SPECIAL 1972: DOCUMENTS -1

LE SILENCE DE L’HISTOIRE, par René Lemarchand

1Il y a 30 ans, presque jour pour jour, le Burundi sombrait dans l’abîme — dans l’indicible d’une horreur génocidaire qui allait se répéter à une échelle encore plus dévastatrice au Rwanda, 22 ans plus tard. D’avril à juin 1972 de 100 000 à 200 000 Hutu tombèrent sous les coups de l’armée et des Jeunesses révolutionnaires rwagasore, l’une et l’autre dominées par des éléments Tutsi. Que ces massacres aient été précipités par une insurrection hutu, localisée dans le sud du pays, ne justifie en rien l’extraordinaire brutalité de la répression. Que le génocide de 1972 ait été pratiquement occulté par celui de 1994 est non moins justifiable. Dans un cas comme dans l’autre le meurtre de masse porte tous les signes du génocide : le ciblage ethnique des victimes, l’intentionalité exterminatrice des bourreaux et l’ampleur des massacres.

2Plusieurs questions nous interpellent : pourquoi cette conspiration du silence qui encore aujourd’hui jette le voile sur les atrocités commises en 1972 ? En quoi les deux génocides, celui de 1972 et de 1994, partagent-ils des traits communs ? En quoi l’un diffère-t-il de l’autre ? Quelle est la pertinence de 1972 pour comprendre 1994 ? Et tout d’abord, pourquoi est-il impératif de combler cette lacune de la mémoire ?

Les lacunes de la mémoire

3« Commémoration » est indissociable de « mémoire ». On se remémore certains événements pour les commémorer. Or la mémoire est sujette à de multiples défaillances, delibérées ou accidentelles, surtout lorsqu’il s’agit d’une mémoire collective ; sa géométrie est variable suivant qu’elle s’articule à un groupe ou à un autre ; elle met au jour des discordances par rapport à l’histoire. Mon propos est d’essayer de réconcilier mémoire et histoire. Alors que ce trentième anniversaire nous ramène brutalement aux sanglants événements de 1972, rien n’est plus difficile que de leur restituer leur historicité, tant le présent — celui de 1993 au Burundi et de 1994 au Rwanda — nous prive des points de repère nécessaires au travail de la conscience.

4L’intention, ici, n’est pas de raviver les haines, de remettre à vif les blessures de l’histoire, mais d’aider à les repenser pour mieux les panser. Devant la symétrie de l’horreur qui a frappé les Hutu au Burundi et les Tutsi au Rwanda on ne peut que souligner l’impérieuse nécessité d’un devoir de mémoire, la necessité de combler la brèche qui sépare le passé de l’avenir. Si pénible soit-il de l’évoquer, l’événement doit être reconnu. Car s’il est vrai que le silence est la première forme de la contre-histoire (Ferro 1985 : 71), c’est aussi la source première des haines que nourrit la complicité de l’oubli avec le pouvoir.

5Reconnaître l’événement c’est aussi admettre sa complexité. C’est le libérer des vérités à sens unique (et inique). Le génocide de 1972 est certes le génocide des Hutu par des éléments tutsi. Mais comment ignorer les centaines, peut-être les milliers de Tutsi massacrés par les insurgés ? Et comment ne pas mettre cette insurrection dans le contexte des répressions qui se sont abattues sur les élites hutu en 1965 et 1969, et de la politique d’exclusion plus ou moins systématique pratiquée par le gouvernement du Président Micombero ? La responsabilité des Tutsi dans ces tristes événements est évidemment loin d’être partagée par toute l’ethnie tutsi. Tout aussi arbitraire et injuste serait de faire porter le poids des massacres sur tout le groupe Tutsi-Hima, même si la majorité des exactions fut commise par des Hima de la province de Bururi. C’est peu dire que l’amalgame ethnique va à l’encontre des faits ; il voue à l’échec tout effort de réconciliation.

6La recherche de la vérité est d’autant plus compliquée que de nombreuses zones d’ombre entourent les circonstances des massacres. Nous ne savons pratiquement rien de l’identité des leaders de la rébellion, de leurs bases sociales, du nombre des insurgés, de la participation congolaise, soit-disant « muleliste », à la rébellion. En dehors d’un ordre de grandeur approximatif, le nombre des victimes de la rébellion est aussi difficile à préciser que celui des victimes de la répression. Notons cependant que le chiffre de 25 000 rebelles, avancé par les autorités du Burundi, surpasse de beaucoup les estimations les plus fiables, qui ne dépassent pas 4 000. En ce qui concerne les victimes tutsi, les estimations varient entre 3 et 5 000, alors que la répression entraîne la mort d’au moins 100 000 Hutu et certains, comme Boniface Kiraranganiya, un Tutsi, disent 300 000 (Kiraranganiya 1985 : 79 ; Nsanze 1998 : 157).

Les blessures de l’Histoire

7Un examen détaillé de la toile de fond historique sur laquelle se déroule le drame nous entraînerait trop loin. L’histoire du Burundi ne commence pas en 1972, pas plus que celle du Rwanda en 1994. Nous nous sommes efforcés, dans plusieurs travaux parus en anglais, de débroussailler les conflits qui suivirent l’indépendance en 1962, et qui opposèrent non seulement les élites hutu et tutsi mais certains Tutsi-Hima aux Tutsi-Banyaruguru, ces derniers accompagnés de multiples intrigues, et donnant lieu, en 1971, à un procès politique visant un certain nombre de Banyaruguru suspectés de fomenter un complot monarchique (Lemarchand 1995 : 76-106 ; Lemarchand & Martin 1973 ; Nsanze 1998 : 111-175 ; Ntibantuganya 1999). Ces déblayages préliminaires sont loin d’avoir épuisé le champ de la recherche. Sur un point cependant je tiens à préciser que rien n’autorise à souscrire à l’hypothèse émise par certains analystes suivant laquelle les événements de 1972, comme ceux de 1965, auraient été le produit d’une manipulation du pouvoir ayant pour objet de provoquer une insurrection des élites hutu pour mieux les exterminer. Ce qui n’exclut pas la possibilité que le gouvernement, en 1972, ait eu vent d’une insurrection avant que celle-ci n’éclate, et ait attendu le moment propice pour « frapper fort ». Plus crédible est l’information fournie par B. F. Kiraranganiya (1985 : 77-78) : selon lui le « cerveau » de la rébellion serait un groupe de trois étudiants de l’Université officielle de Bujumbura (Albert Butoyi, D. Ndabiruye et celui qu’il décrit comme « leur chef d’équipe », Celius Mpasha), probablement affiliés au Parti du peuple burundais (PPB) et qui auraient pris la fuite en 1969 à la suite des épurations qui frappèrent les élites hutu. Ils furent rejoints par un quatrième larron, Ezechias Biyolero, « un grand ami de longue date », « qui militait avec nous dans le groupe Monrovia », et récemment sorti de la prison « où il pourrissait depuis longtemps » (ibid.).

8Ce qui est certain c’est que depuis le 19 octobre 1965, date qui marque l’échec du coup de force organisé par un groupe de gendarmes et de militaires hutu contre la monarchie, les relations entre élites hutu et tutsi n’avaient cessé de se détériorer. Déjà en septembre 1967, le correspondant du journal belge Le Soir1 décrivait en termes prophétiques le climat de tension qui régnait à Bujumbura :

« Face à la division des Tutsi au pouvoir, perdus dans leurs multiples intrigues, le monde des Hutu a recommencé de tenter un redressement. Des cases de Tutsi, trois ou quatre aux environs de Bujumbura, davantage à l’intérieur, ont été incendiées. Des ministres hutu ont été arrêtés, mais “quelque chose” est à nouveau en marche chez les Hutu. Les surprises pourraient bientôt être de dimensions inquiétantes. Faut-il en conclure que le pays court droit à une épreuve de force aussi bien raciale (sic) que politique ? C’est hasardeux ; les Hutu manquent de chefs, les Tutsi gardant une très grande influence, et gardant l’armée de leur coté. Mais la chose est dans l’air. On peut dès lors s’attendre à de sérieux soubresauts prochainement, sinon à une insurrection plus ou moins généralisée. »

9Dans ses grandes lignes, le drame de 1972 peut se résumer de la facon suivante. L’insurrection éclate le 29 avril, dans les régions de Minago, Vyanda, Nyanza Lac et de Rumonge, lorsque des groupes rebelles, dont certains ont, semble-t-il, suivi un entraînement en Tanzanie, attaquent et tuent à la machette des douzaines de civils tutsi. Les tueries se poursuivent dans tout le sud du pays, accompagnées d’atrocités qui ne sont pas sans rappeler celles du Rwanda de 1994 : « Ils ont tué femmes et enfants », « éventré et coupé en morceaux des femmes enceintes, torturé avant de tuer. Leurs hommes, drogués et enragés, ont attaqué des innocents, dont mon propre cousin, Isidore Rwimo, qu’ils ont coupé en morceaux, comme l’un de mes neveux, le jeune commandant Venant Kashirahamwe » (Kiraranganiya 1985 : 78). À Bururi, toutes les autorités civiles et militaires sont massacrées. Pendant quelques jours est proclamée, à Vyanda, une « République de Martyazo » et l’on dresse un drapeau vert barré de rouge. Comme le rapportent les médias, parmi les rebelles figurent des éléments congolais venus du Sud-Kivu, les fameux « Mulélistes ». Si leur nombre est inconnu, on peut supposer que la solidarité qui les unit aux Hutu s’inscrit dans le « retournement » des populations Banyamulenge lors de la rébellion de 1964-1965, ceux-ci étant globalement assimilés aux Tutsi du Burundi (tout comme aujourd’hui certains Congolais les assimilent aux Tutsi du Rwanda)2.

10Le lendemain s’enclenche l’engrenage de la répression et aucune province n’y échappe. Appuyées par les Jeunesses révolutionnaires rwagasore (JRR)3, l’armée, la police et la gendarmerie se livrent à une chasse aux Hutu à travers tout le pays, tandis qu’à Gitega, Charles Ndizeye, le jeune Mwami déchu (également connu sous le nom de Ntare), tombé dans un piège tendu par Micombero, est sommairement exécuté, prévenant ainsi l’éventualité d’un ralliement hutu autour de lui4.

11Orchestrée par le ministre de la Justice, Arthémon Simbananiye, la répression est particulièrement sanglante à Bururi où un millier de Tutsi ont eté tués par les rebelles : environ 20 000 Hutu y sont massacrés par l’armée. À Bujumbura, entre 5 000 et 10 000 Hutu sont sommairement exécutés, y compris tous les membres du gouvernement et les fonctionnaires des services publics d’origine Hutu. Selon un témoin, près de Mutumba l’armée intervient pendant un service religieux dirigé par un catéchiste et l’abattent sur place en même temps que quarante fidèles hutu5. À l’école anglicane, près de Bururi, c’est le « headmaster », un réfugié rwandais d’origine tutsi qui, armé d’un revolver, « supervise les arrestations de ses propres enseignants ainsi que d’autres Hutu »6. Commentaire de l’évèque de Bujumbura (voir note 6) : « C’est en cassant quelques œufs qu’on fait une parfaite omelette ». D’après le correspondant du journal Le Soir7, « tout élément hutu un tant soit peu intellectuel est arrêté, battu, torturé, voire abattu sur place sans jugement […]. Même les employés subalternes sont atteints par la répression : plantons, domestiques, ainsi que certains employés hutu de diverses sociétés privées ». Selon la même source : « Des Hutu sont exécutés sur simple dénonciation, certains ont été fusillés en public par les forces de l’ordre […]. Les gens arrêtés sont empilés dans des camions, couchés sur le ventre ; les soldats se tiennent debout sur eux, le doigt sur la détente ; plusieurs camions de cadavres venant du camp militaire ont été aperçus […]. Cette répression prend de plus en plus l’allure d’un véritable génocide de l’élite hutu. » À l’exception de ceux qui prirent la fuite vers le Rwanda, la Tanzanie et le Congo, pratiquement toutes les élites hutu furent annihilées, y compris la plupart des étudiants de l’université de Bujumbura, des écoles techniques, des athénées et des écoles normales. Parmi les exilés de marque qui échappèrent aux tueries figurent les noms de Melchior Ndadaye, Pontien Kalibwami, Richard Ndikumwami, et Sylvestre Ntibantuganya.

12Un document d’origine missionnaire dresse un très sombre bilan des pertes subies par les effectifs scolaires et universitaires jusqu’en juillet8. À l’université de Bujumbura « un tiers des étudiants a disparu, c’est-à-dire environ 250 sur 350. Une soixantaine est tuée soit après arrestations, soit dans les environs du campus par d’autres étudiants ». À l’École normale de Ngagara on compte « environ 40 % de disparus sur 314 élèves » ; à l’École normale supérieure de Bujumbura, « 55 élèves sur 135 ont disparu » ; à l’école technique de Kamenge-Bujumbura « 170 élèves ont disparu sur un total de 415, une soixantaine de tués soit après arrestations, soit appréhendés après fuite. […] Un jour on est venu arrêter 46 élèves, mais seulement 26 étaient présents » ; à l’Athénée de Bujumbura « 40 % ont disparu sur environ 700 élèves […] ; quelques élèves ont été tués à l’hôpital par des militaires après avoir reçu des soins médicaux suite à une bagarre » ; à l’Athénée de Gitega, « 148 élèves partis sur 380 ; une bonne quarantaine est tuée, plusieurs lors de la répression dans la prison de Gitega ; d’autres se sont enfuis » ; à l’Institut technique de Gitega « 40 élèves sur 79 ont disparu » ; à l’École normale de Kiremba « au moins 100 exécutions sur 355 élèves, et trois ou quatre professeurs [… ] ; parmi les élèves exécutés il y avait des garçons de 13 à 14 ans […] ». Le même document estime le nombre total d’élèves disparus — c’est-à-dire « exécutés, en fuite ou renvoyés avant la fin de l’année scolaire » — à un minimum de 1 450 ; « On peut dire en général qu’un élève sur 5 ou 6 a été exécuté dans le cycle supérieur des écoles secondaires et dans l’enseignement supérieur, garçons et filles ensemble, mais en prenant seulement les garçons la proportion est nettement plus élevée. » À cette comptabilité macabre s’ajoute l’exécution de 18 abbés barundi sur un total de 138, y compris le très respecté abbé Michel Kayoya, « un écrivain bien connu », nous dit Boniface Kiraranganiya (1985 : 81), « qui mourut saintement en pardonnant à ses assassins ».

13L’armée fut totalement épurée d’éléments hutu. Environ 700 soldats (c’est-à-dire presque la moitié des troupes) furent passés par les armes dès le début de la rébellion, ainsi que tous les éléments hutu ayant atteint le rang d’officier, dont le très brillant capitaine Martin Ndayahoze : « Ces officiers seront pris et torturés en vue de leur faire signer des aveux drôles, ridicules. Après quoi ils furent massacrés et jetés dans les fosses communes » (ibid. : 79). 150 furent exécutés durant la nuit du 22 mai, 40 pendant celle du 27. Quelques semaines plus tard un contingent de 800 nouvelles recrues d’origine tutsi, dont 50 officiers, en majorité de Bururi, étaient soumis à une formation accélérée en remplacement des pertes d’éléments hutu9.

Témoignages et désinformation

14Si révélatrices soient-elles de l’étendue des nettoyages ethniques operés au niveau des écoles, ces statistiques sont impuissantes à décrire l’horreur. Écoutons le témoignage de l’ancien président, Sylvestre Ntibantuganya (1999 : 112) :

« J’ai vu des bras d’hommes vraisemblablement enterrés vivants, et qui avaient tenté, jusqu’au dernier souffle, de sortir de leur trou ! J’ai vu des chemises sans doute arrachées à des hommes que des bourreaux allaient massacrer comme des imbéciles, des bêtes, quoi ! En voyant cette fosse commune je me suis fait l’idée de la sauvagerie des hommes, de leur barbarie. Je me suis rendu compte des dangers d’avoir un État qui n’est pas là pour promouvoir le peuple mais pour le massacrer […]. Au départ les victimes ont été tuées par balles, mais ensuite le sadisme de leurs tortionnaires et l’épuisement des munitions ont entraîné ces derniers à recourir à d’autres méthodes, comme l’usage du marteau ou simplement l’enterrement des condamnés encore vivants. »

15Citons également le terrible commentaire de Boniface Kiraranganiya (1985 : 76) :

« Si un jour, par malheur, je devenais fou […] les événements d’avril-mai 1972 à eux seuls y auraient contribué pour au moins 95 % […]. Je ne vois pas ce que je n’aurais pas donné pour ne pas voir 1972. Avril-mai 1972, ça dépasse tout ce qu’on a déjà eu. C’est le comble. La goutte d’eau. C’est le paroxysme de la démence, l’exemple le plus parfait de ce qu’un homme est capable de faire lorsque le pouvoir lui permet tout, lorsque plus rien ne l’oblige à dominer son instinct de destruction. »

16Quelques extraits des dépêches confidentielles de l’ambassade des États-Unis à Bujumbura suffisent à résumer l’atmosphère sinistre qui règne à Bujumbura10. Malgré toutes ces informations concernant les tueries, qualifiées de « génocide sélectif » par le Premier sécrétaire d’ambassade, Michael Hoyt, les États-Unis (et ceci est vrai aussi de la France et la Belgique), en 1972 comme en 1994, ne firent rien pour y mettre fin, s’étonnant par ailleurs que les États africains « ne fassent quoique ce soit pour mettre un terme à ces terribles violations des droits de l’Homme dans un État indépendant ».

17Ce que le gouvernement Micombero appela la mission de « pacification » ne fut en réalité qu’une vaste entreprise de désinformation visant à accréditer l’idée qu’il n’y eut jamais de conflit entre Hutu et Tutsi, mais des attaques de « malfaiteurs » venus de l’extérieur qui furent réprimées juste à temps pour ne pas entraîner le génocide des Tutsi. Pour mieux faire passer le message, furent enrôlés un certain nombre de Hutu de service, tel ce vieux Hutu « chenu et vacillant » qui, « d’une voix rauque, fait un long discours pour dire la paix tant aimée des collines, la beauté des vaches, la saveur des fruits, le bonheur d’être gouverné par Micombero »11. C’est ce même thème du génocide évité de justesse que reprend le livre blanc publié par la délégation du Burundi aux Nations-Unies : confrontées à des « agresseurs qui voulaient non seulement renverser la république du Burundi mais voulaient systématiquement procéder à l’extermination de tous les Tutsi », les autorités n’avaient d’autre choix que de « traiter sévèrement les responsables de ce génocide »12. On le retrouve également dans la mise au point qu’a fait l’ambassadeur du Burundi à Bruxelles, M. Nzeyimana : « Outre l’ampleur considérable de l’attaque », à la suite de la « conspiration barbare de quelque 25 000 nationaux et étrangers », il faut souligner « son caractère barbare et génocidaire », et pourtant, ajoute-t-il, dans un élan d’optimisme repris par certains historiens, « aucun problème d’ordre ethnique ou tribal ne se pose au Burundi »13. Dans ces conditions il était normal que les biens des génocidaires fussent appropriés par le régime pour venir en aide aux victimes tutsi ; c’est ainsi qu’en octobre 1972 le procureur de la république, Philippe Minani, annonçait que « les véhicules privés appartenant aux “personnes condamnées” seront vendus en faveur des victimes de la rébellion, que les biens mobiliers saisis de ces personnes seront restitués à leurs familles et ayants droit, que leurs comptes en banque seront débloqués en faveur de leur famille à concurrence de 100 francs Burundi, le solde étant consacré aux victimes de la rébellion »14. Sans doute pour compenser la perte de leurs biens, le gouvernement annonçait en même temps que des mesures d’amnistie seraient prises en faveur « des veuves et des orphelins des personnes condamnées au cours des événements qui ont ensanglanté le Burundi »15. À la lumière d’un pareil cynisme les commentaires du très officiel Flash-Info mériteraient de figurer dans une anthologie de l’humour noir : « Dans son désir constant de réconciliation et d’unité nationale, le colonel Michel Micombero a voulu que les veuves et les orphelins trouvent dans cette mesure de grâce l’expression de son indéfectible attachement à la cause de tout le peuple burundais »16.

Silences et négationnisme

18Au regard de l’immense émotion suscitée par le génocide rwandais, comment expliquer la quasi-indifférence de la communauté internationale et de la plupart des médias à propos de ce drame sans précédent dans l’histoire de la région des Grands Lacs : pourquoi ce silence ? Deux éléments conjoints nous donnent la réponse. Non seulement le Burundi avait cessé d’être un enjeu de la guerre froide, comme il le fut en 1964 et 1965 lorsque le pays devint un point d’implantation privilégié de la Chine communiste17, privant du même coup le monde occidental de ses points de repère idéologiques pour départager les bons des méchants, mais la question des droits humains n’avait encore qu’une très faible résonance à l’échelle internationale. Une mobilisation des énergies humanitaires, comparable à ce qui eut lieu au Rwanda en 1994-1995, était pratiquement inconcevable en 1972. Un autre facteur jouait en faveur de l’indifférence : la profonde méconnaissance des observateurs occidentaux à propos du Burundi, de son histoire, de ses composantes sociales, de l’imbrication de ses traditions et des forces surgies de la modernité, comme si ce micro-État était décidément trop difficile à déchiffrer pour en comprendre les déchirements.

19De là à conclure que l’oubli se confond avec l’ignorance, il n’y a qu’un pas. Qu’on le veuille ou non, l’oubli, comme nous le rappelle Benjamin Stora (2002 : 8), est aussi « organisé par les États », une forme d’oubli qui « instaure des amnisties visant à dissimuler, à ne pas assumer ses torts et ses responsabilités ». Des amnisties, sans doute, mais aussi des amnésies, des silences consciemment entretenus par l’État. Marc Ferro (1985 : 65) évoque ces silences qui, « dans une certaine complicité, sont partagés avec la société, qui de gré ou de force les intériorise ». Ils portent, nous dit-il, « sur tous ces martyrs collectifs que les guerres, croisades et autres djihads font subir aux vaincus, sur la répression qu’exercent les régimes à foi unique, ou à race élue, quels que soient leurs lieux d’origine ou leur date de naissance ».

20Rien n’est plus typique de ce phénomène d’amnésie que le zèle avec lequel chacun des régimes qui se sont succédé au pouvoir depuis 1972 se sont efforcés d’occulter la terrible vérité. Jusqu’à présent rien n’a été fait pour réhabiliter la mémoire des victimes ; le seul génocide officiellement reconnu est celui qui a frappé les dizaines de milliers de Tutsi massacrés par les militants du Frodebu en octobre 1993, à la suite de l’assassinat de Melchior Ndadaye. Ne sont jamais mentionnées les victimes hutu exterminées au cours de la répression, en nombre égal à celui des victimes tutsi ; dans l’optique des autorités de Bujumbura cette opération de « nettoyage » n’avait rien de génocidaire puisqu’elle visait à éliminer les Hutu du Frodebu, les seuls véritables génocidaires !

21On constate le même processus d’inversion derrière les propos négationnistes du gouvernement Micombero en 1972, visant à rejeter l’anathème génocidaire sur les rebelles. En les insérant dans le schéma manichéen d’une lutte à mort entre les initiateurs de cette entreprise d’extermination et l’État salvateur, l’objectif était de donner une nouvelle légitimité à un État extrêmement fragilisé par les querelles intérieures. Quoi de plus efficace, en effet, pour faire oublier les affrontements entre Tutsi-Hima et Tutsi-Banyaruguru, et pour masquer les bases de plus en plus vacillantes et régionalistes du pouvoir en place, qu’un consensus de tous les Barundi fabriqué contre des rebelles présentés comme des génocidaires ? On pense à la remarque de Pascal Bruckner (1995 : 210), « plus le forfait que l’on projette est monstrueux, plus la future victime elle-même doit paraître monstrueuse ».

1972/1994 : convergences

22La question du négationnisme nous renvoie à l’un des parallèles les plus troublants entre le génocide de 1972 et celui de 1994. Déni de l’évidence génocidaire, rejet de la responsabilité sur les victimes, inversion des rôles des victimes et des bourreaux, autant de traits caractéristiques des deux apocalypses. Tout comme les autorités de Bujumbura ont nié de la façon la plus catégorique leur participation à un génocide, la même volonté négationniste anime aujourd’hui les milieux hutu extrémistes rwandais. C’est ainsi qu’un ancien ministre du Président Habyalimana, dans une lettre a l’auteur, exprime son étonnement que « personne ne se pose même plus la question de savoir si ce fameux “génocide des Tutsi” est un vrai génocide et comment on en est venu à qualifier ainsi les massacres perpétrés au Rwanda d’avril à juillet 1994 » ; le seul « vrai génocide », pour l’auteur de cette lettre, est « le génocide dont les Hutu sont victimes depuis le 1er octobre, perpétré par les hommes du général Kagame ». Le plus inattendu est le témoignage d’un Tutsi rwandais se disant d’origine royale, Antoine Nyetera qui, lors d’un colloque dans l’enceinte du Sénat francais, le 4 avril 2002, prétend « qu’il y a eu des massacres, mais pas de génocide », soutenu dans son affabulation par l’ancien représentant des Nations-Unies au Rwanda, Roger Boboh, qui affirme « sans hésitation » que « dire qu’il y a eu génocide au Rwanda, cela relève plus de la politique surréaliste que de la vérité »18. C’est plutôt à ce degré de l’imposture que perce le surréalisme !

23Un autre parallélisme se rapporte aux motivations qui président aux violences génocidaires. Dans un cas comme dans l’autre nous sommes en présence de ce qu’Helen Fein (1990 : 30) appelle « a retributive genocide », un génocide qui s’opère en réaction à une menace, réelle ou imaginaire. Il est certain que le danger soulevé par l’insurrection hutu au Burundi et par le FPR au Rwanda, n’avait rien d’imaginaire. Alors que l’insurrection de 1972 a été immédiatement perçue par le régime Micombero comme portant les germes d’une déstabilisation du régime, au Rwanda l’invasion du FPR allait provoquer une véritable hantise du danger tutsi. Et pour cause : à la veille du génocide, après une guerre civile ou périrent des milliers de Hutu et de Tutsi, près d’un tiers du territoire national était sous le contrôle du FPR. Tout ceci explique pourquoi le concept de « retributive genocide » revêt une pertinence toute particulière pour expliquer le drame rwandais, et pourquoi, à la différence du Burundi, l’idéologie génocidaire a bénéficié d’une très grande réceptivité. À elle seule, l’idéologie anti-tutsi distillée par les médias rwandais — ce nazisme tropical dont parle Jean-Pierre Chrétien — ne suffit pas à expliquer les massacres. La psychologie du « passage à l’acte », pour employer l’expression de Jacques Semelin (à paraître), est difficilement compréhensible sans tenir compte de la réceptivité des masses, rendues d’autant plus vulnérables à ces incitations par le désarroi mêlé de panique qui les saisit le jour de l’écrasement de l’avion présidentiel19. Le « dilemme sécuritaire » créé par l’événement du 6 avril est indissociable du passage à l’acte.

24Le génocide, est-il besoin de le souligner, est un crime d’État. Au Burundi comme au Rwanda, c’est l’État qui planifie le meurtre de masse, qui met en marche et dirige les mécanismes d’extermination, qui veille à ce que nul n’échappe au massacre, et qui s’oppose, au nom de la souveraineté nationale, aux inquisiteurs venus du dehors. L’État, c’est-à-dire l’armée, la police, la gendarmerie, et les milices, les Jeunesses révolutionnaires rwagasore (JRR) au Burundi, les interahamwe au Rwanda. Or, dans un cas comme dans l’autre, l’État se tourne contre lui-même, au risque de s’autodétruire, et n’hésite pas à massacrer ses « fidèles serviteurs ». Au Burundi tous les ministres hutu (déjà démis de leurs fonctions comme tous les autres ministres, à la veille de l’insurrection) sont immédiatement exécutés ; au Rwanda les principaux leaders des partis d’opposition, y compris le Premier ministre, Agathe Uwilingiyimana, sont tués par l’armée le lendemain de l’écrasement de l’avion présidentiel. Un État, certes, mais un État-bidon, un État-monstre, dominé par des réseaux ethnico-régionaux — les Hima de Bururi au Burundi, les Kiga du nord au Rwanda —, qui donne les pleins pouvoirs aux milices — les JRR au Burundi, les interahamwe au Rwanda — pour massacrer les populations civiles. Au Rwanda, cependant, si l’ampleur et la rapidité des tueries dépassent tout ce qu’on a pu observer au Burundi, ceci est lié en partie à des circonstances propres au Rwanda : à quelques exceptions près, les cadres préfectoraux et communaux font intégralement partie de l’appareil génocidaire ; en outre, les dizaines de milliers de Hutu déplacés par l’avancée du FPR — les « internally displaced persons » (IDPs) — constituent un phénomène sans équivalent au Burundi : il semble bien que la grosse majorité des interahamwe ait été recrutée parmi les IDPs, dont l’ardeur génocidaire fut à la mesure des conditions de vie (et parfois de mort) intolérables que leur imposa, durant des mois et des années, l’envahisseur tutsi.

25En évacuant de la mémoire le génocide de 1972 on élimine du même coup certains des fils conducteurs qui nous aideraient à comprendre celui de 1994. Au Rwanda les ondes de choc de 1972 créent les désordres qui permettent au Président Juvenal Habyalimana de prendre le pouvoir en 1973, et aux gens du Nord de remplacer ceux du Sud aux postes-clés du gouvernement et des services publics. Les terribles vengeances dont sont victimes des centaines d’étudiants tutsi dans plusieurs écoles secondaires et à l’Université du Rwanda sont un prétexte idéal pour la mise en place de comités de vérification d’identités ethniques, puis de comités de salut public, ceux-ci servant de bases politiques pour l’ascension d’un certain nombre d’hommes politiques du Nord, et éventuellement pour la prise de pouvoir de l’homme fort du Bushiru par le coup d’état de juillet 1973. Sans tomber dans un excès de déterminisme historique, on peut se demander si la montée en puissance des élites kiga (les Hutu du Nord), compte tenu des particularismes qui ont façonné leurs attitudes notoirement anti-tutsi, ne constitue pas un des éléments qui ont ensemencé le terreau de l’ethnisme, et si l’histoire du Rwanda n’aurait pas pris un tour différent si ses destinées avaient été confiées aux gens du Sud.

26La présence des Nordistes au gouvernement ne suffit pas à expliquer le drame de 1994. Le thème qui revient incessamment dans l’histoire de ces « faux jumeaux » est la contagion de leurs traumatismes, comme si les crises qui frappent le Burundi devaient inévitablement se répercuter au Rwanda et inversement. Comme l’ont relevé nombre d’observateurs, l’assassinat du Président Melchior Ndadaye est incontestablement la crise qui a le plus fortement contribué à la radicalisation des élites politiques du Rwanda à la veille du génocide. On ne peut que souscrire à l’affirmation d’Alison Des Forges (1999 : 135) : « C’est sur le cadavre de Ndadaye que s’est constitué le Hutu Power. » Or, ici aussi, on peut s’interroger sur la relation des événements de 1972 à cet assassinat. Le Burundi des années qui ont suivi la boucherie de 1972, et jusqu’en 1989, fut un État soumis à l’hégémonie tutsi à un degré qui n’est pas sans rappeler l’apartheid sud-africain, et ceci autant par la force des circonstances, puisque les élites hutu avaient pratiquement toutes disparu, que par la volonté des dirigeants. Sans doute le complot de 1993 a-t-il été ourdi par une infime minorité. Il n’empêche que pour beaucoup de Tutsi qui se sentaient menacés par le coup de balai Frodebiste, autant dans l’armée que dans la fonction publique, l’une et l’autre solidement contrôlées par des Tutsi, le défi que posait l’élection de Melchior Ndadaye à cette situation d’apartheid était perçu comme inacceptable (Lemarchand 1998).

27Nous avons déjà évoqué les terribles massacres de Tutsi après l’assassinat de Ndadaye. Mais peut-être faudrait-il ici aussi introduire une référence aux événements de 1972. Un membre du clergé hutu, interrogé par la commission internationale d’enquête de 1995, rapporte les paroles d’un tueur hutu : « En 1972 ils nous ont eus ; ils ne nous auront plus. » Sommé de ne plus « verser de sang », un autre répond : « Depuis 1972 c’est notre sang qui a été versé. Aujourd’hui on apprend que le Président Ndadaye a été tué. S’ils ont pu faire cela, demain ce sera nous […] » (Lemarchand 1995). Comment ne pas voir dans cette rage meurtrière les réminiscences d’un génocide dont personne ne parle, mais dont beaucoup se souviennent ?

Restituer la mémoire

28Pourquoi, dira-t-on, mettre à nu les blessures de l’histoire ? Certains y verront un geste d’hostilité à l’encontre de la communauté tutsi, d’autres diront qu’il ne sert à rien d’évoquer un passé lointain, si tragique soit-il, sinon à compliquer davantage encore les efforts de cohabitation entrepris à Arusha. Mon intention est tout le contraire. Rien n’est plus dangereux que le non-dit, a fortiori le négationnisme. L’un et l’autre ne peuvent qu’attiser la haine née d’une mémoire tronquée, ethnicisée, qui met les bons d’un côté et les méchants de l’autre.

29Au Burundi comme ailleurs dans le monde — et aujourd’hui de manière particulièrement dramatique en Israël et en Palestine — il n’y a pas de communauté qui peut honnêtement se dire innocente. Ce que l’histoire nous révèle c’est que les deux communautés partagent la responsabilité des crimes que l’une impute à l’autre. Qu’on le veuille ou non, des Hutu et des Tutsi se sont rendus coupables de crimes contre l’humanité, au Rwanda comme au Burundi, mais il est tout aussi vrai que nombre de Hutu et de Tutsi ont aussi donné la preuve de leur commune humanité : combien de Hutu, en 1994, ont risqué leur vie pour protéger celle de leurs voisins Tutsi ? Combien de Tutsi, en 1972, à l’instar de Boniface Kiraranganiya, n’ont pas hésité à dénoncer les crimes du gouvernement Micombero, et à protéger leurs amis Hutu ?

30Ce que dit Benjamin Stora (2002) des « retrouvailles de la mémoire » en Algérie, s’applique aussi au Burundi : « Elles permettent de regarder l’histoire en face, de pouvoir l’écrire, mais elles sont aussi révélatrices de problèmes. Le risque existe d’une apparition de mémoire communitarisée où chacun regarde l’histoire de l’Algérie à travers son vécu, son appartenance familiale. Ce regard particularisé ne permet pas le métissage des mémoires pour éviter que l’histoire ne se rejoue. Un retour problématique répète le cloisonnement des mémoires où chacun vient disputer une date, un lieu de commémoration. »

31« Pour liquider les peuples, on commence par leur enlever la mémoire », nous dit Milan Kundera dans son Livre du rire et de l’oubli. Mais alors quelle mémoire restituer ? Deux écueils sont à éviter, celui de la mémoire sélective et celui qui consiste à niveler les crimes. La première évacue du souvenir les crimes des uns pour mieux souligner ceux des autres. Le danger de cette mémoire sélective est apparu de manière particulièrement choquante au Rwanda lors des récentes commémorations du génocide rwandais, où seule fut saluée la mémoire des victimes tutsi. Exclus de cet hommage commémoratif, aucune parole, aucun geste ne vint rappeler aux prières du public la disparition de dizaines de milliers de Hutu, les uns massacrés par les milices d’Habyalimana, les autres par les troupes du FPR. Claudine Vidal (2001) est parmi les rares observateurs à avoir relevé cet « oubli » : « Les commémorations du génocide, depuis 1996, non seulement excluent du deuil national les victimes hutu des “génocides”, mais refusent explicitement le statut de victime aux très nombreux autres Hutu qui, sans avoir été des bourreaux, furent massacrés à titre de représailles et pour instaurer un climat de terreur […]. Comment parler de réconciliation si l’exposition des squelettes consiste à rappeler à certains que les autres ont tué les leurs ? C’est maintenir les uns dans une position de culpabilité éternelle, ce n’est pas seulement raviver la haine chez les autres, c’est ne pas permettre à leurs plaies de se cicatriser. La haine grandissante d’un côté, de l’autre la peur permanente. » N’est-ce pas aussi le danger qui menace le Burundi lorsque le pouvoir ne cesse d’attirer l’attention sur le génocide commis par les Hutu à la suite de l’assassinat de Ndadaye, mais ne souffle mot de celui de 1972, infiniment plus dévastateur par le nombre de victimes ?

32C’est tout aussi injuste d’invoquer un principe d’équivalence qui consisterait à mettre à égalité dans le crime les victimes et les bourreaux. S’il est vrai que le nombre des victimes de 1972 est très largement supérieur à celui des Tutsi massacrés au Burundi en 1993, il est non moins évident, même si les chiffres restent encore très approximatifs, que l’échelle des tueries commises contre les Tutsi en 1994 dépasse de loin les massacres de Hutu au Rwanda. Certes l’horreur ne se mesure pas par des chiffres. Mais comment ne pas admettre, avec Pascal Bruckner (1995 : 224) « qu’il est des degrés dans l’infamie, que tous les meurtres ne se valent pas ».

33Le moment est venu de restituer leurs mémoires aux communautés hutu et tutsi, une mémoire ni sélective ni vengeresse, mais une mémoire « métisse » qui maintienne vivante la commune humanité des uns et des autres. Et ceci pour mieux les libérer du cancer de l’ethnisme et du fantasme, en un mot pour faciliter le travail de conscience qui s’impose à tout un chacun. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, qu’un nouveau Burundi pourra renaître des cendres de son passé.

34

Université de Floride, Gainesville.

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Bibliographie

Bruckner, P.

1995  La tentation de l’innocence, Paris, Grasset.

Des Forges, A.

1999  Leave None to Tell the Story, New York, Human Rights Watch ; Paris, Fédération internationale de la Ligue des Droits de l’Homme.

Ferro, M.

1985  L’Histoire sous surveillance, Paris, Calmann-Levy.

Fein, H.

1990  « Genocide: A Sociological Perspective », Sociology, (International Sociological Association), 38 (1) : 30.

Kiraranganiya, B. F.

1985  La vérité sur le Burundi, Sherbrook, Éditions Naaman.

Lemarchand, R.

1995  Burundi: Ethnic Conflict and Genocide, Washington, Wilson Center Press ; Cambridge, Cambridge University Press.

1998  « Genocide in the Great Lakes: Which Genocide ? Whose Genocide ? », African Studies Review, 41 (1) : 3-17.

Lemarchand, R. & Martin, D.

1973  Selective Genocide in Burundi, London, Minority Rights Group.

Nsanze, A.

1998  Burundi : Le passé au présent. La République contre le peuple, 1966-1993, Nairobi, A. Nsanze.

Ntibantuganya, S.

1999  Une Démocratie pour tous les Burundais : de l’Autonomie à Ndadaye, 1956-1993, vol. I, Paris, L’Harmattan.

Reyntjens, F.

1995  Rwanda : trois jours qui ont ébranlé l’histoire, Bruxelles, Institut African-CEDAF ; Paris, L’Harmattan.

Semelin, J.

À paraître   « Du massacre au processus génocidaire », Revue internationale des Sciences sociales, 174.

Stora, B.

2002  « La mémoire retrouvée de la guerre d’Algérie ? », Le Monde, 23 mars : 8.

Vidal, C., Brauman, R. & Smith, S.

2001  « Les commémorations du génocide au Rwanda », Les Temps modernes, mars-avril-mai : 1-46.

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Notes

1 16 septembre 1967.
2 Très contestable, en revanche, est l’affirmation d’Augustin Nsanze (1998 : 121) selon laquelle la rébellion « comportait aussi des éléments banyamulenge, donc d’anciens Tutsi Rwandais. Ceux-ci auraient été utilisés par le pouvoir de Bujumbura pour suivre les préparatifs des rebelles et concevoir une répression en conséquence ». Malgré l’emploi du conditionnel, c’est avec la plus grande réserve qu’on doit accueillir cette information.
3 Les milices Sans-Échec et Sans-Défaite et espèces apparentées, coupables de douzaines d’assassinats de Hutu Bujumbura, sont les descendants directs des jeunesses rwagasore. Voici comment un journaliste belge les décrivit en septembre 1967 : « Ces jeunes gens, le plus souvent sans armes, barrent les routes, arrêtent le trafic parfois durant des jours, molestent, injurient, enlèvent des adversaires politiques, sans provoquer jusqu’ici de véritables réactions du gouvernement, qui paraît les redouter. Progressivement incontrôlables, ces milices jouent au Burundi le rôle que jouent au Congo (Brazzaville) les JMNR et à Kinshasa les JMPR, masses de manœuvre qui peuvent se retourner contre leurs initiateurs mais qui, en attendant, procurent aux chefs politiques le personnel des basses besognes dont ils ont besoin. C’est ainsi que la vague d’enlèvements dont sont surtout victimes les Hutu qui sévit maintenant à Bujumbura doit leur être attribuée », Le Soir, 16 septembre 1967.
4 Notons en passant l’affirmation totalement fantaisiste du Colonel Albert Shibura dans son livre Témoignages : « C’est la CIA qui a envoyé Ntare à Kampala, en compagnie de ses agents et qui a obligé Idi Amin, sa créature, de le livrer au Burundi » (cité in Nsanze 1998 : 14). En fait tout donne à penser que l’opération fut menée par ses soins, en collaboration étroite avec le ministre de la Justice de l’époque, Artémon Simbananiye, le véritable chef d’orchestre du génocide, depuis lors reconverti en « born again Christian ».
5 Le Soir, 25 mai 1972.
6 Information extraite des télégrammes confidentiels envoyés au Département d’État par l’ambassade des États-Unis à Bujumbura, 25 mai 1972. Plusieurs centaines de ces dépêches font partie de ma collection de documents sur le Burundi. Ils sont disponibles auprès de la bibliothèque de l’université de Floride. (Lemarchand papers, American Embassy Cables, Box 11. website : www.uflib. ufl.edu/cm/africana/fulltext.htm).
7 27 mai 1972.
8 Quelques données sur les arrestations et les départs dans les écoles secondaires et supérieures du Burundi : événements du 29 avril 1972 et des mois de mai et juin ; liste arrêtée le 2 juillet 1972. Comme le précise ce document, les données qui suivent ne sont pas complètes : « Les chiffres donnés sont des chiffres minima. Pour certaines écoles, nous n’avons pas ou peu de renseignements précis. Toutefois la liste est assez complète ; s’il y a des corrections à faire, elles obligeraient surtout à augmenter les chiffres » (Lemarchand papers, University of Florida, op. cit.).
9 US. Embassy cables, no 1028, 25 juillet 1972. Lemarchand papers, op. cit.
10 25 mai, « a missionary from the interior fears Hutu may be reaching breaking point […]. Increasing number of educated Hutu in eastern Burundi have fled towards Tanzania border […] » ; 26 mai, « no respite, no letup. What apparently is a genocide continues. Arrests going on around the clock. Charge d’affaires’ laundry boy fled JRR band last night, says they are killing most Hutu on the spot […] » ; 11 juillet, « Tutsi reprisals unabated in interior but have slackened somewhat in Bujumbura […]. In north Hutu take cover upon arrival of any vehicle, reflecting pervasive fear. Tutsi continue to be haunted by fear for their own survival no matter how casually they may saunter around. Hutu males normally go at a dogtrot in groups of 7 or 8 as night approaches […] » ; 21 juillet, « in two days following July 14 three new ditches filled with Hutu bodies near Bujumbura airport. Arrests have continued throughout the week in Bujumbura, in the hills around town, in Ngozi region and in central Burundi. Military unit sent north of Bubanza to carry out widespread organized reprisas » ; 25 juillet, « repression against Hutu is not simply one of killing. It is also an attempt to remove them from access to employment, property, education, and the general chance to improve themselves. In Bujumbura the Hutu who were in prison when the new government was named have apparently been executed » ; 4 août, « killings have not stopped but they have slackened off while arrests continue in almost all parts of the country, with particular concentration on Ngozi » ; 11 août, « we have clear report mass graves near airport again utilized at beginning of week. Prime Minister Nyamoya continuing his stumping of the country », (ibid.).
11 La Libre Belgique, 15 juin 1972.
12 Le Monde, 11 juin 1972.
13 Le Monde, 8 juin 1972.
14 Le Soir, 4 octobre 1972.
15 Ibid.
16 Ibid.
17 La présence de la Chine communiste à Bujumbura est signalée dans un document confidentiel d’octobre 1964, probablement d’origine missionnaire, destiné aux chancelleries occidentales : « L’emprise des Chinois communistes devient chaque jour plus forte. Bien que leur objectif principal soit la conquête du Congo à travers l’aide qu’ils donnent aux rebelles et à tous ceux qui s’opposent au gouvernement de Léopoldville, ils ne négligent pas leur action au Burundi même […]. Les champs d’action et d’influence des Chinois sont multiples ; ils font montre d’une grande activité et d’une remarquable puissance de séduction. Ils misent à fond sur les sentiments anti-américains et anti-belges des Barundi ; et par ce biais, ils arrivent même à des positions tolérantes à l’égard de leurs activités chez certains membres du clergé local. Les hommes politiques sont, évidemment, l’objet de leur attention, et ils ne manquent pas de leur faire des cadeaux importants pour obtenir leur sympathie et leur appui […] », L’action communiste au Burundi (octobre 1964), archives personnelles. L’assassinat du Premier ministre hutu, Pierre Ngendadumwe, en janvier 1965, est à mettre en relation directe avec la pénétration chinoise au Congo : c’est pour s’être opposé à voir le Burundi devenir le point de transit des armements chinois à destination de la rébellion « muleliste » de 1964-1965 que Ngendadumwe devint la cible des Tutsi « durs et purs » de l’Uprona. Notons pour mémoire que de nombreux réfugiés tutsi de la révolution rwandaise rallièrent la rébellion, et que c’est un réfugié tutsi du Rwanda qui fut chargé de tuer Ngendadumwe, à la sortie de l’hôpital rwangasore où sa femme venait d’accoucher.
18 Le résumé de cet extraordinaire colloque m’a été communiqué par Le Cercle international Solidaire, CercleSolidaire@yahoogroupes.fr. Voir la réponse d’Alain Gauthier, au nom du Collectif des Parties civiles pour le Rwanda, Alngauthier @aol.com.
19 Même si le mystère continue à planer sur l’identité des responsables du crime, il ne fait aucun doute que dans l’esprit de la plupart des élites hutu l’accident de l’avion présidentiel est imputable au FPR, et non à l’akazu comme le prétendent certains. Cette dernière thèse soulève beaucoup de questions, en particulier celle de savoir pour quels motifs l’akazu aurait décidé de se débarrasser du président Habyalimana, au prix de sacrifier certains de ses membres les plus influents. Une autre interprétation, qui nous semble infiniment plus plausible, mettrait sur la sellette des membres de l’opposition MDR, agissant soit de leur propre chef, soit en collaboration avec certains éléments du FPR. C’est en tout cas ce que tend à suggérer la conclusion d’un rapport de mars 1994 remis par le Colonel Anselme Nsizirungu, chef de cabinet du Premier ministre Uwilingiyimana, à Claude Tulpin, ancien chef de la sûreté rwandaise dans les années qui suivirent l’indépendance : « Dans la pire des hypothèses, le mal rwandais ne trouverait sa solution qu’en élimination physique du dictateur tueur (Habyalimana) qui va exterminer toute l’intelligentsia de son peuple. Et tu nous aideras, j’en suis convaincu. J’aimerais vous revoir dans ce beau pays une fois débarrassé du monstre », Aperçu sur la situation politique au Rwanda, Archives personnelles. Voir également l’excellente enquête menée par Filip Reyntjens (1995).

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Pour citer cet article

Référence électronique

René Lemarchand, « Le génocide de 1972 au Burundi », Cahiers d’études africaines [En ligne], 167 | 2002, mis en ligne le 22 juin 2005, consulté le 29 avril 2016. URL : http://etudesafricaines.revues.org/156

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Auteur

René Lemarchand

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Droits d’auteur

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Les blessures de l’Histoire

Un examen détaillé de la toile de fond historique sur laquelle se déroule le drame nous entraînerait trop loin. L’histoire du Burundi ne commence pas en 1972, pas plus que celle du Rwanda en 1994. Nous nous sommes efforcés, dans plusieurs travaux parus en anglais, de débroussailler les conflits qui suivirent l’indépendance en 1962, et qui opposèrent non seulement les élites hutu et tutsi mais certains Tutsi-Hima aux Tutsi-Banyaruguru, ces derniers accompagnés de multiples intrigues, et donnant lieu, en 1971, à un procès politique visant un certain nombre de Banyaruguru suspectés de fomenter un complot monarchique (Lemarchand 1995 : 76-106 ; Lemarchand & Martin 1973 ; Nsanze 1998 : 111-175 ; Ntibantuganya 1999). Ces déblayages préliminaires sont loin d’avoir épuisé le champ de la recherche. Sur un point cependant je tiens à préciser que rien n’autorise à souscrire à l’hypothèse émise par certains analystes suivant laquelle les événements de 1972, comme ceux de 1965, auraient été le produit d’une manipulation du pouvoir ayant pour objet de provoquer une insurrection des élites hutu pour mieux les exterminer. Ce qui n’exclut pas la possibilité que le gouvernement, en 1972, ait eu vent d’une insurrection avant que celle-ci n’éclate, et ait attendu le moment propice pour « frapper fort ». Plus crédible est l’information fournie par B. F. Kiraranganiya (1985 : 77-78) : selon lui le « cerveau » de la rébellion serait un groupe de trois étudiants de l’Université officielle de Bujumbura (Albert Butoyi, D. Ndabiruye et celui qu’il décrit comme « leur chef d’équipe », Celius Mpasha), probablement affiliés au Parti du peuple burundais (PPB) et qui auraient pris la fuite en 1969 à la suite des épurations qui frappèrent les élites hutu. Ils furent rejoints par un quatrième larron, Ezechias Biyolero, « un grand ami de longue date », « qui militait avec nous dans le groupe Monrovia », et récemment sorti de la prison « où il pourrissait depuis longtemps » (ibid.).

Ce qui est certain c’est que depuis le 19 octobre 1965, date qui marque l’échec du coup de force organisé par un groupe de gendarmes et de militaires hutu contre la monarchie, les relations entre élites hutu et tutsi n’avaient cessé de se détériorer. Déjà en septembre 1967, le correspondant du journal belge Le Soir1 décrivait en termes prophétiques le climat de tension qui régnait à Bujumbura :

« Face à la division des Tutsi au pouvoir, perdus dans leurs multiples intrigues, le monde des Hutu a recommencé de tenter un redressement. Des cases de Tutsi, trois ou quatre aux environs de Bujumbura, davantage à l’intérieur, ont été incendiées. Des ministres hutu ont été arrêtés, mais “quelque chose” est à nouveau en marche chez les Hutu. Les surprises pourraient bientôt être de dimensions inquiétantes. Faut-il en conclure que le pays court droit à une épreuve de force aussi bien raciale (sic) que politique ? C’est hasardeux ; les Hutu manquent de chefs, les Tutsi gardant une très grande influence, et gardant l’armée de leur coté. Mais la chose est dans l’air. On peut dès lors s’attendre à de sérieux soubresauts prochainement, sinon à une insurrection plus ou moins généralisée. »

Dans ses grandes lignes, le drame de 1972 peut se résumer de la facon suivante. L’insurrection éclate le 29 avril, dans les régions de Minago, Vyanda, Nyanza Lac et de Rumonge, lorsque des groupes rebelles, dont certains ont, semble-t-il, suivi un entraînement en Tanzanie, attaquent et tuent à la machette des douzaines de civils tutsi. Les tueries se poursuivent dans tout le sud du pays, accompagnées d’atrocités qui ne sont pas sans rappeler celles du Rwanda de 1994 : « Ils ont tué femmes et enfants », « éventré et coupé en morceaux des femmes enceintes, torturé avant de tuer. Leurs hommes, drogués et enragés, ont attaqué des innocents, dont mon propre cousin, Isidore Rwimo, qu’ils ont coupé en morceaux, comme l’un de mes neveux, le jeune commandant Venant Kashirahamwe » (Kiraranganiya 1985 : 78). À Bururi, toutes les autorités civiles et militaires sont massacrées. Pendant quelques jours est proclamée, à Vyanda, une « République de Martyazo » et l’on dresse un drapeau vert barré de rouge. Comme le rapportent les médias, parmi les rebelles figurent des éléments congolais venus du Sud-Kivu, les fameux « Mulélistes ». Si leur nombre est inconnu, on peut supposer que la solidarité qui les unit aux Hutu s’inscrit dans le « retournement » des populations Banyamulenge lors de la rébellion de 1964-1965, ceux-ci étant globalement assimilés aux Tutsi du Burundi (tout comme aujourd’hui certains Congolais les assimilent aux Tutsi du Rwanda)2.

Le lendemain s’enclenche l’engrenage de la répression et aucune province n’y échappe. Appuyées par les Jeunesses révolutionnaires rwagasore (JRR)3, l’armée, la police et la gendarmerie se livrent à une chasse aux Hutu à travers tout le pays, tandis qu’à Gitega, Charles Ndizeye, le jeune Mwami déchu (également connu sous le nom de Ntare), tombé dans un piège tendu par Micombero, est sommairement exécuté, prévenant ainsi l’éventualité d’un ralliement hutu autour de lui4.

Orchestrée par le ministre de la Justice, Arthémon Simbananiye, la répression est particulièrement sanglante à Bururi où un millier de Tutsi ont eté tués par les rebelles : environ 20 000 Hutu y sont massacrés par l’armée. À Bujumbura, entre 5 000 et 10 000 Hutu sont sommairement exécutés, y compris tous les membres du gouvernement et les fonctionnaires des services publics d’origine Hutu. Selon un témoin, près de Mutumba l’armée intervient pendant un service religieux dirigé par un catéchiste et l’abattent sur place en même temps que quarante fidèles hutu5. À l’école anglicane, près de Bururi, c’est le « headmaster », un réfugié rwandais d’origine tutsi qui, armé d’un revolver, « supervise les arrestations de ses propres enseignants ainsi que d’autres Hutu »6. Commentaire de l’évèque de Bujumbura (voir note 6) : « C’est en cassant quelques œufs qu’on fait une parfaite omelette ». D’après le correspondant du journal Le Soir7, « tout élément hutu un tant soit peu intellectuel est arrêté, battu, torturé, voire abattu sur place sans jugement […]. Même les employés subalternes sont atteints par la répression : plantons, domestiques, ainsi que certains employés hutu de diverses sociétés privées ». Selon la même source : « Des Hutu sont exécutés sur simple dénonciation, certains ont été fusillés en public par les forces de l’ordre […]. Les gens arrêtés sont empilés dans des camions, couchés sur le ventre ; les soldats se tiennent debout sur eux, le doigt sur la détente ; plusieurs camions de cadavres venant du camp militaire ont été aperçus […]. Cette répression prend de plus en plus l’allure d’un véritable génocide de l’élite hutu. » À l’exception de ceux qui prirent la fuite vers le Rwanda, la Tanzanie et le Congo, pratiquement toutes les élites hutu furent annihilées, y compris la plupart des étudiants de l’université de Bujumbura, des écoles techniques, des athénées et des écoles normales. Parmi les exilés de marque qui échappèrent aux tueries figurent les noms de Melchior Ndadaye, Pontien Kalibwami, Richard Ndikumwami, et Sylvestre Ntibantuganya.

Un document d’origine missionnaire dresse un très sombre bilan des pertes subies par les effectifs scolaires et universitaires jusqu’en juillet8. À l’université de Bujumbura « un tiers des étudiants a disparu, c’est-à-dire environ 250 sur 350. Une soixantaine est tuée soit après arrestations, soit dans les environs du campus par d’autres étudiants ». À l’École normale de Ngagara on compte « environ 40 % de disparus sur 314 élèves » ; à l’École normale supérieure de Bujumbura, « 55 élèves sur 135 ont disparu » ; à l’école technique de Kamenge-Bujumbura « 170 élèves ont disparu sur un total de 415, une soixantaine de tués soit après arrestations, soit appréhendés après fuite. […] Un jour on est venu arrêter 46 élèves, mais seulement 26 étaient présents » ; à l’Athénée de Bujumbura « 40 % ont disparu sur environ 700 élèves […] ; quelques élèves ont été tués à l’hôpital par des militaires après avoir reçu des soins médicaux suite à une bagarre » ; à l’Athénée de Gitega, « 148 élèves partis sur 380 ; une bonne quarantaine est tuée, plusieurs lors de la répression dans la prison de Gitega ; d’autres se sont enfuis » ; à l’Institut technique de Gitega « 40 élèves sur 79 ont disparu » ; à l’École normale de Kiremba « au moins 100 exécutions sur 355 élèves, et trois ou quatre professeurs [… ] ; parmi les élèves exécutés il y avait des garçons de 13 à 14 ans […] ». Le même document estime le nombre total d’élèves disparus — c’est-à-dire « exécutés, en fuite ou renvoyés avant la fin de l’année scolaire » — à un minimum de 1 450 ; « On peut dire en général qu’un élève sur 5 ou 6 a été exécuté dans le cycle supérieur des écoles secondaires et dans l’enseignement supérieur, garçons et filles ensemble, mais en prenant seulement les garçons la proportion est nettement plus élevée. » À cette comptabilité macabre s’ajoute l’exécution de 18 abbés barundi sur un total de 138, y compris le très respecté abbé Michel Kayoya, « un écrivain bien connu », nous dit Boniface Kiraranganiya (1985 : 81), « qui mourut saintement en pardonnant à ses assassins ».

L’armée fut totalement épurée d’éléments hutu. Environ 700 soldats (c’est-à-dire presque la moitié des troupes) furent passés par les armes dès le début de la rébellion, ainsi que tous les éléments hutu ayant atteint le rang d’officier, dont le très brillant capitaine Martin Ndayahoze : « Ces officiers seront pris et torturés en vue de leur faire signer des aveux drôles, ridicules. Après quoi ils furent massacrés et jetés dans les fosses communes » (ibid. : 79). 150 furent exécutés durant la nuit du 22 mai, 40 pendant celle du 27. Quelques semaines plus tard un contingent de 800 nouvelles recrues d’origine tutsi, dont 50 officiers, en majorité de Bururi, étaient soumis à une formation accélérée en remplacement des pertes d’éléments hutu

Anonyme.

1972 A GISYO (Commune Gatara): Témoignage d’un survivant

Traduit du Kirundi par Jumaine

agenocideJe m’appelle Joseph, j’habite à Buraniro, au-delà de la rivière Nyawisesera, en face de Gisyo.  En 1972, je fréquentais la 5ème – équivalent de la 9ème des écoles actuelles – au Petit Séminaire de Mureke. J’étais   ami  d’un certain Donat Ndayishimiye, qui venait de Musenyi, un tutsi handicapé d’une jambe. A l’époque, être hutu ou tutsi n’avait pas d’importance. C’est Donat qui me dit au retour des vacances de Pâques « cher ami, il va y avoir une guerre; il y a des gens qui ont empoché de l’argent pour provoquer une guerre ». Les massacres n’avaient pas encore commencé, mais les tutsi le savaient déjà, et c’est ainsi que je reçus l’information, mais elle ne me préoccupa pas. Le séminaire continua ses activités habituelles, apparemment comme si de rien n’était; les éducateurs ne laissaient rien filtrer de ce qui se passait dehors. Je me souviens qu’au mois de mai 1972, j’ai demandé la permission pour aller me faire soigner à Ngozi. J’y allais à pied, inconscient du péril que je courais. Les 17 km à parcourir étaient rouges de sang, qui dégoulinait des camions de transport de cadavres. J’entendais les commentaires gais des paysans probalement tutsi qui prenaient la même route que moi : « za nzarimu zose barazifyese » (tous les enseignants ont été liquidés). C’est à Ngozi, à cette occasion que j’ai vu pour la première fois le commandant Bizoza, un homme de bonne stature, plein, de teint clair.  Mais je ne m’imaginais pas le moins du monde la catastrophe qu’il causait dans la province de Ngozi (Kayanza était encore un arrondissement).

L’irruption de 1972 au séminaire de Mureke se fit un matin de début juin,  à la  messe, quand le Préfet de discipline, l’Abbé Laurent Bihege, d’un ton grave  nous annonça : « le frère de l’Abbé Recteur est mort ». [ Il s’agissait de Amédée Kabugubugu, un tutsi, le premier psychologue du Burundi, qu’on venait d’assassiner à Bujumbura]. Un frisson traversa la chapelle et personne n’osa bavarder comme à l’accoutumée. C’était une tragédie. Car le recteur, Abbé Bernard Kabutura, était une personne qui inspirait la frayeur aux élèves. Nous nous demandions comment nous allions l’aborder. Et en effet, ces jours-là furent comme une éclipse totale du soleil; le recteur se vêtait du noir, était triste, distant. Le gros du temps il restait cloitré chez lui. Une semaine après ce drame, le Recteur lui-même nous annonça que nous devions aller à la maison, sans attendre le premier juillet comme d’habitude.

Nous prîmes le chemin du retour à pied, comme tout le monde faisait à l’époque, avec nos valises de carton sur la tête, et le sac blanc sur le dos. Nous devions parcourir 30 km vers l’ouest, en traversant les paroisses de Muhanga, Rukago, pour enfin arriver dans Buraniro.  Mais encore une fois, dans la compagnie, les tutsi  savaient ce qui se passait sur le territoire, tandis que moi l’unique  hutu  j’en étais ignare. C’est Isaie, un tutsi, le fils d’un agronome du nom de Burarukanwa, qui habitait dans la zone Shinya (devenue Ngoro), au dessus de la rivière Ruvubu ( commune Gatara)  qui nous dit : « chers amis, récitons le chapelet, car chez nous on est en train de s’entretuer ». Nous avons récité le chapelet durant tout le parcours. Lui il est arrivé sain et sauf, mais nous qui allions plus loin, la peur nous étreignait. Sur la route de Shinya vers Gisyo (3km) il y avait beaucoup de traces de sang, sec et frais. Quand on regardait vers les habitations, on ne voyait presque personne, à part quelque vieille femme ou de rares enfants. Le climat était irréel. A un certain moment, nous arrivons à GISYO, une succursale de Buraniro.  Je n’oublierai jamais ce moment, car ma vie était suspendue à un fil. Nous avons rencontré une camionette pleine de militaires. Ils nous ont regardés, et le chauffeur a freiné. Puis un des soldats armés qui se trouvaient au dessus a intimé l’ordre: « continuez » et la camionette s’est éloignée dans la direction d’où nous venions. Notre groupe s’est scindé en deux, et j’ai poursuivi la marche tout seul dans la route, tandis que les autres ont continué leur voyage dans un chemin. Et c’est là que j’ai vu l’abattoir, le lieu où des milliers de gens ont été tués à la baionette. Il se trouve au point de jonction entre la route Gisyo-Gatara et le chemin des piétons qui va à  Gatara à travers les collines Mitari et Kariba, lieu actuellement appelé « Kwa Rusate » (nom d’un tutsi qui y habita après).  Micombero y avait fait construire quelques années auparavant un palais du parti Uprona en paille (ingoro y’umugambwe), et  c’est dans la cour de ce palais que les militaires et les JRR (jeunes affiliés au parti Uprona) massacraient les hommes.  Il y avait des flaques et des caillots de sang sur une aire de plus de 100m carrés. Sur la bordure étaient assis une dizaine de vieux, silencieux, la tête basse, près des grosses pierres de granit rondes, qui ont donné à Gisyo ce nom. Poursuivant nonchalamment le chemin, après avoir dépassé l’abattoir, une vieille me dit « enfant, quitte vite cette route ».  Cent mètres plus loin, je pris le chemin qui se détachait de la route, un racourci que je prenais souvent. A peine je m’étais éloigné, je vis la camionette de militaires qui parcourait à toute vitesse la route que je venais d’abandonner. La vieille m’a sauvé la vie, car les militaires m’auraient tué. C’est moi sûrement qu’ils recherchaient. J’appris plus tard que des dizaines de jeunes étudiants qui avaient transité à Gisyo le matin, en provenance du Collège de Kibimba, en direction de Kayanza, avaient été tous assassinés. En arrivant près de chez moi, je trouvai un barrage de la JRR, mais c’étaient nos voisins, et ils m’ont demandé « où es-tu passé ? comment as-tu réussi à franchir l’enfer de Gisyo »? Je n’ai rien répondu. J’étais fatigué; c’était le crépuscule.  Je poursuivis vers chez moi. Mes parents  pleurèrent quand ils me virent. Ils m’embrassèrent avec émotion, chose qu’ils n’avaient jamais faite auparavant. Mais je ne comprenais pas leur angoisse. Je leur  dis: « je sais qu’il ya des morts, mais c’est seulement les ennemis du pays qui ont mangé de l’argent qu’on recherche » . Mon père me rétorqua;  « mon fils, ne sois pas naif, et ne dis plus ces paroles, ne vois-tu pas que le pays est tombé dans le désastre » (ntubona ko igihugu gihonye?). Alors ils m’expliquèrent que la succursale de GISYO avec les collines aux alentours avaient été rasées par les militaires. Aucun homme, aucun adolescent n’avait survécu dans les localités de Rwankuba, Gisyo, Nteko, Kinga et Mitari.  Ils avaient  été tués à la baionette. Les soldats les prenaient, leur ligotaient les mains derrière le dos, puis les jambes ensemble, ensuite ils les jetaient dans l’abattoir. Ils les tuaient très lentement, en enfonçant les baionettes d’abord dans les mollets, puis dans les cuisses, et ainsi ils progressaient en prenant leur temps, jusqu’au coup de grâce dans le coeur . Les cris des victimes étaient lacérants, mais les bourreaux étaient sans pitié. C’est un membre de la JRR du nom de Segatwa qui a assisté à la scène qui l’a raconté.

Les jours qui suivirent, mes parents allaient me cacher dans la bananeraie. Paradoxalement, l’été de 1972 était un temps d’abondance alimentaire.  Les gens avaient récolté beaucoup de haricots rampants (ibiremberwa) et il y avait aussi des patates douces, des bananes et des colocases (amateke). Mais nous mangions la peur dans le ventre. Sur ma colline, les militaires envoyèrent les JRR pour arrêter les plus beaux garçons et ils les tuèrent; il s’agit d’un certain Jean fils de Murazi, et Sidon fils de Bahozebandya.   Puis petit à petit les miens m’ont racconté les épisodes de ce film macabre. C’était ahurissant. Au début du mois de mai,  les soldats étaient venus pour raffler tous les enseignants hutu. Ils ont pris Venant Ntahonkiriye (qui m’a enseigné en deuxième année); Innocent s’est échappé pour aller au Rwanda, mais les JRR l’ont rattrappé et reporté aux militaires et il a été tué; il m’avait enseigné en troisième et il m’aimait beaucoup. Les militaires ont pris aussi les catéchistes et les chefs de la Kiro et de l’UGA (mouvements de Jeunesse catholiques), ainsi qu’un prêtre gras et gros qui s’appelait Ntizihuwisize, qui aimait blaguer souvent sur sa laideur.  Quand la population majoritairement hutu s’est rendue compte que les disparitions se faisaient sur base ethnique (à Gisyo il n’était resté que le seul enseignant tutsi),  elle s’est vengée en tuant un homme tutsi, Muzamba,  qui vivait dans la localité de Nteko. Les militaires qui avaient déjà opérée la purification ethnique en leur sein en assassinant  tous les membres de l’ethnie hutu en peu de jours, par trahison,  se ruèrent sur la population de ces zones et firent une hécatombe.  Sur la colline de Kinga, qui  a sa limite sur la rivière Nyawisesera, affluent de la Ruvubu, les femmes en furie brûlèrent le pont pour empêcher les militaires de passer. A la fin du mois de juin, le chef d’Etat Major Général Thomas Ndabemeye vint en hélicoptère pour inspecter le beau travail de ses militaires. Il atterrit à Gisyo.  Les femmes tentèrent d’incendier l’avion avec des feuilles sèches de bananes. Du moins on racontait ces actes d’héroisme féminin. A Kinga toujours, un homme du nom Nyankurubike avait perdu tous ses fils, et était recherché sans relâche. On le trouva après quelques semaines, pendu sur son arbre de ficus (umumanda); son neveu, élève, qui survécut  par miracle, parce qu’il n’était pas à la maison en cette période,  devint en 1993 l’administrateur de la commune Gatara en la personne de Serge Sinumvayaha, mais lui aussi fut égorgé par les militaires tutsi dans les jours qui suivirent l’assassinat du président Ndadaye.  Une fatalité. En juillet 1972, les gens ont supplié le sorcier qui nous avait terrorisés depuis longtemps pour qu’il envoie la foudre sur ce campement militaire de Gisyo, mais il n’a  pu rien faire. Et c’est à ce moment que nous avons découvert qu’il nous avait toujours menti. En août 1972, l’admistrateur communal convoqua tous les étudiants en vacances pour les enregistrer. Les parents hésitèrent à nous y envoyer, puis se résolurent à nous accompagner. Ils nous enregistrèrent, puis nous laissèrent rentrer, à notre grand soulagement. Mais  nous avions toujours peur que les militaires pouvaient nous collecter d’un moment à l’autre. En septembre, quand les autres retournaient à l’école, mon père décida que je devais rester à la maison. En effet, tous ceux que nous connaissions qui avaient étudié avaient péri. Il y a en particulier un certain Ndaruvukanye Lazare, qui avait l’habitude de venir de Bujumbura en avion  petit porteur, et tournait au-dessus de notre colline et retournait à la capitale. Il y avait aussi un autre Lazare, fils du catéchiste Mariko, qui avait acheté un véhicule et venait en vacances. On avait des militaires comme  Liboire fils de Muyuku et son frère Bumende qui ont disparu à jamais; Robert fils du catéchiste Viviano, qui s’était marié en grandes pompes en 1966 et qu’on ne revit plus. Jean Ngendanzi, le directeur d’Ecole qui conduisait fièrement sa Vespa. Mais plus tard son fils Prosper deviendra ministre… Mes enseignants de 5è et de 6è primaire à Buraniro furent emportés dans le tourbillon meurtrier ensemble avec leurs collègues hutu des autres classes;  je me souviens en particulier de Himbiri Gordien, qui était un vrai éducateur, outre à être un bon enseignant. Il nous fit goûter pour la première fois le fromage, qu’il avait acheté à la laiterie de Banga. Il nous fit visiter aussi la grotte « rusumanyenzi » qui se trouve au pied du mont Banga, non loin de Buraniro. Les bourreaux tuèrent aussi Adelin, qui enseignait en 5°A; mais plus tard son fils deviendra aussi ministre sous Buyoya I.  Ils en épargnèrent un seul qui ressemblait aux tutsi, Gitatuzi André, provenant de Muhanga. Nous ne revîmes plus  André Ndikumana, le pasteur protestant qui avait son Eglise à Rubura (Kabarore), et qui passait périodiquement saluer mon père, parce que c’étaient de lointains parents. Le drame s’abattit aussi sur une famille très connue, celle de Ngoragoza Fortunat, qui habitait le long de la route Gisyo – Gatara, au-delà de la rivière Ruvubu. Il fut un des premiers à avoir monté une entreprise de briques cuites. Il s’était acheté un camion dans les années 60  pour livrer sa marchandise. En 1972, son fils Bibuzekare Dismas était à peine retourné de Belgique où il s’était diplomé en pharmacie. Il fut tué à Bujumbura. Et comme le malheur ne vient jamais seul,  ses petits frères furent massacrés par le colonnel Nengeri en 1996, au temps de BuyoyaII.

En 1972, deux ou trois familles de tutsi, revigorées par la présence des militaires se sont distinguées dans la chasse à l’homme contre leurs voisins hutu à Gisyo pour les porter à l’abattoir. Pour l’histoire, la mémoire collective retient les Masunzu de Mitari. Il y eut aussi un homme malingre et très méchant nommé Minani Simon, qui provenait de Kariba. Il en a porté à la mort des dizaines. Mais le sort ne lui a pas été clément, il est mort récemment, empoisonné par sa propre femme. Le peuple toutefois a déjà pardonné puisqu’il n’a pas fait de représailles et la cohabitation est devenue pacifique.

L’abattoir de Gisyo devrait devenir un lieu de mémoire, pour exorciser les démons génocidaires.

POUR COMMEMORER SON GENOCIDE, L’ARMENIE DONNE LE PRIX AREVA A LA FILLE D’UN GENOCIDAIRE

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Capt Michel Micombero
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Maggy

C’est l’ironie de l’histoire, qui malheureusement ne fait pas beaucoup rire:  à la commémortion de son génocide, l’Arménie a donné à Marguerite Barankitse, par les mains de l’acteur cinématrographique Georges Clooney, le prix AREVA,  d’un million de dollars. C’est comme si l’Arménie avait mis sur le podium la nièce du turc Al Pasha qui les a exterminés. En effet, malgré ses airs d’ange, Maggy est devenue disciple du Tutsi Hima Michel Micombero, qui a mis en acte le premier génocide connu sur le sol africain, contre les Hutu, au Burundi,  en 1972. Le Prix Areva est une astuce cogitée par la Belgique et l’Occident  pour financer le terrorisme en cours au Burundi. En définitive, cette enveloppe pourrait contenir le prix d’un autre génocide, celui que l’opposition radicale dont fait partie Maggy, continue à appeler de tous ses voeux. Acheter un génocide le jour où l’Arménie pleure ses morts ! L’Occident est génial  et cynique.

Rappelons que les Arméniens ont subi le génocide de la part de la Turquie   sous la conduite de    Mehmet Taalat Al Pasha, en 1915, faisant 1,5 million de morts.

 

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Mehmet Al Pasha 1874-1921

Ce génocide n’a pas été reconnu par les autorités turques actuelles.

Un grand lobbying est en cours pour forcer Erdogan à accepter la responsabilité de son pays dans cette extermination du début du siècle dernier. Il est appelé le premier génocide  du 20è siècle  parce qu’avant il y a eu le génocide des amérindiens par les européens depuis le 16° siècle (mais ils ne le reconnaitront jamais). Après celui des arméniens suivra celui des juifs par Hitler. En Afrique, le premier génocide fut planifié et exécuté au Burundi par le Tutsi Hima Michel Micombero et son gouvernement en 1972. Il visait l’ethnie Hutu. En quattre mois furent exterminés tous ceux qui savaient lire, de l’elève en passant par les catéchistes, prêtes, enseignants, professeurs, etc. En tout, un demi million de personnes.

Marguerite Barankitse, après s’être mimétisée dans un semblant de vie religieuse quand elle était pauvre, a profité des massacres de 1993 pour émerger en se transformant en une « humanitaire ».   Samantha Power a tweeté que Marguerite a risqué sa vie en sauvant les Hutu en 1993.  Archifaux. Maggy elle-même déclare dans son livre « Mère de 10.000 enfants « (une exagération !) que parmi  ceux qui ont commis l’hécatombe à l’Evêché de Ruyigi en octobre 1993, il y avait sa propre parenté. Ils ne l’auraient jamais tuée. En plus, Maggy n’a sauvé aucun adulte, ni les étudiantes, ni les soeurs ni les prêtres qui ont été barbarement massacrés à l’intérieur de l’Evêché où ils s’étaient réfugiés. Elle a seulement ramassé quelques enfants après le forfait, sûrement par remords. Elle les a utilisés pour construire son business. Ce travail lui a donné la visibilité, surtout qu’elle était la gouvernante de l’Evêque de Ruyigi, et les aides ont commencé à affluer. A peine elle a compris que la machine à sous s’était mise en mouvement, sa vraie identité est venue à la lumière. Elle s’est détachée du diocèse pour créer une ONG propre. Elle parcourt l’Europe, toujours en se présentant, non comme burundaise, mais comme tutsi (les vidéos des rencontres en sont témoins). Elle développe l’ethnocentrisme au lieu du nationalisme à l’instar du capitaine Michel Micombero.

Il n’est donc pas étonnant qu’en avril 2015,  notre « religieuse » et « humanitaire se retrouve à BUJUMBURA la capitale, en première ligne, aux côtés des jeunes manifestants drogués, qui commencent à brûler des jeunes Hutu, à incendier leurs  véhicules et leurs maisons,  comme cela était arrivé en 1972 et en 1993. Elle se positionne en plein coeur du tourbillon, comme nourrice et appui moral et idéologique de ces milices.  Il est très probable qu’elle ait financé aussi le coup d’Etat manqué du 13 mai 2015, parce qu’elle disposait de beaucoup d’argent, et elle s’était engagée à fond. Après l’échec du coup, les jeunes ont été armés pour commencer une guerilla urbaine qui dure jusque maintenant. A entendre les discours guerriers qu’elle prononce dans les télévisions du monde (Canada, Belgique, France), il n’y a aucun doute que l’argent qu’elle  récolte  serve à acheter les tonnes d’armes (dont certaines ont été saisies par la police) et  qui continuent à moissonner des centaines de vies à Bujumbura et dans les montagnes.

Maggy finira par devenir la mère de 10.000 tombes.

 

 

 

ASSASSINAT DU GENERAL BARARUZA

Assassinat du général KARARUZA par des insurgés, une grossière erreur d’appréciation.

Photo: Général Athanase KARARUZA

A l’annonce de l’ouverture probable début Mai 2016 du dialogue interburundais à Arusha, les insurgés de l’opposition radicale ont choisi de se signaler, à leur façon, en attentant à la vie du Général Athanase KARARUZA et à celle de sa famille. Ainsi, les commanditaires de cet attentat et d’autres actes de terreur programmés dans la capitale burundaise depuis bientôt une année, espèrent bénéficier de leur part du gateau , en dehors du veridict des urnes.

En attendant, les résultats d’ enquête qui s’impose , notre conviction est faite qu’il s’agit d’une action des radicaux sous prétexte de lutte contre un troisième mandat. Autant lutter contre le peuple qui a voté pour les actuelles institutions.

A qui profite le crime?

Cette nouvelle flambée de violence aurait elle aussi un lien avec l’éviction ( ou non renouvellement du mandat) ce dimanche 24 Avril à LEUVEN, en Belgique, de Léonard NYANGOMA à la tête du CNARED? En effet,ses collaborateurs de l’opposition radicale lui reprochent un certain laxisme et surtout son aversion contre la stratégie de terrorisme urbain, chère aux insurgés.

S’il devait être avéré que les leaders de cette opposition radicale installés en Occident et en particulier en Belgique, ont quelque chose à voir, de près ou de loin, avec cette série d’assassinats, leurs pays d’accueil seront forcés de réagir, afin de ne pas être accusés d’avoir partie pris.

Le Général KARARUZA , mon promotionnaire des humanités générales au séminaire de MUGERA en 1981, était considéré comme une personnalité irréprochable sur le plan de la question éthnique , officier supérieur très valeureux et très apprécié par les différents chefs d’Etats qu’il a eu à servir: BUYOYA, NDADAYE, NTIBA, NDAYIZEYE et plus récemment NKURUNZIZA.

Le Gnl KARARUZA qui pouvait prétendre diriger le ministère de la défense, prônait l’unité du corps de l’armée et la loyauté envers les autorités politiques élues; d’où un certain conflit avec les insurgés qui eux, prônent la rebelion et la stratégie du chaos. Leur adage étant que: » tout les moyens sont bons pour arriver au pouvoir », y compris en sacrifiant même les siens.

Cette vision du Gnl KARARUZA de bonne entente au sein de l’Armée burundaise, entre ex Fab et ex rebelles, n’arrange pas du tout l’opposition radicale qui prêche précisément pour l’implosion des services de défense et de sécurité, accusés de soutenir la jeune démocratie, alors que cette opposition radicale est truffée de gens habitués à diriger et à accéder au pouvoir par la force.

Ainsi, la jeune démocratie burundaise ( le Président NKURUNZIZA a le moins de temps passé au pouvoir par rapport à ses voisins Présidents du RWANDA, de la RDC et de l’UGANDA), est accusée de tous les maux: préparation de génocide anti tutsi, collaboration avec des ex Interahamwe et FDLR, violence de forces de sécurité et non respect des droits humains. …..

Or, la vérité est toute autre: le péril de Génocide est sciemment évoqué à contre courant, pour un objectif donné, les ex FDLR et interahamwe ne présentent plus vraisemblablement un danger pour KIGALI, leur existence est plutôt un bon prétexte pour d’autres visées, la violence à Bujumbura profite politiquement plutôt à l’opposition radicale, qui de ce fait l’entretient , tout en le faisant cyniquement endosser au pouvoir en place.

A ce rythme ,la stratégie de l’opposition radicale voulant forcer à tout prix un  » dialogue inclusif » risque de produire l’effet contraire. En effet, dans ces conditions,on voit mal le gouvernement burundais accepter de se rendre prochainement à Arusha pour y rencontrer de tels interlocuteurs. La logique voudrait que la priorité gouvernementale soit axée vers le désarmement et en découdre d’abord avec ceux qui sont derrière cette violence urbaine.

La communauté internationale et des Etats occidentaux qui prônent  » de bonne foi » un dialogue inclusif devront se méfier du discours d’apparence paisible de cette opposition radicale. Celle ci a, depuis les évenements malheureux du RWANDA en 1994, su utiliser l’art de berner l’opinion internationale en se présentant toujours comme victime et en cachant ses réelles intentions.

Personellement, je suis naturellement pour le dialogue, mais dans le cas présent, je pencherais à la limite pour l’abandon de cette idéee de dialogue inclusif, en réaction contre la promotion de la violence. Je redoute aussi que des jeunes entraînés pour ce nouveau genre de terrorrisme, n’atterissent bientôt en Occident, pour y poursuivre leur programme, via leurs soutiens ou via la filière de  » la societé civile ».

Dès lors, il serait plus judicieux pour l’Occident d’accompagner ce dialogue interburundais qui s’annonce et éviter de le laisser à l’initiative de médiateurs régionaux . Certains d’entre eux ne cachent pas leur sympathie pour la stratégie du « talk and fight » qui a jadis fait des preuves dans leurs pays. Il faudra enfin tenir compte du fait qu’au Burundi, la donne est différente, parce que la démocratie pluraliste est en marche .

Anatole BACANAMWO

B-24

MINISTERE DES TRANSPORTS: DES MESURES DRASTIQUES S’IMPOSENT

aOtracoEn moins d’un mois, on a connu deux catastrophes routières, sans compter les accidents quotidiens qui moissonnent quelquelques morts ou blessés: le bus de l’OTRACO qui a dévallé tandis qu’il montait dans Bujumbura Rural, et ce camion qui transportait une chorale de Gitega vers Kiguhu (Rutana). Ces accidents ne sont pas des fatalités, ils sont dus en grande partie à l’ignorance des chauffeurs et au manque de poigne du Ministère des Transports.

1. Les chauffeurs sont incompétents, parce que la plupart n’ont même pas passé le permis, et ils ne connaissent pas les règles élémentaires du code de la route, qui donnent non seulement la capacité de conduire un véhicule, mais surtout inspirent la prudence. Au lendemain de l’accident de l’OTRACO, un haut responsable de la Police de roulage a déclaré qu’il y avait un intense trafic de permis de conduire, un grand nombre étant confectionnés dans des endroits non connus. Ce phénomène existe aussi dans d’autres pays, même les plus avancés, mais il est réduit. Il serait temps de créer des permis de conduire biométriques.
Le Ministère des Transports devrait disposer d’un service de contre expertise, pour faire passer un autre examen  pratique à ceux qui veulent entrer dans le service de transport en commun (bus). Parce que mettre entre les mains d’incompétents la vie des milliers de personne,  c’est en quelque sorte les condamner à mort.
2. Les auto écoles sont des entreprises, mais elles ne fonctionnent pas correctement. Elles devraient disposer de véhicules destinés exclusivement à l’entrainement des candidats, avec l’inscription dessus : « auto-école ». On devrait les voir circuler sur  les routes avec des élèves dedans. Les propriétaires des autoécoles ne devraient faire que ça tout le jour et tous les jours.  Les examens pratiques auprès des autoécoles devraient être donnés par des agents (policiers) du Ministère du Transport. L’inscription dans une autoécole donne  la garantie que  le candidat a étudié au moins la théorie. Le Ministère des Transports doit inspecter périodiquement les autoécoles, pour s’assurer qu’elles fonctionnent.
3. Un manuel en KIRUNDI, bien fait, s’impose. La plupart des chauffeurs que nous avons sont des recalés de l’école primaire ou secondaire, qui ne comprennent pas le français. Et même s’ils le comprenaient, il est temps d’acquérir l’indépendance linguistique là où c’est possible. Le code, expliqué en kirundi touche un public très vaste, et se transmet  très facilement. Il faut suivre l’exemple des missionnaires européens qui sont venus dans nos terres. Ils ont vite compris qu’en traduisant leur enseignement dans la langue locale, ils auraient fait plus d’adeptes: et c’est ce qui est arrivé. Par contre, la science qu’on s’obstine à enseigner dans la langue que les enfants ne comprennent pas n’a donné aucun résultat (invention… zéro !).
4. Exiger des bus neufs pour le transport dans  les villes principales, pour la sécurité et pour le décor. La capitale est le miroir d’un pays. Ca fait de la peine d’entrer dans ces minibus aux sièges cassés et rouillés, pour aller du Centre Ville à Mont Sion… Ils devraient sortir de la circulation, pour être afffectés peut-être aux routes de campagne. Qui veut investir dans le transport doit y mettre le prix, et si un indivudu ne le peut pas, il doit s’associer aux autres pour créer des sociétés viables.

Pour qui aboient les chiens [de garde] de l’Occident ?

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Zeid Raad al Hussein

Les riches ont l’habitude de protéger leurs biens avec des chiens de garde dans la propriété. Mais quand ces riches se retrouvent à être des pays, ils n’ont plus besoin de pasteurs allemands ou des levriers (races de chiens), ils utilisent ce que eux-mêmes appellent des « watchdogs » (chiens de garde), c’est-à-dire des organisations non gouvernementales, des branches de l’ONU, du sport, etc.

Observons ce phénomène: quand un chien aperçoit un chat qui passe, il aboie nerveusement. Cela fait penser au patron qu’il y a un danger, alors qu’il n’en est rien. Allarmisme inutile. Ce n’est pas tout; quand le premier chien se met à aboyer, tous les chiens des alentours entrent dans la danse et créent un concert, alors qu’ils n’ont pas vu le chat qui passait. C’est ce qui est en train d’arriver au Burundi, avec les ONG comme HRW, la Commission UN pour les Droits de l’homme patronnée par le prince jordanien Zeid Raad Al Hussein, les radio France 24,  les Maingain,  qui aboient à l’unisson, sans avoir vérifié  pourquoi ils aboient. Même la CPI de Madame Fatou est sollicitée, avec des dépôts d’accusations, parce qu’elle n’est pas une Cour de Justice, mais seulement un des chiens de garde (watchdogs) de  l’Occident. On le savait depuis l’an dernier, mais la nouvelle a été rendue officielle maintenant, que le supercorrompu Blatter, ex patron du Comité Olimpique International, a été approché par la Suisse pour l’aider à écarter le président NKurunziza du pouvoir, en lui tendant  un petit fromage  sur le bout d’un hameçon !

Pour qui aboie un chien ?  Pour celui qui lui donne à manger. Les « watchdogs » de l’Occident, même ceux qui apparemment sont les mieux intentionnés comme HRW, et la CPI, ne travaillent jamais pour nos pays, mais contre. Ils sont là seulement pour collecter les accusations qui servent un jour au patron (l’Occident) pour condamner un gouvernement et obtenir un gain politique et/ou économique. Le cas de la Côte d’Ivoire est emblématique. Pourquoi la CPI poursuit-elle Gbabo, pour des crimes qu’il a n’a pas commis, dans une guerre qui lui a été imposée à partir du Burkina Faso ? Pour permettre à l’ami de la France Ouattara de gouverner et d’écouler les biens ivoiriens vers la métropole.

Zeid Ra’ad est-il vraiment préoccupé des droits humains en Afrique et au Burundi ? Pas le moins du monde. La preuve est que ses rapports sont toujours politiquement motivés. Quand ses amis Sindumuja éventrent des citoyens, empalent des jeunes filles à Bujumbura; quand Kagame fait flotter des cadavres sur ses rivières, ou envoient ses sbires à brûler les réfugiés en Zambie ou à les pourchasser dans les forêts de la RDC; quand Museveni matraque et dénude les femmes parce qu’elles sont de l’opposition… alors le Prince Zeid ne voit rien, et n’entend rien… Pour lui, les droits de l’homme sont pour une categorie protégée, celle de ses alliés, les autres ne sont pas des personnes humaines. La lutte pour les droits humains devraient s’inspirer de la Charte Universelle publiée en 1948, qui déclare que tout le monde nait égal. Naturellement, les princes sont convaincus que eux naissent supérieurs aux autres. Ce fut une erreur de l’ONU   confier à ce genre de personne complexée une charge aussi délicate.

Entre temps, nous burundais, nous devons aller de l’avant,  et construire notre fraternité nationale, à la barbe de nos ennemis. Car, si les chiens aboient et s’agitent furieusement, ils créent heureusement  plus de frayeurs qu’ils ne mordent réellement, et  ils battent en retraite une fois qu’on les affronte à visage découvert. Malheur à celui qui s’enfuit: ils le déchiquettent.

 

 

Quand un conflit personnel devient national

_83848261_gettyimages-154976954Nous n’avons pas encore compris comment – parce que c’est une situation qui va au-delà de l’entendement – Rufyikiri Gervais et tous les frondeurs du CNDD-FDD, principalement hutu, se sont brusquement métamorphosés en farouches ennemis de Pierre Nkurunziza, après avoir travaillé pacifiquement ensemble pendant 10 ans. Nous n’avons pas saisi le noyau du problème, quand tout d’un coup ceux qui soutenaient une politique, et qui en étaient souvent les exécutants ont tout renié et ont commencé à dépeindre leur patron comme un tyran dont ils voulaient débarrasser le Burundi.

L’unique réponse possible à ce questionnement, c’est que les frondeurs ont eu un conflit absolument personnel avec le président Nkurunziza mais ils ont voulu le transformer en un conflit national. Raison pour laquelle ils n’ont pas réussi à convaincre la population du bien fondé de leur campagne. En substance, en usant la mathématique et non les subtilités du droit, les frondeurs avaient calculé que  le Président allait quitter le pouvoir en 2015, et ils allaient s’engoufrer dans le fauteuil. Leur mouvement d’approche avait pris de la vitesse, et ils n’ont pas pu freiner à temps quand ils ont vu que le siège était toujours occupé. Ils se sont cognés contre le mur, en en blâmant le Président. C’est le jeu de l »ôte-toi que je m’y mette » qui a mal fonctionné, en laissant les faux alliés avec quelques os cassés.

ListenerCe fut le cas aussi pour le côté des Sindumuja. Un groupuscule de rwando-burundais hima voulait faire tout basculer pour ses intérêts, et il a cherché à convaincre les autres tutsi qu’ils leur apportaient le salut. Mais beaucoup n’y ont pas cru.  Et ceux qui y ont cru regrettent à chaudes larmes, depuis l’exil amer chez leur bien aimé oncle Kagame; là-bas les rwandais les ont dépouillés de leurs biens,  ont violé leurs filles ou les ont réduites à l’esclavage sexuel…quand ils auraient pu tranquillement vivre leur vie sobre à Bujumbura. Valait-il la peine de tout perdre, tout casser, pour un mandat déterminé de cinq ans ? Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls qui pleurent. Même les tutsis de l’intérieur du Rwanda, qui espéraient un paradis, se sont retrouvés dans l’antichambre de l’enfer. Le diable Kagame ne peut ni édifier ni gérer un paradis. Là où il y a le diable, il y a l’enfer. Car le bonheur ne se mesure pas sur le nombre de Palaces construits, mais sur la joie et la liberté des citoyens. Oui Kagame a érigé beaucoup de buildings, mais dans leurs murs les gens sanglotent et tremblent. Il n’y a pas de chefs d’Etat qui aient construit économiquement leurs pays respectifs comme Hitler et Mussolini entre les deux guerres mondiales. Mais le souvenir qui en reste, c’est qu’ils étaient des terroristes, fascistes et nazistes. Les plus beaux édifices, ce sont les personnes. Et Kagame se délecte à les démolir. Parce que c’est un homme peureux.

Cauchemars du génocide…. 4° Partie.

 

Cauchemars du génocide des hutus burundais – Témoignage du Docteur Ferdinand Nderagakura: 4ème Partie.

A  Amiens, en 1972, j’étais à la Fac de Médecine. Sont arrivés trois Burundais : Paul, Protais et Antoine le beau-frère de feu Pierre Ngendandumwe. Je les ai bien accueillis. Je les transportais dans ma
voiture. On allait n’importe où et partout. On sortait ensemble. Je ne leur ai jamais demandé de payer même pas un litre d’essence. L’amitié pour le compatriotisme passait avant tout.

Un bon cœur contre un mauvais esprit, mais pas pour tous. Paul me répétait tout le temps qu’il se ferait le plaisir de décharger en mon corps les chargeurs de son kalachnikov. Cela ne m’empêchait pas de le conduire. Un soir de juillet 1973, les étudiants ont organisé une soirée à laquelle je ne voulais pas aller. Un ami tchadien m’a entraîné à y aller vers minuit. Paul et Protais étaient sur les lieux. Par surprise et par derrière, ils m’ont attaqué et massacré avec rage. Je me suis réveillé sur une table des urgences au CHU d’Amiens, où j’étais Externe.

D’après les étudiants, Paul et Protais voulaient m’achever alors que j’étais dans le coma. Paul et Protais ont été maîtrisés par des camarades congolais et sénégalais, qui m’ont emmené à l’hôpital dans ma voiture.

Le lendemain, avant de passer au bloc opératoire la Police alertée, avait envoyé un Enquêteur à mon chevet pour l’audition.
J’avais les os de ma mandibule fracassés en plusieurs fragments. Antoine le beau-frère de P.Ngendandumwe était attristé de savoir ce qui m’est arrivé. D’ailleurs les deux autres ne l’aimaient pas, puisque sa sœur avait épousé un hutu. Alors, il était considéré comme pro hutu et détestable. Je suis resté bloqué pendant trente jours.

Lorsque des Burundais ont entendu ce qui m’est arrivé, ils m’ont conseillé de ne pas porter plainte car ces tutsi sont revanchards. J’ai rétorqué que je ne cautionnerai jamais le silence et encore moins l’impunité. En colère contre ces tutsi à qui j’ai rendu tant de services et qui
ont failli me tuer, furieux contre ces hutu timorés qui ont peur de réclamer que justice soit faite pour contrer les criminels, j’appelais illico et subito l’Enquêteur de
Police judiciaire pour porter plainte auprès du Procureur de la République.

Au Tribunal, Protais avait été relaxé. Paul était reconnu auteur des coups et seul présumé coupable. Il avait un Avocat pour le défendre. Moi aussi, j’avais le mien. J’ai prévenu mon Avocat, que je connais
l’histoire du Burundi, des Burundais et des massacres des hutu au Burundi. Par conséquent, je souhaite me défendre moi-même. Je lui fis comprendre que ma plaidoirie est celle de tous les hutu qui ne peuvent pas parler, ni porter plainte. Eh oui, je fis moi-même ma propre plaidoirie aussi claire que possible, au nom de tout le peuple  hutu.

En terminant, j’ai précisé à la Cour, que je ne veux aucune indemnisation financière. Mon sang n’a pas de prix. Ce que je veux est qu’il soit marqué dans le dossier de ce Paul, une condamnation judiciaire. Qu’on le laisse continuer ses études, pour qu’il sache qu’il y a en France une Justice qui n’existe pas au Burundi. Lorsque le Président appela Paul à la barre, il se mit à bégayer jusqu’à ce que le Président l’interrompe et le renvoie s’asseoir.

(NBJ’ai demandé au Tribunal l’extrait du procès qui me parviendra prochainement )

Son Avocat n’a pas trouvé d’arguments à opposer aux miens. Lorsque son Avocat a dit au Président de ne pas donner à Monsieur Nderagakura de l’argent pour me remplir les poches, je l’ai interrompu sèchement pour lui dire que j’ai précisé que je n’en veux pas de son argent de
sang.

Au verdict, Paul fut reconnu coupable. Il fut condamné à 5000F d’amende et trois mois de prison avec sursis. Paul fit appel. A la Cour d’Appel, son appel fut rejeté.Il perdit le procès. Il chercha à aller à la Cour de Cassation. Son Avocat furieux lui reprocha son entêtement et lui cracha à la figure la vérité. Il lui dit :tu es déjà un assassin. Tu as voulu assassiner ton compatriote comme vous le faites dans votre pays sans lois, et tu veux aller à la Cour de Cassation ? Tu y iras tout seul. J’aurais préféré travailler avec ta victime. Déjà, tu ne sais même pas t’exprimer, tu bégayes des choses inaudibles. Paul fut fiché persona non grata en France.

Leur stage terminé, les trois retournèrent au Burundi. Paul aurait fondé une Faculté de psychologie à Bujumbura. En 2007, à Bujumbura, j’ai eu une chance de rencontrer Antoine. Il était heureux de nous revoir. J’ai aperçu de loin le fameux Paul devenu obèse et cylindrique.

Prochainement Dernière partie 

B-24.

LES SINDUMUJA EN ACTION: ZAMBIE, USA, ITALIE, BUJUMBURA

Un vendredi de sang dans le monde et chez nous. Nous venons d’apprendre qu’un criminel, un sindumuja a abattu 7 personnes d’une même famille aux USA dans l’Etat de l’Ohio. Le tueur n’a pas encore été appréhendé. Nous doutons fort que Obama demandera un dialogue inclusif avec cet assassin, pour trouver une solution. En Italie, deux mafieux ont abattu deux hommes et blessé quattre autres dans un quartier de Naples. Une exécution entre bandes rivales. Au Burundi,  l’explosion d’une grenade dans le parking de bus au Centre Ville a semé la panique. On n’a pas encore le bilan des dégâts. Naturellement, le lanceur de cet engin de mort ne sera pas décrié au niveau international, car il est envoyé par l’opposition radicale financée par l’Occident. Les crimes des Sindumuja au Burundi ont le sous-couvert de la Belgique et des autres pays qui ont les intérêts chez nous. Ces crimes sont bons! Exactement comme les assassinats de masse en Zambie, contre les réfugiés burundais et rwandais. Les grands médias du monde ne les ont pas évoqués. Parce que les puissances occultes, par l’intermediare de Kagame, ont trouvé un anneau faible en Zambie. Vous verrez que le pays sous peu entrera dans une guerre interethnique et perdra sa stabilité. Le venin kamagéen est en train de démolir toute l’Afrique Centrale, en poursuivant une utopie que ni Napoléon, ni Hitler, ni la Reine d’Angleterre n’ont pu réaliser. Les peuples sont maléables comme l’eau, mais comme elle ils sont incomprimables: tôt ou tard, mort le dictateur, ils retouvent leur liberté . Les crimes de la Zambie portent la signature de Kagame, parce qu’ils sont absolument similaires à ceux de Mutakura et Nyakabiga. Dans les deux situations il y a eu brûlure à mort de plusieurs hommes (comme à Nyakabiga) et taille d’un grand trou sur la poitrine des victimes pour enlever le coeur comme à Mutakura. Nous nous demandons si les massacres de Bujumbura n’étaient pas des entrainements pour aller attaquer la Zambie, ou bien si les hordes de Bujumbura n’ont pas été déviées sur Lusaka, vu qu’à Bujumbura les forces de l’ordre ont appris à les maitriser.

Kagame a raté le Burundi, il frappe à Lusaka et au Kivu.

La démangeaison guerrière de Kagame (kuribwaribwa) envers le Burundi semble prendre une autre tournure. Malgré l’envoi massif de déstabilisateurs en armes, le Burundi est resté imperturbable. Du moins, les résultats sont minces et surtout Kagame lui-même y a laissé les plumes, quand les USA ont reconnu qu’il entrainait militairement les réfugiés burundais.

lusakaDeux évènements auquels Kagame est certainement melé montrent qu’il change de tactique, ou qu’il joue à la diversion. N’avait-il pas promis durant la célébration du génocide que ses opposants seraient frappés sans qu’ils sachent d’où vient le coup ? Et voilà, les réfugiés rwandais et burundais de la Zambie, grand bassin de l’opposition contre Kigali ont été massacrés, leurs biens volés par la foule en furie. Il est plus que probable que ce soient les espions de Kagame qui aient monté la colère des natifs contre ces étrangers. On se souviendra que le même scénario était arrivé en Afrique du Sud, quand Kagame préparait l’assassinat de Karegeya et Nyamwasa. Le trou pratiqué sur la poitrine des cadavres est la même signature que sur les victimes de Mutakura, ce qui laisse penser que ce sont les agents de Kagame qui l’ont fait pour terroriser les réfugiés. Kagame a en effet très peur des opposants qui s’enrichissent parce qu’ils pourraient utiliser l’argent pour financer une rébellion contre son régime.

Le deuxième évènement, c’est une attaque transfrontalière qui aurait frappé une position de la police à Gisenyi (Rubavu). Kigali l’attribue aux FDLR basés en RDC, ce que nient les autorités congolaises. Certaines opinions affirment que cette attaque est une mise en scène de Kigali, pour trouver un prétexte de retourner au Congo, en ces moments délicats préparatoires aux élections. Ou bien, il veut venir au Burundi par la voie la plus longue, en descendant par le Kivu, puisqu’il n’a pas réussi à traverser par la Kanyaru.