Cauchemars du génocide…. 4° Partie.

 

Cauchemars du génocide des hutus burundais – Témoignage du Docteur Ferdinand Nderagakura: 4ème Partie.

A  Amiens, en 1972, j’étais à la Fac de Médecine. Sont arrivés trois Burundais : Paul, Protais et Antoine le beau-frère de feu Pierre Ngendandumwe. Je les ai bien accueillis. Je les transportais dans ma
voiture. On allait n’importe où et partout. On sortait ensemble. Je ne leur ai jamais demandé de payer même pas un litre d’essence. L’amitié pour le compatriotisme passait avant tout.

Un bon cœur contre un mauvais esprit, mais pas pour tous. Paul me répétait tout le temps qu’il se ferait le plaisir de décharger en mon corps les chargeurs de son kalachnikov. Cela ne m’empêchait pas de le conduire. Un soir de juillet 1973, les étudiants ont organisé une soirée à laquelle je ne voulais pas aller. Un ami tchadien m’a entraîné à y aller vers minuit. Paul et Protais étaient sur les lieux. Par surprise et par derrière, ils m’ont attaqué et massacré avec rage. Je me suis réveillé sur une table des urgences au CHU d’Amiens, où j’étais Externe.

D’après les étudiants, Paul et Protais voulaient m’achever alors que j’étais dans le coma. Paul et Protais ont été maîtrisés par des camarades congolais et sénégalais, qui m’ont emmené à l’hôpital dans ma voiture.

Le lendemain, avant de passer au bloc opératoire la Police alertée, avait envoyé un Enquêteur à mon chevet pour l’audition.
J’avais les os de ma mandibule fracassés en plusieurs fragments. Antoine le beau-frère de P.Ngendandumwe était attristé de savoir ce qui m’est arrivé. D’ailleurs les deux autres ne l’aimaient pas, puisque sa sœur avait épousé un hutu. Alors, il était considéré comme pro hutu et détestable. Je suis resté bloqué pendant trente jours.

Lorsque des Burundais ont entendu ce qui m’est arrivé, ils m’ont conseillé de ne pas porter plainte car ces tutsi sont revanchards. J’ai rétorqué que je ne cautionnerai jamais le silence et encore moins l’impunité. En colère contre ces tutsi à qui j’ai rendu tant de services et qui
ont failli me tuer, furieux contre ces hutu timorés qui ont peur de réclamer que justice soit faite pour contrer les criminels, j’appelais illico et subito l’Enquêteur de
Police judiciaire pour porter plainte auprès du Procureur de la République.

Au Tribunal, Protais avait été relaxé. Paul était reconnu auteur des coups et seul présumé coupable. Il avait un Avocat pour le défendre. Moi aussi, j’avais le mien. J’ai prévenu mon Avocat, que je connais
l’histoire du Burundi, des Burundais et des massacres des hutu au Burundi. Par conséquent, je souhaite me défendre moi-même. Je lui fis comprendre que ma plaidoirie est celle de tous les hutu qui ne peuvent pas parler, ni porter plainte. Eh oui, je fis moi-même ma propre plaidoirie aussi claire que possible, au nom de tout le peuple  hutu.

En terminant, j’ai précisé à la Cour, que je ne veux aucune indemnisation financière. Mon sang n’a pas de prix. Ce que je veux est qu’il soit marqué dans le dossier de ce Paul, une condamnation judiciaire. Qu’on le laisse continuer ses études, pour qu’il sache qu’il y a en France une Justice qui n’existe pas au Burundi. Lorsque le Président appela Paul à la barre, il se mit à bégayer jusqu’à ce que le Président l’interrompe et le renvoie s’asseoir.

(NBJ’ai demandé au Tribunal l’extrait du procès qui me parviendra prochainement )

Son Avocat n’a pas trouvé d’arguments à opposer aux miens. Lorsque son Avocat a dit au Président de ne pas donner à Monsieur Nderagakura de l’argent pour me remplir les poches, je l’ai interrompu sèchement pour lui dire que j’ai précisé que je n’en veux pas de son argent de
sang.

Au verdict, Paul fut reconnu coupable. Il fut condamné à 5000F d’amende et trois mois de prison avec sursis. Paul fit appel. A la Cour d’Appel, son appel fut rejeté.Il perdit le procès. Il chercha à aller à la Cour de Cassation. Son Avocat furieux lui reprocha son entêtement et lui cracha à la figure la vérité. Il lui dit :tu es déjà un assassin. Tu as voulu assassiner ton compatriote comme vous le faites dans votre pays sans lois, et tu veux aller à la Cour de Cassation ? Tu y iras tout seul. J’aurais préféré travailler avec ta victime. Déjà, tu ne sais même pas t’exprimer, tu bégayes des choses inaudibles. Paul fut fiché persona non grata en France.

Leur stage terminé, les trois retournèrent au Burundi. Paul aurait fondé une Faculté de psychologie à Bujumbura. En 2007, à Bujumbura, j’ai eu une chance de rencontrer Antoine. Il était heureux de nous revoir. J’ai aperçu de loin le fameux Paul devenu obèse et cylindrique.

Prochainement Dernière partie 

B-24.

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