LE DILEMME AGATHONIEN: Y ETRE OU NE PAS Y ETRE, VOILA LA QUESTION

indip2 009A la veille des élections présidentielles, l’on ne peut  ne pas se poser des questions sur un des acteurs importants de la politique burundaise, Agathon Rwasa, qui encore une fois brille par son absence sur la scène. On pouvait presque s’y attendre, parce que ce n’est pas la première fois qu’il rate le rendez-vous avec l’histoire. C’est plutôt  devenu une constante. Paraphrasant la très célèbre élocution du prince Hamlet dans la tragédie de Shakespeare de même titre, « Etre ou ne pas être, voilà la question », je voudrais tenter d’analyser les raisons de ce comportement insolite pour un politicien.

Agathon Rwasa, est le dernier dirigeant d’un mouvement pour l’éveil de la conscience Hutu, créé par Rémy Gahutu en Tanzanie, en 1980. Le mouvement s’appelait Palipehutu, parti pour la libération du peuple hutu. C’était l’époque des régimes tutsi, qui opprimaient la masse hutu, avec une armée monoethnique. Après que le fondateur fût assassiné par les Services Secrets de Bujumbura, le parti subit beaucoup de métamorphoses et de scissions. Mais au moment de cueillir les fruits de la lutte en 2003, quand le gouvernement signait les accords de paix avec les combattants, le tronc principal s’appelait toujours PALIPEHUTU, et  était dirigé par Rwasa Agathon, qui commandait aussi la branche armée FNL (Forces Nationales de Libération).

Très curieusement, en 2003, tandis que le CNDD-FDD déposait les armes et signait un accord global de cessez-le-feu, les FNL déclinèrent l’offre, et restèrent dans le maquis. Ce fut une grande erreur. En effet les FNL se retrouveront à être combattues et par les FAB (Forces Armées Burundaises), et par les anciens alliés de combat, le CNDD-FDD . Entre temps, suite à la démobilisation des combattants et des militaires gouvernementaux, les quotas de l’armée attribués aux hutu, furent occupés immédiatement par les FDD. Dans l’article 4 de l’accord de cessez-le-feu entre le CNDD-FDD et le gouvernement, les FNL sont sommées de déposer les armes, sous peine d’être considérées comme une force négative.

Quand le PALIPEHUTU-FNL se résout tardivement en 2006 à signer l’accord de cessez-le-feu avec le gouvernement, il est contraint de perdre aussi son nom PALIPEHUTU, pour rester seulement avec les FNL. Les trois ans de confrontations inutiles (2003-2006) laisseront des séquelles d’inimitié entre les FNL et le CNDD-FDD.

Dans cette inconfortable position du Palipehutu-Fnl, qui se retrouve comme un élément de trop, survient l’impensable, qui conditionnera le futur du mouvement. Le très malin Pierre Buyoya comprend que si le pouvoir doit s’obtenir par les urnes, les forces politiques purement tutsi, qui sont numériquement très minoritaires, risquent de disparaitre, à commencer par l’UPRONA dont il fait partie. Il embrasse alors Rwasa, pour constituer ensemble un contrepoids au CNDD-FDD. Etrange mariage! Un coupeur de têtes des Hutu et un coupeur de têtes des tutsi, qui s’allient ! Avant l’élection de 2010, il fallait entendre comment tous les tutsi tout d’un coup étaient tombés amoureux de Rwasa ! Et un Evêque a célébré son mariage à la Cathédrale de Bujumbura avec les honneurs d’un chef d’Etat, en présence de Buyoya lui-même. Une opération de marketing pour améliorer et vendre son image, en transformant le Rwasa protestant (Born Again, comme Nkurunziza) en un catholique plus fréquentable. L’opération pouvait engranger beaucoup de voix, dans un pays majoritairement catholique. Buyoya pensait que Rwasa pouvait gagner les élections.

Mais cet amour contre nature ne dura que l’espace d’un matin. Aux élections communales de 2010, Rwasa n’eut pas la marée des voix que Buyoya attendait, mais seulement une deuxième petite place. Cette place était utile à Rwasa, mais nuisible à Buyoya et à l’Uprona. Si Rwasa avait accepté la 2° place, l’UPRONA disparaissait déjà en 2010. D’où la mise en marche du plan B, c’est-à-dire la contestation des élections, pour noyer le processus électoral et arriver à un partage du pouvoir sans vote. Rwasa, qui est débiteur de Buyoya exécute ses ordres sans penser. De nouveau Buyoya montre sa maitrise de l’ art de l’astuce : il incite Rwasa à se retirer du processus électoral, ensemble avec d’autres partis de l’opposition, dont l’UPRONA ; quand ils se sont exécutés, l’UPRONA revient sur ses pas et rentre dans le processus, libérée de ses concurrents ! C’est pour cette raison que l’Uprona est au pouvoir ensemble au CNDD-FDD, et Rwasa dehors.

Que se passe-t-il en 2015 ?

Pour les mêmes raisons stratégiques, les partis qui s’étaient retirés des élections de 2010 parce qu’ils avaient subi la débâcle des communales, ont annoncé depuis longtemps qu’ils ne veulent pas d’élections (ils disaient qu’ils prévoyaient déjà qu’il y aurait tricherie !!!). Ils se sont préparés pour les saboter, par les manifestations et par la guérilla.

Mais que fait Rwasa ? Par amour ou par force, il est resté étreint par un fragment du Parti UPRONA qui l’étrangle et le paralyse, tandis que l’autre partie de l’UPRONA est en campagne électorale où elle s’apprête de nouveau à occuper les chaises vides laissées par Rwasa. Il est pris dans une toile d’araignée. Chaque fois qu’il voudrait relever la tête, les services de Buyoya agitent le spectre de la prison, à cause des réfugiés Banyamulenge massacrés par les FNL   le 12 et 13 août 2004 à Gatumba. Arrivera-t-il un jour à résoudre son dilemme ? Y être ou ne pas y être, voilà son problème.

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