement du
Rwanda, les services de
renseignement rwandais ont décidé
de changer d’itinéraire pour les
recrues burundaises. En effet, les
services de renseignement congolais
ont alerté le Burundi dès octobre
2015 que des insurgés burundais
allaient être infiltrés au Burundi à
travers la frontière congolaise, avec
de faux documents administratifs. Il
n’a pas fallu longtemps pour que les
enquêtes menées par la presse
viennent étayer ces informations 59 .
Ce réseau d’infiltration au Congo mis
sur pied par les services de renseignement militaire rwandais (DMI), est impliqué dans
le convoyage de ces infiltrés burundais vers la frontière jusqu’à la rivière de la Rusizi,
après leur avoir fourni de fausses cartes d’électeurs congolais.
Ainsi, le 12 janvier 2016, l’armée congolaise présentait à une délégation parlementaire
congolaise une quarantaine d’infiltrés interceptés avec des cartes d’électeur
congolaises afin de faciliter leur entrée au Burundi 60 (voir images). Les services de
renseignement burundais en arrêteront pour leur part cinq alors déjà présents sur le
territoire burundais.
58 Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi et de l’Etat
de droit
59 http://www.rfi.fr/afrique/20160105-infiltrations-rebelles-burundais-rdc-dixit-services-congolais
60 http://uviraonline.com/fizi-le-general-fariala-presente-les-infiltres-en-possession-des-cartes-delecteur-a-ladelegation-
de-kin/
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 16
Suite à ces arrestations, les services de sécurité burundais ont décidé de ne plus
accueillir de ressortissant étranger qui présente la carte d’électeur congolaise comme
identifiant administratif.
Plusieurs jeunes qui ont subi ces formations au Rwanda ont finalement brisé le silence.
Certains ont été arrêtés et d’autres ont déposé les armes par leur propre volonté, se
sont rendus à la police et ont accepté de parler à la presse locale et internationale. Des
témoignages poignants avec des éléments probants sur la chaîne de recrutement,
celle de commandement et les actes qu’ils devaient poser afin d’attirer de l’ostracisme
sur le pouvoir de Bujumbura. Le phénomène de cadavres mutilés dans les rues de
Bujumbura en 2015, l’assassinat ignoble des trois soeurs catholiques âgées en
septembre 2014, l’incendie qui a détruit un supermarché chinois en septembre 2015,
etc.
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 17
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 18
b. Campagne de médisance
L’autre forme de l’agression rwandaise contre le Burundi est sur le plan médiatique.
Par l’entremise de relais médiatiques sur les réseaux sociaux, la machine de
propagande du gouvernement rwandais mène depuis plusieurs années une campagne
soutenue visant à manipuler l’information sur le Burundi en faveur de l’opposition
radicale.
Cette campagne de propagande est principalement axée sur deux lignes de
communication, toutes tournant autour de l’idée d’une imminence d’un génocide au
Burundi et d’un système décousu, incapable de bien gouverner le pays:
∗ montrer que la crise qu’a connu le Burundi dans le courant des élections de
2015 est exclusivement le résultat d’une mauvaise gouvernance interne, et
mettre en parallèle du coup les acquis économiques et sociaux du Rwanda.
Ce processus de légitimation de la politique rwandaise post-1994 vise à conforter l’idée
que le modèle de gestion politique burundais, qualifié de « tribaliste »61, ne profite pas à
la population mais aux seules élites politiques, elles-mêmes corrompues. C’est dans ce
sens d’ailleurs que s’inscrivaient les propos des dirigeants rwandais62 à la veille du coup
d’État du 13 mai 2015, clamant que « la population burundaise ne voulait plus du
Président Nkurunziza »
∗ montrer à l’opinion internationale que le Burundi est au bord d’un génocide anti-
Tutsi, comme ce fut le cas au Rwanda en 1994.
Ainsi, le président Paul Kagame n’a pas caché son parti-pris en foulant aux pieds les
règles élémentaires de diplomatie, de réserve et de bon voisinage avec ces propos
tenus en place publique le 6 novembre 2015 : « Le Burundi, s’est vu couper les aides
internationales à cause de sa mauvaise situation, une situation qui rappelle un peu celle
qui a prévalu ici. Comment des dirigeants peuvent-ils s’autoriser à massacrer leur
population du matin au soir ? »
61 http://www.theafricareport.com/Interview/what-i-dont-accept-is-interference-president-paul-kagamerwanda.
html
62 http://www.rtbf.be/info/monde/detail_crise-au-burundi-le-president-rwandais-critique-l-attitude-denkurunziza?
id=8976235
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 19
Cette campagne de médisance et de calomnie a été menée avec l’aide de quatre
principaux points focaux :
∗ Au Burundi, les messages alarmistes d’un génocide imminent ont été l’objet de
relais des journalistes Teddy Mazina 63 , 64 et Innocent Muhozi 65 , tous de la
Télévision Renaissance.
∗ Au Rwanda voisin, c’est principalement le journaliste Albert Rudatsimburwa66 ,
directeur de la Radio Contact FM, très proche du FPR, qui se chargera d’assurer
le relais des messages alarmistes et mensongers67, des rumeurs68, avec parfois
des informations qui indiquent ses liens avec l’opposition radicale. Ainsi, il est le
premier à annoncer la tentative de putsch du 13 mai 2015, sur Twitter.
∗ En France, ce réseau de communication s’appuie principalement sur l’écrivain
David Gakunzi, président de l’organisation Paris Global Forum69 et parrain de la
Télévision Renaissance d’Innocent Muhozi70. Depuis les débuts de la crise, ses
différentes interventions, que ce soit dans LeNouvelObs 71 , sur les réseaux
sociaux72, dans le Huffingtonpost73 à travers la voix de son ami Bernard-Henri
Lévy74, ou ailleurs75, l’antienne est la même : un génocide anti-Tutsi s’installe au
Burundi, semblable à celui de 1994 au Rwanda.
∗ En Belgique, le relais de communication est assuré par Me Bernard Maingain,
qui compte parmi ses clients le parti MSD et la Radio Publique Africaine (RPA),
tous créés par Alexis Sinduhije. Maître Maingain affirmait, sur la RTBF belge,
être « informé que les Imbonerakure ont été formés par des FDLR76, c’est-à-dire
des anciens de l’idéologie génocidaire Hutu. Le Burundi va vers un « nouveau
Rwanda » [de 1994]. Il y a un risque réel de massacre. » 77 Il y a quelques
semaines, il a induit en erreur la Rédaction de France 378, en y faisant diffuser
une vidéo de prétendues exactions dans la province Karusi par la jeunesse du
63 https://twitter.com/teddymazina/status/661863780561866752
64 https://twitter.com/teddymazina/status/686859017994530816
65 http://info.arte.tv/fr/burundi-la-peur-dun-nouveau-genocide-en-afrique
66 https://twitter.com/albcontact/status/662191948674015233
67 https://twitter.com/albcontact/status/600995491397111808/photo/1
68 https://twitter.com/albcontact/status/598801891821285376
69 http://www.parisglobalforum.org/
70 http://www1.rfi.fr/actufr/articles/105/article_71896.asp
71 http://rue89.nouvelobs.com/blog/rues-dafriques/2015/05/16/rwanda-1994-burundi-2015-234572
72 https://twitter.com/DavidGakunzi/status/694853036745834496
73 http://www.huffingtonpost.com/bernardhenri-levy/so-burundi-does-not-becom_b_7450414.html
74 http://laregledujeu.org/auteurs/
75 http://www.opinion-internationale.com/2015/06/17/un-genocide-se-prepare-entretien-avec-davidgakunzi_
35509.html
76 Front De Libération du Rwanda, Milice rwandaises créées par le parti MRND, parti du président Juvénal
Habyarimana, au Rwanda
77 http://www.rtbf.be/info/monde/detail_burundi-il-y-a-un-risque-reel-de-massacre-comme-au-rwanda?id=8981166
78 http://www.jeanmarcmorandini.com/article-348208-france-3-diffuse-par-erreur-des-images-presentees-commeayant-
ete-tournees-au-burundi.html
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 20
Cndd-Fdd. En réalité79, ces images remontaient à un mois auparavant, et avaient
été prise dans une contrée dans laquelle on parlait le haoussa et non le kirundi.
France 3 s’est excusé pour cette erreur80, le procédé de manipulation de Me
Maingain ayant grandement choqué le peuple burundais dans son ensemble, le
Gouvernement de la République du Burundi a porté plainte contre France 3.
Ayant mis en évidence ces connivences, il importe de retracer certaines affinités :
David Gakunzi est un frère de M. Muhozi, tous deux oncles à Teddy Mazina et cousins
d’Albert Rudatsimburwa. A cette famille burundo-rwandaise s’ajoute donc Me Bernard
Maingain, dont il est utile de souligner qu’il défend notamment les intérêts du FPR81
dans l’affaire de l’avion présidentiel rwandais abattu en 1994. Tous ces acteurs
reviennent sur la même thématique qu’on retrouve dans les discours des dirigeants
rwandais, à savoir l’imminence d’un génocide au Burundi.
Il importe, ici, d’indexer quelques personnes qui ont joué un rôle clé dans cette chaîne
de manipulation de l’information :
∗ La Représentante américaine aux Nations Unies, Samantha Power, très zélée
dans le dossier « Burundi » est une amie, de longue date, à Alexis Sinduhije. Des
informations non vérifiées font état d’une fille qui serait née de ce couple
d’anciens journalistes qui sont par ailleurs associés dans la mise en route de la
Radio Publique Africaine82, une station radio qui a joué un très grand rôle dans la
propagation de rumeurs qui ont fait fuir la population burundaise vers fin 2014,
vers le Rwanda.
∗ L’ancien Secrétaire général de l’East African Community (EAC) M. Richard
Sezibera, rwandais, a beaucoup manoeuvré pour influencer des décisions de la
Communauté dont fait partie le Burundi. Ayant échoué, il s’est tourné vers le
Conseil Paix et Sécurité (CPS) de l’Union Africaine, par l’entremise de l’algérien
Ismaïl Chergui, pour faire passer des décisions hâtives et irréfléchies afin de
nuire à la souveraineté du Burundi et saboter le processus démocratique. La
dernière en date étant celle de la tentative d’envoie d’une force de 5.000 soldats,
la fameuse MAPROBU, avec comme prétexte la prévention d’un génocide qui
serait en préparation par les autorités burundaises.
Il convient aussi de souligner que cette stratégie de déstabilisation par l’entremise
de la communication s’appuie aussi sur un relais médiatique savamment mis en
place par Kigali depuis plusieurs années.
Enfin, des procédés de manipulation des masses ont été aussi entrepris depuis
pratiquement fin 2013 au travers des campagnes supervisées par les services de
79 http://observers.france24.com/fr/20160114-erreur-france-3-images-massacre-burundi
80 http://www.ozap.com/actu/massacre-au-burundi-le-soir-3-s-excuse-pour-la-diffusion-d-une-video-amateur-a-lorigine-
douteuse/487981
81 http://www.humanite.fr/monde/me-bernard-maingain-%C2%AB-un-dossier-longtemps-pollue-par-lesmanipulations%
C2%A0%C2%BB-487598
82 https://en.wikipedia.org/wiki/Alexis_Sinduhije
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 21
renseignement rwandais, principalement avec les réseaux sociaux. Opérant dans un
champ social où l’oralité occupe une place de base dans la gestion de l’information,
des unités de fabrication des rumeurs ont fleuri depuis décembre 2013, jusque
vers octobre 2015, inondant les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, etc) d ‘alertes
au génocide et au massacre ethnique contre les Tutsi. Ces stratagèmes ont
d’autant marché que la téléphonie mobile connaît une croissance fulgurante au
Burundi, notamment dans la ruralité avec l’arrivée du 3G et des smartphones. De
milliers de familles burundaises ont finalement fui cette situation de constante
tension psychologique vers les pays limitrophes. Jusqu’à ce que l’opinion se rende
compte de la fausseté de ces alertes, et que leur importance s’effondre.
Toujours dans le registre de la manipulation des masses, on notera la diffusion
d’une prophétie religieuse par un rescapé Tutsi du génocide de 1994, juste avant
l’entrée du Burundi dans la période électorale en avril 2015. Le prophète en
question, Gakwaya Damascene83, un agent des services de renseignement rwandais,
annonçait un génocide au Burundi (plus d’un million de morts dans le pays en 2015),
avant que le pays ne soit pris par une rébellion menée par Léonard Nyangoma
(Président – fondateur de la coalition CNARED84 ), et comprenant notamment
Agathon Rwasa, Alexis Sinduhije, et l’appui de l’armée américaine. Diffusée dans un
pays où la majeure partie de la population est croyante et chrétienne, avec la
poussée du mouvement charismatique et des églises « born again », cette
prophétie a grandement participé à nourrir la psychose d’une imminente guerre
dans les populations urbaines, surtout à Bujumbura. Malheureusement, la réalité a
progressivement démontré la fausseté des prophéties, qui s’appuyaient par ailleurs
sur un schéma politique correspondant aux prévisions des services de
renseignement rwandais. A savoir, la scission de l’armée du Burundi avec la
candidature du Président Pierre Nkurunziza, suivie par le déclenchement de
massacres inter-ethniques, et l’imposition d’un gouvernement de transition avec à la
tête une formation politique dirigée par un opposant Hutu ayant une légitimité
historique mais sans réel poids politique, donc facile à gérer. C’est d’ailleurs sur
base de ce schéma que les opposants burundais réfugiés au Rwanda et en Belgique,
malgré des idéologies totalement différentes, ont été poussés à former le CNARED
avec à la tête Léonard Nyangoma.
83 https://www.youtube.com/watch?v=w1rm39buSNg
84 Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la réconciliation au Burundi,
http://www.iwacu-burundi.org/le-cnared-aujourdhui-et-demain/
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 22
VI. LES ORIGINES ET LES RAISONS DE L’AGRESSION RWANDAISE
La partie émergée de l’iceberg est certainement le dossier des fameux corps du lac
Rweru. Mi-juillet 2014, des riverains du lac Rweru, burundais et rwandais, ont annoncé
avoir dénombré une quarantaine de corps humains sans vie, flottant, ligotés ou dans
des sacs en jute qui venaient échouer dans le lac Rweru, charriés par la rivière
Akagera qui trouve origine au Rwanda.
Quatre de ces corps ont été repêchés et enterrés sur le sol burundais, sans avoir été
identifiés. Dans un point de presse, le Procureur général de la République du Burundi a
fait connaître les résultats d’une enquête préliminaire à ce propos. Pour lui donc, c’était
sûr et certain que ces cadavres venaient du Rwanda : « Cela est corroboré par la
géographie de l’endroit où ont été découverts ces cadavres, les rapports des différents
services de sécurité, ceux des autorités administratives burundaises, les témoignages
des Burundais et Rwandais agriculteurs et pêcheurs riverains de la rivière Akagera et
du lac Rweru » a-t-il dit85.
La police du Burundi n’ayant pas les moyens scientifiques d’identification de ces
cadavres, le Gouvernement du Burundi a saisi l’Union africaine qui a répondu
favorablement à la requête du Burundi quatre mois plus tard86 au moment où le
Rwanda continuait de refuser toute investigation, arguant que « c’est un problème
interne au Burundi ». Au contraire, une mystérieuse tentative de « vol de ces
cadavres » fut organisée par d’inconnus venus du Rwanda à bord de plusieurs bateaux
à moteur, dans la nuit du 21 au 22 septembre 201487.
Cet antécédent ne pouvait donc que fâcher le régime de Kigali qui, selon toute
évidence, avait un intérêt à ce que la lumière ne soit pas faite. Tout porte à croire aussi
qu’il a trouvé, à sa façon, un moyen de se venger contre le Burundi à travers une
campagne de médisance et une volonté sans cesse accrue de pourfendre l’ordre
constitutionnel établi au Burundi, basé sur un partage de pouvoir entre les principales
ethnies burundaises, gage de la cohésion sociale.
Au regard des efforts, considérables, consentis par les services de renseignements
rwandais pour diviser les services de sécurité burundais, au vu des procédés de
déstabilisation des masses mis en branle depuis lors, nul ne peut plus douter de
l’efficacité du « remède Arusha » aux violences sociales qui ont endeuillé le Burundi
depuis l’indépendance.
En effet, malgré la pression psychologique subie par la société burundaise encore
traumatisée par un passé proche violent, la population est restée très largement unie.
La crise politique enclenchée par certains opposants en mal de stratégie électorale, et
avec le soutien des services de renseignement rwandais est restée dans des termes
politiques et n’a pas pris de dimension ethnique comme l’espéraient les autorités
rwandaises. Ces dernières comptaient sur l’éruption de violences ethniques au Burundi
85 http://www.rfi.fr/afrique/20141014-procureur-burundi-cadavres-lac-rweru-proviennent-rwanda
86 http://www.rfi.fr/afrique/20150310-burundi-rwanda-cadavres-lac-rweru-ua-pierre-nkurunziza-nkosazanadlamini-
zuma
87 http://www.rfi.fr/afrique/20140923-lac-rweru-groupe-non-identifie-tente-voler-cadavres
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 23
pour invoquer le concept de « responsabilité de protéger » (R2P88) et intervenir au
travers de l’East African Standby Force (EASF) au motif de protéger la minorité Tutsi.
Heureusement, le génocide et les violences ethniques prévus au Burundi n’ont jamais
eu lieu. En témoignent d’ailleurs, les propos des élus du peuple qui débattaient de la
question en décembre dernier 89 , lors d’une session parlementaire retransmise en
direct sur toutes les radios opérant au Burundi. Sans peur, après avoir décliné l’identité
(ethnie, région), les députés et sénateurs burundais, Hutu, Tutsi et twa ont
catégoriquement rappelé que la population burundaise dénonçait les manipulations
politiciennes sur un hypothétique génocide au Burundi.
Ces violences ethniques ne reverront jamais le jour, d’ailleurs, grâce aux Accords
d’Arusha, complétés par l’Accord Global de Cessez-le-feu de 200390 qui a accouché de
la nouvelle structure des forces de défense et de sécurité du Burundi. En effet, le
partage du pouvoir politique sur base de quotas ethniques 91 fait que toutes les
composantes de la société burundaise se retrouvent dans les instances de prise de
décision et de gestion de la sécurité. Or, comme le stipule l’Accord d’Arusha, les
différents conflits burundais se sont nourris des méfiances réciproques entre les deux
principales communautés ethniques, les Hutu et les Tutsi, « sur fond de lutte de la
classe politique pour accéder au pouvoir et/ou s’y maintenir »92. En créant des forces
de défense et de sécurité représentant toute la diversité de la composition
démographique du Burundi, que ce soit au niveau ethnique et régional, avec des
mécanismes de contrôle et de vérification en cas de besoin, l’Accord Global de Cessezle-
feu a permis de rétablir la paix93 et la confiance dans la très grande majorité des
coeurs des Burundais.
La crise politique de 2015 alimentée par les manoeuvres rwandaises a démontré que
le modèle de gestion politique par consensus hérité d’Arusha a uni le peuple burundais,
malgré des mémoires blessées94 et éclatées. Or, c’est justement cette étape qui effraie
les dirigeants rwandais : la politique de gestion politique initiée par le FPR est basée sur
une fausse négation des identités (car au fond tout le monde connaît l’ethnie de l’autre),
et la mise en avant d’un socle matériel (progrès économique) qui gommerait
progressivement les attaches identitaires. Parallèlement, ce processus s’accompagne
d’un rappel sans cesse renouvelé du « péché Hutu » avec le génocide Tutsi de 1994,
dans lequel finalement la responsabilité dans ce crime se transmet par filiation95 :
même si l’enfant Hutu né après 1994 n’a aucune responsabilité dans le génocide, il a le
devoir de porter le poids de ce crime contre l’humanité puisqu’il a été commis en son
nom (Politique « Ndi Umunyarwanda »).
Le processus de gestion de la société post-génocide au Rwanda s’accompagne d’un
verrouillage des lectures possibles de l’histoire. Les mémoires sont réduites au silence,
88 Le Rwanda co-préside d’ailleurs le “Groupe d’Amis du R2P” au sein des Nations Unies
89 https://www.youtube.com/watch?v=p7iez2x4h7k
90 http://www.mdnac.bi/sites/default/files/Accord_global_de_cessez-le-feu_16.11.11.pdf
91 60 % pour les Hutu pour des postes politiques et 40 % pour les Tutsi, ainsi que 50 %-50 % dans l’armée et dans
la police, en plus des Twa qui sont systématiquement coptés
92 http://bnub.unmissions.org/Portals/bnub-french/accorddarusha.pdf
93 http://www.hdcentre.org/uploads/tx_news/42BurundiReportFrench.pdf
94 http://www.impunitywatch.org/docs/Burundi_Mem_Research_Report_FR.pdf
95 https://www.youtube.com/watch?v=QP9cppLRZrs
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 24
mises au pas. Au Burundi, l’approche a été toute autre. L’accent a été mis sur un
véritable partage des mémoires, des peurs, des expériences de toutes les
composantes de la société burundaise. La mise en place de la Commission Vérité et
Réconciliation, l’instauration des mécanismes de partage du pouvoir, la prééminence
d’un modèle de gestion politique du pays par le dialogue sont des facteurs qui font
qu’aucune vérité n’est exempte de critique. La société burundaise, et ses dirigeants
sont alors en perpétuelle remise en question, ce qui alimente positivement la
démocratie burundaise.
Le Burundi a fait le choix d’un modèle de gestion des violences sociales, une gestion
basée sur l’institutionnalisation des identités (ethniques, régionales, genre) et un débat
ouvert sur l’Histoire. Ce modèle-là est perçu comme un danger idéologique pour le
pouvoir rwandais, qui tire principalement sa légitimité politique de la distorsion des
mémoires collectives et individuelles, sous prétexte du génocide rwandais. Le Burundi a
fait le choix d’une société ouverte sur son passé et son futur, le Rwanda l’inverse : et le
passé, et le futur sont lus sous un angle dicté par ceux qui ont pris le pouvoir au
lendemain du génocide de 1994. Au Burundi, le débat sur l’histoire est institutionnalisé
et démocratique, au Rwanda il est tout fait, répété. Sauf que nos deux pays ont vécu
des soubresauts sanglants de l’Histoire en vases communicants. Les massacres
ethniques au Rwanda en 1959 ont nourri les tensions ethniques au Burundi jusqu’au
génocide de 1972, ce qui a poussé plusieurs centaines de milliers de Hutu burundais à
prendre le large, une grande partie se déversant sur le Rwanda qui était entre les
mains d’une classe politique Hutu. Ces tensions ethniques au Rwanda ont également
nourri la formation d’une rébellion Tutsi dont l’une des principales bases-barrières était
le Burundi. Par conséquent, les Hutu burundais en exil au Rwanda formèrent des
mouvements de rebellions, avec l’appui du gouvernement rwandais. Les leaders
politiques burundais Hutu qui ont émergé au lendemain des élections de 1993 (dont
les Présidents Melchior Ndadaye, Domitien Ndayizeye, Sylvestre Ntibantunganya, …)
avaient évolué pour la plupart au Rwanda, etc.
Laisser éclater un processus de Vérité et de Réconciliation au Burundi, aux portes du
Rwanda, avec ces témoignages croisés, complexes, qui n’hésiteront pas de s’emparer
des vécus burundais mais aussi rwandais tant les liens entre les familles, les
communautés sont mêlées entre les deux pays, laisser donc éclore cet élan, loin de la
lecture unilinéaire imposée sur le Rwanda par le FPR constitue un grave danger pour le
pouvoir rwandais. Le débat sur l’Histoire du Burundi sera aussi, par ricochet, celui sur
l’Histoire du Rwanda (qui n’a jamais eu lieu). Des mensonges risquent d’être défaits, de
part et d’autre de la frontière burundo-rwandaise : voilà la peur du FPR de Paul Kagame.
La remise en question de la version officielle de l’histoire rwandaise ne peut se faire
sans toucher à la légitimité historique qui fonde le pouvoir de l’actuel leadership
rwandais. Contrairement au Burundi, où la contradiction et la remise en question sont
des acquis démocratiques reconnus et établis depuis une dizaine d’années.
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 25
VII. La réponse du Burundi à l’agression rwandaise
L’agression du Burundi par le Rwanda est un cas parmi d’autres d’un
leadership politique qui tient peu à coeur le respect de la souveraineté
des pays voisins, pour peu que ses intérêts soient en jeu. Le cas le plus
emblématique est la République Démocratique du Congo96, qui a subi les
agressions du Rwanda depuis une vingtaine d’années.
Suite aux accusations plusieurs fois répétées par les autorités
rwandaises d’une présence d’Interahamwe97 et FDLR98 au Burundi, le
gouvernement burundais a accepté que la CIRGL99 envoie une mission
d’enquête militaire pour vérifier l’exactitude de ces allégations. Les
résultats des enquêtes ont été négatifs.
Par contre, dès août 2015, la demande du gouvernement burundais,
pour une enquête menée dans le cadre régional sur l’implication
rwandaise dans la formation militaire et l’armement des réfugiées et
citoyens ordinaires burundais, s’est heurtée au refus catégorique des
autorités rwandaises. Pourtant, les évidences continuent à être
fournies. En témoigne le dernier rapport100 des experts de l’ONU sur le
soutien de l’armée et des services de renseignement rwandais à
l’opposition radicale burundaise afin de renverser les instituions
burundaises. En attendant une réaction ferme de la Communauté
Internationale aux demandes du Burundi, le gouvernement soutient que
la solution à la crise actuelle ne peut venir que d’un dialogue
interburundais franc et inclusif, lequel aboutira à un pacte sur la
démocratie, un instrument qui viendra s’ajouter à la Charte de l’Unité
nationale adoptée par référendum le 5 février 1991, à l’Accord
d’Arusha de 2000 et à l’Accord Global de Cessez-le-feu de 2003.
Les burundais ont besoin de cet instrument pour renforcer leur
démocratie et mettre un terme à la spirale de violences qui
accompagnent chaque processus électoral depuis 1961, lorsque le
pays était encore en quête de son indépendance.
96 http://www.droitcongolais.info/files/Rapport-final_Groupe-d-experts-du-Conseil-de-securite-de-l-ONU–Nov.-
2012-.pdf
97 Milice rwandaise créée par le MRND, parti du président Juvénal Habyarimana, au Rwanda
98 Forces démocratiques de libération du Rwanda
99 Conférence Internationale sur la Région des Grands-Lacs
100 https://assets.documentcloud.org/documents/2704241/UN-Burundi.pdf
Actes d’Agression du Rwanda contre le Burundi 26
VIII. CONCLUSION
La paix et la sécurité sont rétablies sur tout le territoire national malgré quelques défis
à surmonter, des actes de terrorisme commis d’une manière sporadique mais qui ne
peuvent pas faire chanceler la détermination du Gouvernement à combattre le
terrorisme sous toutes ses formes, au Burundi et à l’étranger.
Toutefois, il existe de nombreuses preuves qui prouvent que la crise sécuritaire qu’a
traversé le Burundi était principalement alimentée par le Rwanda, dans l’espoir
d’arrêter le processus de Vérité et de Réconciliation dans lequel le peuple burundais
est engagé. Ce processus constitue une menace idéologique majeure pour le pouvoir
de Kigali : les témoignages des Burundais, Hutu, Tutsi et twa, apporteront non
seulement la lumière sur l’Histoire du Burundi, mais aussi celle du Rwanda, avec le
grand risque de contredire la version établie par la machine de propagande du FPR.
Pour empêcher que le Burundi n’entre dans ce processus, l’armée et les services de
renseignement rwandais ont tout fait pour que le Burundi ne se dote pas de nouvelles
institutions démocratiquement élues par le peuple, en 2015. Après l’échec de la
tentative de déstabilisation du processus électoral et des institutions
démocratiquement élues à travers un putsch, les efforts se sont portés sur le soutien
à la formation d’une insurrection urbaine afin de déstabiliser la vie dans la capitale
burundaise, et alimenter la scission de l’armée. Ce plan a aussi échoué. Par ailleurs, les
massacres ethniques qu’espéraient les autorités rwandaises au Burundi n’ont jamais
eu lieu. Grâce au processus de réconciliation enclenché depuis une dizaine d’années de
la base au sommet à travers toutes les entités sociales et politiques du pays, la
population burundaise s’est révélée beaucoup plus mûre que ne le pensaient les
promoteurs d’un « génocide au Burundi ». La Communauté internationale est appelée à
soutenir ce processus de vérité et de réconciliation, qui sera parachevé par le travail de
la CVR. La vérité de l’Histoire nourrit la vie des nations en leur montrant leurs
défaillances et leurs grandeurs. C’est en réconciliant les mémoires blessées des
Burundais que le Burundi pourra se projeter sereinement dans son futur.