MARIA LAURA BONINO SUR LE BURUNDI: MEFIEZ-VOUS DE TANT DE MENSONGES

Chers amis du Burundi et des burundais,

Je m’appelle Maria Laura Bonino et je suis à peine retournée de cette merveilleuse terre de collines du Burundi. Je me permets d’écrire surtout aux opérateurs humanitaires, aux associations et aux  nombreux touristes, que récemment, vont vivre intensément cette terre rouge, remplie d’humanité, qui donne beaucoup de joie et de couleurs.

J’ai décidé d’écrire ce message après avoir reçu souvent, depuis plusieurs mois, beaucoup de lettres qui annoncent un imminent génocide au Burundi et beaucoup d’autres mensonges que je ne répète pas pour ne pas vous faire perdre votre temps.

La première fois que j’ai mis le pied au Burundi était en 1988 et j’étais  pleine d’enthousiasme, et en même temps, j’avais peur de ce monde lointain, mais ma jeunesse me portait à vivre l’aventure sans trop penser. Après un mois passé à Karusi, je suis tombée amoureuse de cette terre (du Burundi), et pour des périodes longues, je suis restée là, aidant plusieurs associations et religieuses dans diverses régions du Burundi.

J’ai été aussi au Burundi de 1993 à 1997, dans la période la plus obscure de l’histoire burundaise, j’ai vu des choses terribles et je croyais que le Burundi bien aimé ne se serait plus relevé. Contre toute attente, depuis plusieurs années, il règne au Burundi la paix et la fraternité, l’économie se reprend et beaucoup d’infrastructures comme les hôpitaux, les écoles, les routes, et les techniques agricoles ont permis à ce pays de relever la tête, comme les autres pays des Grands Lacs.

Chers amis du Burundi, je voulais vous dire de vous méfier de ce que vous entendez dans les mass medias, parce que la réalité est falsifiée et hyper amplifiée par ceux qui ont le plaisir et la nécessité de faire retomber le pays dans le chaos, pour assouvir leurs intérêts personnels.

D’abord, au Burundi il n’existe pas le problème d’ethnies, tous vivent ensemble tranquillement et chacun s’occupe de ses activités quotidiennes. En effet, au Burundi, les gouvernements ont pris la sage décision (comme recommandaient les Accords de paix d’Arusha) de mettre dans chaque poste du pouvoir, un Tutsi et un Hutu : une chose que auparavant était inimaginable avec les gouvernements d’alors. Surtout dans le Burundi profond, ils se fâchent quand nous, par curiosité, leur demandons de nous expliquer la différence entre un tutsi et un hutu. Ils nous répondent qu’ils ne veulent plus de ces « stupides différences » introduites par les étrangers, causant des massacres atroces et beaucoup de souffrance.

On entend souvent les étrangers et les burundais expatriés parler de ces différences ethniques, parce qu’ils ne comprennent pas qu’au Burundi souffle un autre vent léger, et non plus ce vent pourri de mort de 1972, 1988 et 1993.

Le Pape durant un Angelus d’il n’y a pas longtemps (je pense le 12.04.2015) a dit avec courage que le monde devra « avoir le courage » d’admettre le génocide commis contre le peuple arménien, celui commis par les hima (tutsi) contre les burundais (hutu).

Chers Associations et opérateurs humanitaires qu’en ces jours avez vu toutes ces images fortes et qui nous ont fait retourner dans la mémoire les années terribles 94-97 ; je vous dis seulement que la tension en ces jours était dans ces 4 quartiers de Bujumbura, quartiers tristement célèbres pour les actes criminels et de terrorisme comme brûler vifs les passants sans aucun autre motif que appartenir à l’ethnie Hutu, commis par des jeunes qui s’appelaient les Sans Echecs et Sans Défaites (Sans pitié, sans erreur pour tuer). Ces jeunes tutsi brûlaient vives les personnes, dans les pneus, ceux de l’autre ethnie hutu. Combien de corps brûlés et mutilés, nous allions ramasser, dans ces quartiers, et combien de poursuites avec les pierres auxquelles nous avons assisté impuissants. Nous les blancs (muzungu) pouvions entrer et ramasser les cadavres. Je ne m’attarde pas sur ce chapitre clos, et j’ai grand espoir, même si en ces jours-ci, les manifestants ont repris les mêmes scènes, c’est-à-dire brûler vives les personnes innocentes.

Les manifestants, d’après ce que j’ai vu sont de jeunes chômeurs et beaucoup sont des enfants de la rue désespérés, drogués, sans aucun emploi stable et soulevés par quelqu’un qui a des intérêts personnels cachés. Ce n’étaient pas des manifestations pacifiques (ils portaient des machettes, de vrais fusils à feu, grenades et pierres, etc.) vu qu’ils brûlaient les magasins et les maisons, tuaient les policiers intervenus pour arrêter ces violences et les personnes qui passaient par hasard à cet endroit ; ils lançaient des pierres sur les voitures qui passaient sans hésiter à les incendier aussi… Nous avions peur que ces manifestations se transformassent en un bain de sang, vu que dans d’autres pays africains, les autorités non tolèrent presque jamais les faits du genre. Peut-être quelqu’un espérait que cela se produise réellement pour avoir un prétexte pour entrer librement pour « SAUVER ».

Avez-vous jamais assisté à des manifestations du genre au Rwanda ? Je défie n’importe qui !!! Chose impensable !!! Je parle du Rwanda parce que beaucoup de messages, je les ai reçus surtout de la part des Associations rwandaises, sur l’imminent génocide des tutsi au Burundi. Franchement, d’après ce que j’ai vu, je ne crois pas que le gouvernement actuel au Burundi ait quelque intérêt à tuer les Tutsi. Au Burundi les tutsi ont commandé de 1962 à 1993 bien qu’ils soient seulement 14% de la population et donc impensable qu’il eût des élections démocratiques. Maintenant au Burundi, il y a la démocratie et j’inviterai beaucoup de burundais et d’autres personnes à lire leur code constitutionnel avant de faire n’importe quel commentaire se rapportant aux droits et devoirs des citoyens burundais. Ici en Italie, nous avons notre code constitutionnel souverain pour les lois extérieures (par exemple la loi italienne prime sur la loi européenne). Voir tout ce qui arrive au Burundi donne à penser que tout était organisé d’avance, peut-être depuis des années, et soutenu par la grande partie de la Communauté internationale, beaucoup de pays étrangers comme la France, l’Amérique, la Belgique, qui maintenant semblent s’intéresser à ce pays. Si je peux me le permettre, je leur demanderais où ils étaient pendant les 10 ans de guerre quand le Burundi criait au secours au monde entier. Un prétexte pour s’emparer des richesses naturelles à peine découvertes au Burundi ? S’infiltrer sans dérangement au Burundi ? Pour arriver à quoi d’aussi précieux ?

Et puis c’est le Rwanda qui parle, pays dans lequel la démocratie, les droits humains, la liberté d’expression, l’espace politique… sont inexistants. Les hutu et beaucoup d’autres personnes sont encore entassés et massacrés au quotidien, dans les forêts du Congo sous les yeux et le silence de tous. J’ai beaucoup de respect pour les associations qui parlent d’intégration et de reprise de la cohabitation pacifique, mais non pour celles qui cherchent encore à diviser et à avoir des aides économiques, gagnant sur les morts.

Ensuite l’histoire des Imbonerakure (jeunes qui voient loin), jeunes du parti CNDD-FDD du Président NKURUNZIZA, dépeints comme des miliciens entrainés, armés et assimilés à dessein aux INTERAHAMWE pour séduire les Occidentaux qui se souviennent encore des atrocités de ces interahamwe au Rwanda ; par contre ce sont des jeunes gens et jeunes filles militants, comme chez nous en Italie chaque parti a sa jeunesse qui milite en politique, et c’est la même chose. Ils ne sont pas armés mais plutôt ils sont assez visibles dans leurs courses bruyantes le samedi dans la capitale comme tout le monde, avec leur T-shirt blanc.

Je me suis informée sur toute l’histoire du Burundi non seulement pour les 27 ans passés là-bas, mais aussi pour comprendre les nombreux visages méfiants, quand ils m’entouraient pour la première fois, et ainsi être informée ; cela m’a aidé à entrer dans le cœur de beaucoup de gens.

Méfiez-vous de tant de mensonges, si vous avez le temps, prenez des livres et lisez. Les livres souvent mentent un peu moins de celui qui, en 10 minutes, fait le copier et coller de ce qu’il a entendu dire.

Je conclus en disant que le Burundi est une terre fantastique, que tout ce qui t’entoure est plein d’énergie et te nourrit ; si aujourd’hui j’avais encore 20 ans à vivre en Europe, je préfèrerais vivre seulement 10 ans là-bas, en cette terre. L’AFRIQUE A UNE IMMENSE RICHESSE VITALE ET JE SUIS HEUREUSE DE L’AVOIR VECUE.

 

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